Louis Braille

Le 4 janvier avait lieu la journée internationale du Braille. 


Si les personnes aveugles et malvoyantes du monde entier peuvent aujourd’hui lire et écrire de façon autonome, c’est en grande partie à Louis Braille qu’elles le doivent. Sur les 36 millions de personnes aveugles au monde, 6 millions maîtrisent cette écriture qui leur ouvre les portes de la littérature, de la musique et des mathématiques.


Mais cela a commencé avec d’autres personnages… Valentin Haüy est l’un des premiers Français à s’être intéressé aux problèmes de communication rencontrés par les personnes aveugles ou malvoyantes. Né dans une famille aisée de Picardie en 1745, il étudie les langues à l’université de Paris. C’est sans doute cette passion des modes d’expression qui le conduit à s’intéresser d’abord aux sourds-muets puis aux personnes non-voyantes. Avec un premier élève, François Lesueur, il expérimente un nouveau moyen de faire découvrir la lecture aux personnes aveugles, à l’aide de caractères mobiles en relief. Fort de son succès il obtient l’autorisation d’ouvrir une école pour enfants aveugles.
Plus tard, Charles Barbier de La Serre, un ancien officier d’artillerie, focalise ses recherches sur un moyen de communication qui permettraient aux soldats de lire et d’écrire dans le noir sans être repérés. A partir de 1821, Barbier de la Serre expérimente sa méthode avec des élèves de l’école autrefois fondée par Hauÿ, devenue Institut National des Jeunes Aveugles (INJA). Le système, qu’il appelle « écriture nocturne » ou « sonographie », est basé sur l’impression en relief de 12 points (2 colonnes de 6) qui, suivant leurs associations, transcrit 36 sons différents. Charles Barbier de La Serre reçoit la médaille de bronze à l’Exposition de l’industrie de Versailles pour avoir eu cette idée.


Malgré la complexité et les carences du système, la lecture s’en trouve nettement améliorée. Barbier de La Serre a compris la supériorité des caractères formés par les points sur ceux composés de lignes. Cependant plusieurs inconvénients à son système sont relevés : tenant compte uniquement des sons, il ne permet pas de respecter l’orthographe et le nombre trop élevé de points rend sa lecture difficile.


Parmi les premiers élèves testant la sonographie se trouve Louis Braille. Né le 4 janvier 1809 à Coupvray, il a perdu la vue à l’âge de 3 ans en jouant dans l’atelier de son père, bourrelier. Passionné, il travaille à perfectionner le système de Barbier, y consacrant ses loisirs et même ses vacances. Il propose ses améliorations à Barbier, qui refusera toujours de changer en profondeur son système, considérant comme fondamental de conserver la transcription des sons.
En 1825, Louis Braille, alors âgé de 16 ans, se tourne donc vers le Docteur Pignet – directeur de l’INJA -  pour lui faire part du résultat de ses recherches. Son système, 6 points sur 2 colonnes, permet 63 combinaisons différentes permettant une transcription de toutes les lettres de l’alphabet, de la ponctuation et des principaux signes grammaticaux et musicaux, ce qui permet de respecter l’orthographe et de l’utiliser dans toutes les langues avec le même alphabet. En 1827, la Grammaire des grammaires est transcrite selon ce procédé puis en 1829 est édité le premier exposé du système braille Procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points, à l’usage des aveugles et disposés pour eux. Chose fondamentale, un signe tient complètement dans le champ tactile d’un doigt, ce qui rend la lecture plus aisée.


Dans un premier temps, les choses évoluent très positivement. Dès 1830 les élèves peuvent rédiger leurs devoirs avec ce système et en 1834 paraît le premier livre en braille : Précis de l’histoire divisée en siècles.


Cependant, le directeur qui succède à Pignier, Pierre-Armand Dufau, est beaucoup moins favorable au système que son prédécesseur, du moins dans les premières années. Louis Braille, devenu professeur à l’Institut, meurt en 1852. Il aura juste le temps de voir son système reconnu…


Il faut attendre 1854 pour que l’Etat français reconnaisse officiellement le braille. Parallèlement au braille, de nombreux systèmes, de nombreux systèmes se développent avec des fortunes très diverses… 


La confrontation définitive entre tous ces systèmes a lieu à Paris en 1878, lors du Congrès international pour l’amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets. Après maintes discussions, le congrès se prononce en faveur de la généralisation du système Braille. 


Il faut attendre 1917 pour que les Etats-Unis reconnaissent le braille comme système unique et 1953 pour que l’Unesco organise son uniformisation internationale.