 Chers amis,
Heureux de vous retrouver après cette pause de l'été, nous espérons que vos vacances furent bénéfiques et reposantes. La ruée vers l'Ouest est en effet finie pour la plupart, à moins qu'elle ne fut vers le Sud, ou encore vers l'Est ? Etiez-vous plutôt spaghetti, paëlla, fayot ou choucroute ? A chacun sa sauce, comme pour le western, en ce jour anniversaire de la sortie en salle de Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone (27 août 1969).
Un soleil de plomb, une musique lancinante. Trois hommes aux longs manteaux attendent un gringo sur le quai désert d'une gare... pour le descendre ! L'homme à l'harmonica est plus rapide, il dégaine, laisse trois corps dans la poussière, et passe son chemin... Une séquence quasi muette de 12 minutes entrée dans la légende du cinéma !
De par son essence le western est exclusivement américain, mais à partir des années 60 les Espagnols produisent quelques "western paëlla" pour une poignée de spectateurs, et les Allemands s'aventurent sur ce terrain avec la série des Winnetou, communément appelée le "western choucroute". Inadaptés ou trop fades, ces réalisations font chou blanc mais ouvrent une voie aux Italiens pour renouveler leur style cinématographique, alors que la vague du peplum s'enlise.
Les metteurs en scène transalpins investissent l'Espagne, et plus précisément le désert de Tabernas en Andalousie, pour tourner des films dans un décor semblable à celui du Nevada ou de l'Arizona. Des "trois Sergio", Corbucci, Sollima et Leone, c'est incontestablement le dernier qui donne au genre ses lettres de noblesse et impose un style unique.
Sergio Leone démantèle le schéma manichéen du western américain et détruit l'archétype du héros. Au placard les gentils cow-boys blancs, propres et justiciers... Adieu les méchants indiens sauvages, primaires et farouches ou les mexicains véreux... Bienvenue aux anti-héros, sales et cruels, vengeurs et grossiers qui refroidissent leurs ennemis sans état d'âme. Les gentils sont aussi impitoyables que les méchants. Au revoir le blanc, au revoir le noir, place au gris !
En plus du cynisme des scenarii, Sergio Leone bouleverse l'esthétique et le rythme du western. La caméra joue entre les plans larges et des contre-plongées ou des cadres très serrés sur un regard, une gâchette ou une paire de bottes. La cadence souvent très lente rompt avec la célérité des grandes cavalcades fondatrices, tandis que la gestuelle et la musique prennent le dessus sur les dialogues, et achèvent de donner au western spaghetti son caractère baroque. Les accords d'Ennio Morricone, indéniablement le plus grand compositeur du genre, suffisent à rendre une ampleur artistique à un visage tanné, un oeil plissé, un chapeau troué, ou une barbe mal rasée...
Caricatural à l'origine, le western à la sauce italienne s'auto-plagie ad nauseam au fil des années et cherche un nouveau souffle dans des déviances graveleuses - le "western fayot" (notamment dans les films avec Bud Spencer et Terence Hill) ou des déclinaisons sur fond de de révolution mexicaine - le "western zapata". La parodie de la caricature porte un coup fatal au style qui s'éteint au début des années 70, après dix ans de grands succès.
Scènes et répliques cultes, acteurs mythiques (Lee Van Cleef, Clint Eastwood, Charles Bronson, Henry Fonda, Jason Robards, Eli Wallach), musique intemporelle : l'Italie nous a offert des chefs-d'oeuvres qui continuent aujourd'hui d'influencer le cinéma international, pour quelques spectacles de plus...
Nous souhaitons une excellente rentrée à tous et une bonne fête aux Monique, Augustin, Jean-Baptiste, Sabine, Fiacre, Aristide et Gilles et Ingrid...
Albane de Maigret
Illustration : Capture d'une image du début de Il était une fois dans l'Ouest, sorti le 27 août 1969 - Sergio Leone, Paramount
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