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Être ou ne pas être… triskaïdékaphobe


Seul un argument de poids pouvait justifier d’ainsi paraphraser la célèbre tirade d’Hamlet. La date du jour en est un, à double titre. Le 13 peut engendrer une peur, la triskaïdékaphobie. Associé au vendredi, le fameux chiffre génère parfois la paraskevidékatriaphobie – « anticonstitutionnellement » a là un sérieux concurrent.


Longtemps, le nombre 13 fut celui qui concluait la perfection d’un système duodécimal, qu’il s’agisse des douze divinités de l’Olympe, des douze constellations du zodiaque, des douze travaux d’Hercule ou des douze mois de l’année, pour ne citer qu’eux. Nombre sacré chez les Mayas qui l’associent au paradis, considéré de bon augure dans la tradition hébraïque, le 13 devient synonyme d’abondance dans la tradition populaire avec la pièce offerte gratuitement pour une douzaine achetée, le fameux « treize à la douzaine ».


La défaveur arrive avec la Cène. Instituée par Jésus lors du dernier repas pascal célébré avec ses douze disciples, elle annonce la trahison de Judas et la crucifixion, qui eut lieu un vendredi 13. Le nombre devient synonyme de malchance, treize à table, un nombre funeste. N’en déplaise à Vauvenargues qui écrit dans ses Réflexions et Maximes parues en 1746 : « Quand je vois qu’un homme d’esprit, dans le plus éclairé de tous les siècles, n’ose se mettre à table si on est treize, il n’y a plus d’erreur, ni ancienne, ni moderne, qui m’étonne. »


Désormais, l’Occident se méfie du 13. La malédiction attribuée à Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre des Templiers condamné au bûcher en 1314, exacerbe ce sentiment. Maurice Druon, dans Les Rois maudits, lui prête ces paroles : « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître devant le tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment. Maudits ! Maudits ! Soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »


Six cents ans plus tard, le 11 avril 1970, l’explosion d’un des réservoirs d’oxygène d’Apollo 13 jette l’opprobre sur le nombre, d’autant plus qu’il s’agit du 13e voyage d’exploration spatiale de la NASA. Le retour miraculeux des trois astronautes ne suffit pas à réhabiliter le 13. Au point qu’il disparaît dans de nombreux avions et hôtels, sans oublier les ascenseurs passant du 12e au 14e étage, à moins d’opter pour le 12a ou M, la 13e lettre de l’alphabet.


La conclusion revient au journaliste Paul Gordeaux : « Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur. »


Gabrielle de Montmorin