Inauguration du Canal de Suez

L’inauguration du Canal de Suez en 1869 marque le début d’un rétrécissement notable de notre planète. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’être humain ne dépend plus des contours naturels des continents mais influe directement pour réduire les distances.


 Un projet immémorial


L’idée de relier la Méditerranée à la mer Rouge n’est pas une nouveauté : la géographie appelait cette liaison. Un bas-relief du XIVe siècle avant J.-C décrit une sorte de canal reliant le Nil et la mer Rouge. Mais c’est par la voix d’Hérodote que nous avons le premier témoignage de la volonté politique d’un pharaon de relier les deux mers : vers le VIIe siècle avant notre ère, Nékao II aurait ordonné des travaux afin de relier le Nil à l’Isthme de Suez. C’est finalement Darius 1er qui acheva l’œuvre à la toute fin du VIe siècle avant J.-C. Il fut plus ou moins entretenu au fil des aléas de l’histoire : l’empereur Trajan le remit en état à la fin du 1er siècle de notre ère notamment. Au VIIIe siècle, le deuxième calife Abbasside Al-Mansur le fit détruire afin de protéger les lieux saints d’une éventuelle invasion.


Au XVIe siècle, la République de Venise alors concurrencée par les nouvelles routes portugaises et espagnoles réfléchira à un nouveau Canal. Les guerres successives avec les Ottomans auront raison du projet.


L’histoire de Suez s’arrête là pour de longs siècles …


 La renaissance de l’idée du canal


Le regain d’intérêt pour l’Orient suscité notamment par l’expédition d’Egypte de Bonaparte replace dans l’actualité le projet de canal. Une première série de relevés effectuée par Gratien Le Père conclut à l’impossibilité de sa réalisation. Il faudra attendre la fin des années 1820 avec les travaux de Linant de Bellefonds pour que les plans prennent forme : ce dernier transmet à Ferdinand de Lesseps en 1844 les documents. En 1854, l’autorisation d’effectuer les travaux est octroyée par le pacha d’Egypte, qui accorde en outre une concession de 99 ans. Une souscription nationale permet de financer le projet, on estime que plus de 20 000 français ont ainsi souscrit des parts de La compagnie universelle du Canal de Suez, dont le président n’est autre que Lesseps lui-même. L’Egypte obtient 44% de la nouvelle société.


 Le Canal : nouvel enjeu politique


Les temps ont toutefois changé : les grandes nations européennes sont en concurrence pour se partager le monde, notamment la France et le Royaume-Uni. Ce dernier n’entend absolument pas laisser à la France la clé d’une nouvelle route des Indes. La couronne britannique intervient jusqu’à Constantinople afin de faire suspendre les travaux : elle y parviendra en 1859 puis en 1863. Les travaux se poursuivent malgré les ordres ottomans, Lesseps se sachant soutenu par Napoléon III n’hésite pas à braver les interdits de la Sublime-Porte.


 Il s’agit alors du plus grand chantier de la planète : plus de 1,6 millions d’ouvriers se succèderont sur le site, devenu le symbole de la toute-puissance du progrès technique. L’ouverture du Canal fera gagner de nombreux mois au trafic maritime (obligé jusque-là à un large détour via Le Cap). Anticipant une tendance qu’il devine inéluctable, Ferdinand de Lesseps oriente la construction vers la navigation à la vapeur. Le canal s’étire sur 162 kilomètres, est large de 54 mètres et profond de plus de 8 mètres ; il raccourcit la « voie des Indes » de plus de 8000 km.


L’Angleterre est, pour le moment, exclue de cette réussite.


Le 17 novembre 1869, l’impératrice Eugénie et l’empereur François-Joseph inaugurent le Canal : grandiose cérémonie qui permettra à la France de bénéficier d’un prestige incomparable. Le Pacha d’Egypte commande pour l’occasion ce qui deviendra AÏDA à Verdi.


L’inauguration du Canal de Suez sera la dernière grande manifestation de ce que les historiens nommèrent « la Fête impériale » avant la terrible guerre Franco-Prussienne.


Le Royaume-Uni ne restera pas longtemps en dehors du Canal. En 1875, la gestion calamiteuse du Pacha d’Egypte l’oblige à vendre ses 44% du Canal, et c’est l’Angleterre qui rafle la mise. En 1880, la part contractuelle des bénéfices qui revenaient à l’Egypte est cédée au Crédit Foncier de France pour les mêmes raisons. Le Canal devient une propriété Franco-Britannique dont l’avenir sera loin d’être tranquille …


La Rédaction