Ce matin je me suis levée tôt. L’aurore se parait de mille pierreries joyeuses à l’horizon.


Un air frais singeait les nuages éparpillés qui quadrillaient un ciel encore sombre.


Plus loin, les villes endormies s’épuisaient d’ennui. Dans cette étrange solitude, le temporel rejoignait le spirituel et le chant des oiseaux, l’onde des vagues et la brise marine. Parfois, la nuit, le ciel se mettait en colère sans inonder le chemin caillouteux qui longeait la maison.


En ouvrant la fenêtre, je prenais un plaisir simple à plonger mon visage dans le noroît du matin, ma peau vibrait sous ses caresses, mes cheveux ondulaient doucement, mes lèvres avaient un goût salé.


Ce matin, j’avais relevé mes cheveux en chignon et enfilé ma robe à fleurs, celle qui danse quand le vent la soulève. Un papillon s’était posé sur mon pied alors que je m’étais assise pour boire un café. Il n’avait rien d’extraordinaire, un simple petit oeil noir sur chaque aile.


En rangeant mon bureau hier soir, j’avais retrouvé La presqu’île de Gracq que je n’avais pas relu depuis des années. C’était l’occasion de m’y replonger aujourd’hui. Ce désir qui monte et cette attente de voir la mer…


Ce matin, Eugénie m’a regardée me maquiller en rêvant d’en faire autant. Elle s’est installée à mes côtés, bouche bée, le regard perdu dans les miens, me dévorant des yeux. Elle a tenté de m’imiter en dessinant avec ses doigts le passage du crayon  et du fard sur ses paupières, du pinceau sur ses joues, du rouge sur ses lèvres qu’elle a pincées ensuite, pour mieux les imprégner.


Ce matin encore, j’ai écouté ma fille cadette jouer du piano. Iy avait, dans son jeu de mains, une cascade étourdissante de lancer de doigts qui couraient sur le clavier. Cette effervescence, un peu mélancolique et délirante, fut un bonheur.


J’ai aussi appelé mon fils qui se reposait chez lui de ses sorties nocturnes à veiller sur le bon confinement de chacun.


J’ai regardé ma mère maniele fer avec dextérité, ses vieilles jambes raides, pieds nus dans des chaussons un peu trop grands pour elle. Dans cette atmosphère humide et chaude, nous avons parlé, échangeant des propos anodins, discutant et riant, tout simplement. Mais, pour la première fois, j’ai compris l’importance des mots. Cet échange dura quelques minutes et dans ce jeu des regards qui se croisent et des bouches qui s’éveillent, conduites par une pensée plus positive, nous avons rempli nos âmes d’un sentiment joyeux.


Ce matin, Jo nous a annoncé qu’elle attendait un enfant. Nous serions grands-parents pour la troisième fois.


Mon mari a allumé un feu dans le salon et j’ai commencé la lecture de mon livre.


Ce matin, j’ai compris que c’est dans les petites choses du quotidien que l’on construit les grandes…


Caroline Constant