
l'Assemblée en 1924 après la victoire du Cartel des gauches
NB : Nous vous prions de nous excuser pour la coquille de date dans le mail que vous avez reçu. Cette version est corrigée.
Chers amis,
Le 11 mai 1924, le Cartel des gauches gagne les Législatives avec 327 sièges.
La droite a en réalité obtenu davantage de voix mais une loi électorale accorde une prime aux alliances et accorde la victoire à sa rivale. Une vague rouge déferle sur le nouveau Parlement ; membres de la S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière), de la gauche radicale, républicains socialistes, radicaux socialistes…
Le président de la République d’alors, Alexandre Millerand, ancien socialiste reconverti, a mené une politique conservatrice :
Il a soldé la grève des cheminots de 1920 par 15 000 licenciements ;
Fait intervenir l’armée pour cadrer les manifestations du 1er mai ;
Refusé d’appliquer la loi sur la Séparation de l’Eglise et de l’Etat en Alsace-Lorraine ;
A rétabli une ambassade au Vatican ;
Créé un nouvel impôt, le « double décime », afin de redresser le franc et assurer les frais engendrés par la reconstruction du pays, après-guerre, sous l’impulsion du président du Conseil, Raymond Poincaré ;
Affirmé lors du discours d’Evreux d’octobre 1923 son intention de réduire le rôle du Parlement et son attachement à la majorité sortante, le Bloc national, coalition de la droite.
Bien décidés à appliquer une politique de « changement », les cartellistes réclament le pouvoir dans les « moindres rouages de l’administration » et parviennent à faire fléchir le Président qui donne sa démission. Le radical Gaston Doumergue lui succède et place Edouard Herriot à la tête de son gouvernement, pour mener une politique d’ouverture…
Ce fervent défenseur de la laïcité veut défaire la politique pro-Vatican de son prédécesseur et avec ses amis du Cartel des gauches anime de grandes diatribes anticléricales. Voyant ses valeurs menacées, la Fédération nationale catholique se mobilise autour du grand et fameux général Edouard de Castelnau.
Economiquement, le succès n’est pas plus au rendez-vous ; son laxisme financier provoque une succession de crises financières et monétaires, son hésitation entre l’emprunt désiré par la droite et le prélèvement sur le capital réclamé par la gauche ruine la Banque de France qui avoue enfin la situation dramatique. Le Franc dégringole et emmène dans sa chute le chef du gouvernement. Pour sa défense, Herriot accuse le « Mur d’argent »…
La gauche au pouvoir doit admettre le bilan catastrophique de sa politique. Elle cherche l’homme de la situation, celui qui saura relever la France, lui redonner la stabilité dont elle a besoin, et n’en voit qu’un, Raymond Poincaré, un homme de droite à l’énergie débordante. Herriot, contraint à laisser son fauteuil à un ennemi lance sa dernière petite phrase : « La réconciliation des enfants au chevet de la mère malade ».
Certains pensent qu’une sortie sans petite phrase, est une sortie ratée.
L’ancien président de la IIIe République, appelé au secours, reprend donc du service à la présidence du Conseil des ministres, dans un gouvernement d’Union nationale, dont il exclut les socialistes. Fort de son prestige, de son savoir-faire, de son expérience, de la mise en place d’une politique d’austérité, « Le Grand Lorrain » solde les séquelles de la guerre et permet aux budgets d’être excédentaires. Fait rare.
Défendant son pays plus que ses intérêts propres, Poincaré termine sa mission dignement et fidèlement à l’esprit de l’Union sacrée qu’il avait insufflé au début de la guerre : la France « sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée et qui sont aujourd'hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l'agresseur et dans une même foi patriotique » (Message aux Assemblées, 4 août 1914).
Nous souhaitons une belle semaine à tous et une bonne fête aux Estelle, Cyrille, Méthode, Achille, Roland, Matthias, Denise, Honoré et Pascal...
Albane de Maigret

