Cette chronique n'est plus disponible sur notre site. Vous trouverez ci-dessous la dernière.

La Distribution des Aigles, tableau de Jacques-Louis David - 1810

Si le 5 décembre de cette année est marqué par la grève, il y a 215 ans se déroulait un événement particulier sur le Champ de Mars devant l’Ecole Militaire : Napoléon distribue les « Aigles » à ses armées, scène immortalisée par David dans un immense tableau, qui bien qu’aussi spectaculaire que celui du Sacre, est moins connu.

Trois jours après son sacre donc, le 5 décembre 1804, cette cérémonie met un terme grandiose aux célébrations de son couronnement : armée, garde nationale, garde impériale, unités de marine, tous les corps d’armée sont là pour recevoir leurs «Aigles », étendards de l’époque.

Des nouvelles armes pour l’Empire

Dès le 10 juillet, Napoléon Ier avait défini par décret ses nouvelles armes : « d’azur à l’aigle à l’antique d’or, empiétant un foudre du même ». Emblème déjà des armées romaines, des empereurs allemands, puis de la Prusse, de la Sicile, voilà l’aigle devenu symbole impérial en France. Choisi pour rompre avec l’Ancien Régime, il a, pour l’anecdote, fait l’objet d’un débat au Conseil d’Etat : Crétet proposait l’aigle, le lion et l’éléphant, Cambacérès l’abeille, Ségur le lion, Laumond l’éléphant, Duroc le chêne et Lebrun la fleur de lis… Difficile de choisir dans toute cette ménagerie ! Mais, au dernier moment, l’Empereur raye le lion – finalement choisi par lui à la place du coq qui avait la faveur du conseil d’Etat - sur le décret pour imposer l’aigle. On verra que le coq finalement prendra sa revanche, puisque c’est lui aujourd’hui qui figure sur certains de nos maillots sportifs !

Reprenant les coutumes des légions impériales romaines, Napoléon fait donc placer des aigles au sommet des hampes des drapeaux de ses régiments. Fondues en bronze doré par Thomire d’après un dessin de Chaudet, elles pèsent presque deux kilos chacune ! Sur un caisson indiquant le numéro du régiment, les aigles aux ailes déployées tiennent dans leurs serres le fuseau de Jupiter.

« Soldats, voilà vos drapeaux »
Ils sont donc 108 unités des gardes nationales venant de tous les départements, et tous les autres corps d’armée à venir prêter serment sur le Champ de Mars ce 5 décembre sous la pluie et la neige, dans un décor imaginé par Percier et Fontaine, architectes inventeurs du « style Empire ».

« Soldats, voilà vos drapeaux ; ces Aigles vous serviront toujours de point de ralliement ; ils seront partout où votre Empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple. Vous jurez de sacrifier votre vie pour

les défendre, et de les maintenir constamment par votre courage sur le chemin de la victoire. »
Après avoir prêté ce serment et juré fidélité à Napoléon, les différents corps reçoivent leurs « Aigles » qui accompagneront les troupes napoléoniennes dans leurs batailles et défaites. Rapidement jugées trop lourdes, ce sont deux autres modèles qui se succèderont sur les champs de bataille, un plus léger et un autre modèle pour les Cent-Jours.

Une idée reprise par Napoléon III
En 1851, Napoléon III décide de reprendre la même symbolique que son oncle et fait également placer des aigles au sommet des drapeaux. Une nouvelle cérémonie de distribution des aigles est organisée le 10 mai 1852, toujours au Champ de Mars. Réalisées d’après un dessin de Barré, ces aigles « Second Empire » ornent les hampes des drapeaux de toutes les garnisons de France et d’Algérie. Là aussi plusieurs modèles se succèderont, de nouvelles techniques permettant de les alléger toujours plus, jusqu’à ce qu’elles ne fassent plus qu’un kilo.

Aujourd’hui ces aigles impériales (oui oui, nous sommes au féminin depuis le début, ces aigles impériales sont bien au féminin, comme en héraldique !) font la joie des collectionneurs de souvenirs napoléoniens, vous pouvez également en admirer dans les musées - aux Invalides par exemple - ou même en acquérir une copie dans les boutiques des musées nationaux ! (une idée de cadeau de Noël ?) Vous pourrez  peut-être même en trouver une véritable au détour d'une vente aux enchères Empire, par exemple à la maison Osenat le spécialiste des enchères de la période, annonceur fidèle du Bottin.

Nous ne pouvons également que vous conseiller si vous vous rendez à Versailles, de faire un détour par la salle du Sacre – si elle est ouverte - pour admirer le tableau de David de près de 6 m par 9 ! Commandé pour la Salle du Trône des Tuileries en 1805, il n’est terminé qu’en 1810 où il est exposé au Salon.

Vous trouverez aussi au Musée Carnavalet des peintures et gravures représentant la distribution des Aigles de 1852 par Napoléon III.