Pourtant, dans la nuit du 11 au 12 septembre, quelques personnes tentent de s’introduire dans le bâtiment : surprise ! Ce dernier est très peu gardé, les salles renfermant les objets les plus précieux sont à l’opposé de la salle de garde. L’affaire est si facile que les marauds reviennent chaque nuit, de plus en plus nombreux, emmenant avec eux filles de joies et bonnes bouteilles : le Garde-meuble devient un lieu d’orgies.

Dans la nuit du 16 septembre, une patrouille avançant sous les colonnes de l’hôtel découvre un homme perché sur un réverbère. Quelques minutes plus tard un autre tombe d’une galerie à leurs pieds. La Garde se précipite alors dans le Garde-meuble et découvre le sol jonché de pierres précieuses, de bouteilles et de reliefs divers. L’alerte est immédiatement donnée.

L’intégralité de la collection a disparu : « Le Grand Diamant Bleu », le « Régent », le « Sancy » notamment, pierres mythiques s’il en est, ont été emportées, pour une valeur estimée de plus de 50 millions de livres de l’époque. Il est difficile de se faire une idée de la valeur actuelle de cette collection mais selon les calculs une estimation comprise entre 400 et 500 millions d’Euros semble plausible. Au total, 9 000 pierres précieuses et plus de 7 tonnes d’or se sont envolées.

Enquête et accusations :

Dès le lendemain, la nouvelle se répand à la vitesse des rumeurs. Très rapidement, le politique s’en mêle.

Le ministre de l’intérieur Roland de la Platière est immédiatement mis en cause : En effet, pourquoi a-t-il refusé les demandes de renfort de l’intendant général Restout afin de garantir la sécurité du Garde-meuble ? Il est probable que le ministre ne voyait pas de priorité à cette demande en ces temps si troublés, il contre-attaque donc et accuse les contre-révolutionnaires.

Les factions anti-girondines y voient une belle occasion de se débarrasser de leurs rivaux : Danton est rapidement accusé. La miraculeuse victoire de Valmy du 20 septembre permet un amalgame. Danton aurait fait dérober les bijoux afin d’acheter la retraite du Duc de Brunswick… (Napoléon reprendra lui-même cette hypothèse quelques années plus tard). L’épilogue de cette histoire montrera qu’il n’en fut rien.

Au fil des dénonciations, 17 suspects sont arrêtés dont le cerveau de l’affaire : Paul Miette. Ce dernier est connu de la police : cambrioleur professionnel, il dirige une clique de malfrats connue sous le nom des « Rouennais ». On installe pour l’occasion une guillotine sur la Place de la Révolution, elle n’en bougera plus avec l’avenir que l’on connait. Une douzaine de malfrats sont condamnés à mort, les autres en réchappent y compris Paul Miette. La politique reprend le dessus, l’affaire n’est plus d’actualité.

Assez rapidement, les plus grosses pierres refont surface, difficiles à écouler, elles font parler d’elles. Au printemps 1794, pratiquement tous les diamants sont réapparus, les autres suivent.

Le « Sancy » est récupéré à Londres en 1795 par un aristocrate fidèle à la monarchie et sera restitué à Louis XVIII.

C’est Louis XVIII lui-même qui, en exil, rachètera le « Côte de Bretagne » (rubis historique légué par François Ier)

Les 140 carats du Régent sont aussi rapidement restitués.

Le « Diamant bleu », fleuron de la Toison d’or de Louis XIV est retrouvé puis reperdu en 1795. Il réapparaît en 1812 entre les mains du banquier Hope sous la forme d’un diamant ovale bleu foncé de 45 carats. Retaillé à la hâte ce dernier a perdu 20% de son poids. Il est étrange d’ailleurs que ce banquier anglais le fasse réapparaître, 20 ans et 2 jours après le vol, soit juste après sa prescription … 

Le diamant est depuis 1912 au Smithonian institute de Washington. Sa nouvelle taille lui a fait perdre beaucoup de son éclat. Certains doutent, d’ailleurs, qu’il soit fait à partir du « Diamant bleu ». En 2007, François Farges, minéralogiste au Museum d’Histoire Naturelle confirme définitivement que le « Hope » est bien le diamant de la couronne de France retaillé.

Les montures et plus petites pierres ne furent jamais retrouvées : moins voyantes, elles étaient faciles à écouler.

Epilogue

Les joyaux retrouvés seront remontés pour la plupart et participeront pleinement à la pompe du Premier Empire, de la Restauration, et dans une moindre mesure de la Monarchie de Juillet. C’est toutefois sous Napoléon III qu’ils seront magnifiquement remontés par les meilleurs joailliers de Paris.

La Chute du Second Empire en 1870 les fait tomber dans l’oubli.

La Troisième République, encore mal installée, toute entière tournée contre l’Eglise et la Monarchie, organisera une vente aux enchères en 1887 afin de disperser ces symboles gênants.

Une question demeure toutefois: vol organisé ? conspiration ? détournement ?

Il existe encore quelques théories sur une intervention anglaise dans l’affaire, mais laissons la parole à Germain Bapst : dans son « Histoire des joyaux de la Couronne » publié en 1889, ce dernier reprend toute l’enquête et étudie les procès-verbaux des nombreux procès qui suivirent. Il y ajoute les témoignages à posteriori du XIXe siècle. 

Point de complot ni de détournement : la négligence du ministre Roland, l’extrême désorganisation de l’époque, l’indiscipline des gardes nationaux ajoutée à l’instinct de Miette, sont seuls responsables de cette catastrophe historique.

Il n’est reste pas moins que le vol des joyaux de la couronne et les multiples rebondissements qui en suivirent restèrent un des « faits divers » les plus fameux de la Révolution.
La Rédaction