Kirk Douglas en Spartacus dans le film éponyme de 1960

En ce jour où nous apprenons la mort de Kirk Douglas à l’âge de 103 ans, penchons-nous un peu sur le plus célèbre des personnages qu’il a incarné à l’écran : Spartacus ! Un tout petit peu différente de la vision qu’en donne le célèbre film, voici la véritable histoire de l’esclave qui défia Rome !


Spartacus naît homme libre en Thrace (actuelle Bulgarie) aux alentours de 100 avant JC. Appartenant à une population tributaire de Rome, il sert dans l'armée romaine, dans les troupes auxiliaires.  Il déserte bientôt l’armée, pour devenir brigand ou rallier le camp adverse, les sources divergent sur la raison de cette fuite…


Cependant, il finit par être fait prisonnier pendant la campagne de Caius Scribonius Curio en Dardanie en 75 avant JC.  Conduit à Rome, il est vendu comme esclave et acheté par le laniste Lentulus Batiatus, qui possède un ludus (école de gladiateurs) à Capoue et qui, logiquement, en fait un « Thrace », ce type de gladiateur à la dague courbe et tranchante, avec bouclier souvent carré, jambières et casque à rebord…


À l'été 73 av. J.-C., les esclaves gladiateurs de l'école de Lentulus Batiatus complotent pour retrouver leur liberté, mais sont dénoncés. Selon l’historien Salluste, contemporain de Spartacus, « soixante-treize esclaves, détenus à Capoue dans une académie de gladiateurs, brisent leurs armes et se réfugient sur le mont Vésuve ».


Ils s’emparent de chariots d'armes et, après avoir défait la milice de Capoue, ils traversent la Campanie en direction de la baie de Naples. L’histoire pourrait s’arrêter là s’ils n’avaient été rejoints dans leur périple par de nombreux travailleurs agricoles — esclaves fugitifs et hommes libres — des latifundia des environs. Trois hommes sont élus chefs, Spartacus, et Crixos et Œnomaüs, des gladiateurs d’origine gauloise.


Pour survivre, cette bande vers laquelle affluent toujours plus de fugitifs organise des razzias dans toute la Campanie. Le Sénat pour le moment ne s’inquiète que peu de ces désordres : « les Romains ne pensaient pas encore que c'était une guerre dans toutes les formes. Ils croyaient que c'était quelque chose comme une attaque isolée, semblable à un acte de brigandage.  » nous dit Appien.


Envoyé par Rome pour mater ce qu’il pense n’être qu’une petite révolte, le préteur Gaius Claudius Glaber accule Spartacus et ses hommes sur les pentes du Vésuve. Avec plus de 3000 soldats «choisis à la hâte et au hasard» selon Appien, il bloque le seul accès connu au volcan, pensant les obliger à se rendre par la faim. Mais, selon l'historien Florus, Spartacus imagine un stratagème pour fuir le volcan. Avec les sarments de vignes poussant sur les pentes, il fabrique des échelles permettant aux hommes de descendre par une pente abrupte, de contourner le volcan et de surprendre les auxiliaires de Glaber à revers, ce qui le mène à la victoire.


Avec ce succès, cette armée servile grossit encore et compte jusqu’à 70 000 hommes selon Appien, mais enivrés par leur succès, les esclaves « au mépris des ordres de leur chef, violèrent des femmes et des filles, puis d’autres […] ne songèrent qu'au meurtre et au pillage. » nous raconte Salluste.  Les esclaves rebelles passent l'hiver 73-72 av. J.-C. à former, armer et équiper leurs nouvelles recrues et à étendre leur territoire de raids aux villes de Nola, Nuceria, Thourioi et Métaponte.


Une scission se produit alors : les partisans de Crixos le Gaulois (environ 30 000) le suivent en Apulie, pillant allègrement tout sur son passage tandis que Spartacus, avec le plus gros des troupes, prend la route du Nord vers les Appenins, pour gagner des terres libres au-delà des Alpes.


Crixos est tué et ses troupes massacrées lors d'un premier engagement près du mont Gargano. Spartacus, en revanche, vient à bout des légions que dirigent contre lui les consuls Cnaeus Cornelius Lentulus Clodianus et Lucius Gellius Publicola. Il met même 16 000 Romains en déroute dans le Picenum. Pour venger la mort de Crixos, Spartacus organise des simulacres de jeux de gladiateurs dans la vallée des Abruzzes durant lesquels des Romains faits prisonniers sont contraints de se battre jusqu’à la mort. Entre 300 et 400 soldats sont obligés de s’entretuer…


De victoires en victoires, par exemple contre l’armée de Cassius à Modène, il retourne finalement dans le sud de l’Italie et s’installe à Thurii où il fait commerce, faisant des réserves d'armes, de bronze et de vivres.


Pendant ce temps, Crassus, homme le plus riche de Rome et ambitieux, se voit confier  le commandement d'une armée de quatre légions. Il en arme six nouvelles sur ses deniers personnels et mène une politique de déstabilisation de l’armée servile, cherchant à leur couper les vivres en empêchant les raids, plutôt que de chercher le combat frontal.


Mummius, un de ses légats, désobéissant à ses ordres, attaque une partie des troupes de Spartacus avec deux légions, et subit un désastre. Pour faire un exemple et impressionner les esprits, Crassus remet en usage un châtiment qui n'était plus pratiqué alors : celui de la décimation. Un dixième des soldats du premier rang, principalement responsables de la déroute, sont ainsi fouettés puis mis à mort.


De son côté, l'objectif de Spartacus est maintenant de passer en Sicile pour, de là, de rentrer dans son pays d'origine. Il espère que les esclaves de cette île l’aideront. Il fait appel à des pirates pour y passer mais « Les Ciliciens lui donnèrent leur parole, et reçurent ses présents ; mais ils le trompèrent, et remirent à la voile. » (Plutarque)


Trahi, Spartacus se trouve pris au piège à la pointe de l'Italie, à Rhegium (actuelle Reggio de Calabre).


Crassus entreprend de bloquer Spartacus dans la presqu’île par une ligne de fortifications de 55 km de long, - d’un rivage à l’autre !- 4,5 m de large et de profondeur, doublé d'un remblai palissadé. Mais en pleine nuit, Spartacus et ses hommes comblent une partie du fossé, font tomber la palissade et réussissent à s’enfuir, profitant du peu de visibilité dû à la neige qui tombe alors…


Il est poursuivi par l’armée de Crassus à qui il faudra quatre nouvelles batailles pour vaincre enfin Spartacus. L'affrontement final a lieu près du village actuel  de Quaglietta. Crassus y bat définitivement les révoltés, tuant 60 000 insurgés et ne perdant que mille légionnaires. Spartacus y meurt les armes à la main en 71 av. J.-C.


La répression est sanglante : 6 000 esclaves survivants sont crucifiés sur les 195 km de la Via Appia, entre Rome et Capoue. De plus, Pompée, entre-temps rappelé en urgence d'Espagne par le Sénat, massacre 5 000 esclaves en fuite dans le nord de l'Italie. Cette victoire vaut à Pompée des honneurs dont Crassus est privé.


Néanmoins, tant pour Crassus que pour Pompée, cette 3e guerre servile est l’occasion de promotion puisque l'année suivante, les tous deux sont promus consuls.