Albrecht Dürer, Mains en prière, dessin, vers 1508.

Le Carême

Venu de l’ancien français, lui-même formé sur le latin quadragesima, le terme « Carême » apparaît en 1190, employé par saint Bernard. Il est alors du genre féminin et désigne le quarantième jour avant Pâques, cette fête centrale de l’année liturgique chrétienne célébrant la Résurrection du Christ et le renouvellement solennel de l’engagement du baptême.

Quoique reflète l’expression peu flatteuse « avoir une face de Carême », sous-entendant teint pâlot et joues creusées, le temps du Carême n’est nullement triste. Il s’agit en effet d’une mise à l’écart discrète, concentrée sur la prière, la pénitence et l’aumône. Débuté avec les Cendres et une invitation riche en promesses, « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », le Carême ouvre tous les champs des possibles. Renoncer à la tyrannie contemporaine de l’électronique pour se mettre à l’écoute du Christ et Le remercier, ou encore donner son temps et son attention complète à celui qui peut en avoir besoin.


Ces quarante jours qui amènent au dimanche des Rameaux et à la Semaine Sainte sont hautement symboliques, des quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise, aux quarante jours passés par Jésus dans le désert de Judée. En mémoire du jeûne du Christ au désert et de Sa Passion, l’abstinence de viande, particulièrement les vendredis de Carême, s’est longtemps accompagnée d’une interdiction de consommer les œufs. Ce n’est pas un hasard si ce temps de jeûne est précédé par une période de réjouissances, le fameux carnaval, en italien carne levare, signifiant « alléger la viande ». Tout comme le Mardi gras donnait l’occasion de vider les réserves de nourriture, la mi-Carême permet de consommer les œufs censés ne pas se conserver au-delà de vingt jours. Les poules continuant de pondre, le stock d’œufs des vingt prochains jours sera à son tour écoulé avec les « œufs de Pâques ».


Louis XIV consacre la tradition, offrant à ses courtisans des œufs peints à la feuille d’or. Pour faire ses Pâques, le souverain doit écouter une série de sermons de circonstance, on parle alors des carêmes de tel prédicateur. En 1662, c’est au tour de Bossuet de prêcher au Louvre devant le Roi et sa cour. Puisant dans les pères grecs, dont il apprécie la parole imaginative, le religieux n’hésite pas à réprouver la conduite royale, en assénant un virulent « Jésus-Christ n’est plus écouté » qui fera s’enfuir Louise de La Vallière, la maîtresse du moment. Le souverain est furieux, mais n’en nommera pas moins le futur Aigle de Meaux précepteur du dauphin… neuf ans plus tard.

Le pardon fait aussi partie du Carême.




Gabrielle de Montmorin