Nos bons petits oiseaux, par Jean-Charles Pellerin, vers 1890.

L’hiver à tire-d’aile


Leurs noms et leurs robes nous sont plus ou moins connus : accenteur, bouvreuil, faucon pèlerin, tourterelle… Leurs chants colorent pourtant ces journées d’hiver de notes ravissantes : le merle siffle ou flûte, le pinson ramage, la fauvette à tête noire gazouille, la chouette ulule.


Il suffit de prendre le temps de regarder tout ce petit monde pour jouir d’un spectacle captivant. À commencer par le rouge-gorge. Fidèle ami du jardinier depuis le mois d’octobre, il veille de son œil avisé à garder son territoire pour lui seul. Gare aux intrus ! Le voilà gonflant sa poitrine, tête haute, œillades menaçantes et s’il le faut, il en viendra aux pattes. Une fois sa propriété en sécurité, il ne dédaigne pas pommes et graines, avec un faible pour le chènevis. Glaneur, il approche par petits bons, sa silhouette rondelette plastronnée de rouge. D’une courte envolée, il se perche dans les rosiers, une fine branche lui suffit puisqu’il ne pèse que 16 grammes.


Le gros-bec est son cousin de (sale) caractère. Arrivé des bois plus tardivement, en janvier, il profite de sa carrure pour s’imposer, notamment lorsqu’il s’agit de se restaurer. Son nom complet « casse noyaux » est à l’image de ses mandibules, capables de casser des noyaux de cerise.


Avec sa démarche si caractéristique, mi-sautillée, mi-marchée, accompagnée de rapides petits mouvements de tête, le pinson débarque du Nord par milliers d’individus. Jamais il ne monte dans les mangeoires, préférant se sustenter à terre. Comme pour tous les oiseaux à cette époque de l’année, la nourriture est l’une des principales activités. Sous peu, il sera temps de revêtir sa robe de noces, le gris de son cou se nuançant de bleu, son poitrail saumoné prenant des teintes plus vivres, prêt à entamer son chant nuptial, tête en arrière, gorge gonflée.


Alors qu’il avait disparu de nos jardins, le moineau friquet est revenu. Même s’il ne chante pas particulièrement bien, émettant des « tchuip » presque mouillés, même si son plumage n’est pas des plus jolis avec sa calotte chocolat, sa nuque brune et son minois taché de noir, comme un maquillage faisant ressortir la blancheur de ses joues, cette espèce campagnarde est attachante. Par la douceur de ses mœurs et sa manière de nicher en colonies de plusieurs couples.


Une nature grégaire caractérise aussi le chardonneret élégant qui n’aime rien tant que vagabonder en bande. Celle-ci peut s’avérer voyoute, chassant les autres oiseaux pour déguster à son aise les graines de tournesol dont elle raffole – elle se montre souvent chichiteuse sur la qualité et la quantité. Mais on lui pardonne tant son masque rouge et blanc est ravissant, tout comme ses touches de jaune et blanc ourlées de noir dévoilées à chaque battement d’ailes.


Alors que les jeunes individus se déplacent sur de courtes distances, la mésange bleue adulte est sédentaire. Poids plume, elle n’en est pas moins terriblement gourmande, se bâfrant de pommes et de margarine. Une fois rassasiée, elle se pose dans un buisson pour nettoyer son bec de gloutonne, le frottant vigoureusement de droite à gauche dans un spectacle drôle et gracieux.


Laissons Hugo conclure : « Un brave petit oiseau, probablement amoureux, vocalisait éperdument dans un grand arbre. »


Gabrielle de Montmorin