 Chers amis,
Le 1er septembre 1939, les Allemands envahissent la Pologne et le 3 septembre à 17 heures, quelques heures après la Grande Bretagne, la France déclare la guerre à l'Allemagne.
Emotions et réactions diverses s'enchaînent, mais quai de Javel, dans les usines Citroën, cette annonce tombe comme une bombe. Déception, frustration, consternation ! Le 49e prototype d'une voiture à l'étude depuis 1936 paraissait enfin viable et la production de 250 modèles venait d'être planifiée, avec comme objectif de présenter le modèle au Salon de l'automobile de Paris d'octobre 1939... Salon condamné par fait de guerre qui ne verra donc jamais le jour.
Nom de code : TPV (Toute Petite Voiture). Cahier des charges : "Faire une voiture pouvant transporter deux cultivateurs en sabots, 50 kg de pommes de terre ou un tonnelet de vin à une vitesse de 60 km/h."
Nous avons nommé ? La 2CV bien sûr !
A partir de 1939, la priorité est donnée aux commandes militaires sous contrôle allemand, mais les études de la TPV reprennent clandestinement dès 1941 et apportent des perfectionnements techniques à la maquette initiale, ajoutant notamment une boîte de vitesse à trois rapports. Malgré le chantage et la pression, Pierre Boulanger, responsable du projet, ne divulguera jamais à l'occupant qui avait eu vent du dossier les plans de la 2CV.
C'est donc au salon d'octobre 1948 que la "deudeuche" est présentée au public et créé l'événement. Stupéfaction et curiosité animent la foule qui découvre une voiture d'encombrement normal avec quatre "vraies places", un moteur invisible sous un capot scellé, une robe uniformément grise, un intérieur spartiate mais une suspension exceptionnelle, pour la modique somme de 185 000 (anciens) Francs, soit 282 euros ! Seule la réputation de Citroën empêche de croire à une supercherie, et le succès ne se fait pas attendre, ignorant les réticences de quelques médias et du principal concurrent.
Modifications esthétiques et techniques n'ont de cesse d'améliorer celle qui a été élue "voiture du siècle" en 1999, et qui au-delà de sa fonction première symbolise tout un art de vivre. Tous l'adoptent, les jeunes et les vieux, les ouvriers et les commerciaux, les riches et les pauvres, les pompiers et les facteurs, les religieuses et les policiers... Voiture mythique par excellence, la "2 pattes" est une star du cinéma avec ses multiples apparitions dans les productions françaises bien entendu, mais aussi américaines - et pas uniquement pour donner la réplique à un béret ou une baguette franchouillards : American Graffiti, en 1973, Rien que pour vos yeux, en 1981 ou Good morning Vietnam, en 1988, parmi d'autres.
A chacun sa "deuche", version utilitaire ou de loisir, Charleston ou 007, Cocorico ou Dolly, jaune, rouge, noire, bicolore ou tricolore, elle peut se flatter de figurer au palmarès des "machines à souvenirs". Qui ne se rappelle le ronron inimitable du moteur et le dodelinement de la carrosserie ? Qui ne se souvient de l'inconfort de la barre au milieu de la banquette arrière qui collait aux cuisses par forte chaleur ? Qui ne s'est un jour coincé les doigts dans la demi-vitre relevée qui claquait en retombant sans qu'on le lui ait demandé ? Qui n'a pincé le bras de son cousin au passage d'une "2 pipes" verte, clamant avec fierté un "2CV verte sans retouche" ?
C'est donc non sans un pincement, mais au coeur cette fois, que beaucoup virent la production de cette voiture légendaire, décalée et anticonformiste mais si séduisante, s'arrêter définitivement en 1990 après quarante ans et 5 millions de modèles vendus... Pour autant la "2CV attitude" continue de vivre avec les collectionneurs, passionnés, musée de la 2CV en Alsace, expositions, clubistes, bloggeurs ou tout simplement dans nos mémoires.
Nous souhaitons une belle semaine à tous et une bonne fête aux Grégoire, Rosalie, Raïssa, Bertrand, Reine, Adrien et Alain...
Albane de Maigret
Illustration : Prototype de la première 2CV en 1939 et dernier modèle de 1990.
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