Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents

Si beaucoup d’historiens ont vu dans le coup d’état du 18 brumaire une preuve de la brutalité du jeune Bonaparte, il n’en reste pas moins que cet événement met fin à une longue période de troubles et d’instabilités pour la France. L’installation de Bonaparte permet à partir de cette date de tourner la page de la Révolution, et par là même d’inaugurer une nouvelle ère pour le pays.




La fin du Directoire : impuissance et échecs


La Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) instaurait un régime repris en main par la bourgeoisie, préoccupée avant tout de maintenir les acquis de la Révolution. Bien loin des principes humanistes, il s’agit avant tout de garantir les biens obtenus au détriment de l’aristocratie et du clergé.


Cinq directeurs sont à la tête de ce nouveau régime, deux chambres régulent le gouvernement : le Conseil des Cinq-Cents devient une sorte de chambre basse et le Conseil des Anciens une chambre haute. A noter la suppression du suffrage universel … remplacé par un suffrage censitaire garantissant des élections favorables aux propriétaires.


Durant les quatre années de ce régime, les menaces extérieures (les puissances européennes maintiennent la pression sur la toute jeune république) affaiblissent le pays. Les royalistes relèvent la tête, entraînant un retour du parti Jacobin : les deux chambres annulent leurs décisions mutuelles, les directeurs ne parviennent pas à stabiliser la situation. La conjoncture économique est dramatique, la suppression des assignats et leur remplacement par les « mandats nationaux » rapidement dévalués entraînent un retour brutal à la monnaie métallique … rare et chère. La banqueroute de 1797 (loi du « Tiers-consolidé » achève de ruiner nombre de petits épargnants.



La prise du pouvoir par Bonaparte


Sieyès, alors un des cinq directeurs prend rapidement conscience de la fragilité du Directoire. Il infuse dès 1798 l’idée d’un « homme providentiel » suffisamment estimé pour remettre de l’ordre au-delà des factions. Mais avant tout, il s’agit d’éviter à tout prix un retour de la monarchie !


Bonaparte, jeune général depuis 1795 est le candidat idéal. Sa campagne d’Italie est couronnée de succès.  Sa campagne d’Egypte, malgré des résultats mitigés, l’auréole du prestige de « l’aventurier de l’Orient ». Lucien Bonaparte, devenu président des « Cinq-Cents » en 1799 entretient le mythe Bonaparte. Rapidement prévenu de la situation, ce dernier rentre à Paris le 16 octobre 1799.


Sieyès organise avec la complicité du Conseil des Anciens le déplacement des deux assemblées à Saint-Cloud sous le prétexte d’une double menace Jacobine et Royaliste : isolées, elles ne pourront que mieux se soumettre. Paris est bouclée afin d’éviter l’intervention de la foule. Parallèlement, Bonaparte devient chef des forces militaires de Paris et trois des cinq directeurs, dont Sieyès, démissionnent.


Bonaparte se rend au Conseil des Anciens et harangue une assemblée conquise d’avance.


Dès le 19 brumaire, le Conseil des Cinq-Cents s’installe à Saint Cloud. Bonaparte se présente mais est violemment pris à partie, traité de « dictateur ». L’assemblée est expulsée et les Cinq-Cents s’éparpillent dans le parc autour du palais.


Le soir même, les députés favorables à Bonaparte sont retrouvés et hâtivement réunis pour voter le changement de régime. Une commission est alors créée afin de rédiger une nouvelle constitution (qui sera adoptée le 22 frimaire an VIII – 13 décembre 1799) nommant Bonaparte 1er consul.


La Révolution est bien finie !



Accueil et conséquences


 L’accueil général fut plutôt positif et l’on ne compte aucun soulèvement dans le pays en réaction à ce changement de régime : le Directoire n’avait jamais « pris racine » et l’instabilité ne favorisait pas son acceptation. L’arrivée d’un « homme providentiel » ne pouvait que rassurer une élite bourgeoise avide de calme et de sécurité.


Sieyès dirige la rédaction de la nouvelle constitution qui s’inspire fortement du modèle romain du « dictateur ». Daunou améliorera le texte de Sieyès. En tant que Premier Consul, Bonaparte possède l’essentiel des pouvoirs, il est épaulé par deux consuls : le conventionnel régicide Cambacérès censé garantir les acquis révolutionnaires et le député royaliste Lebrun supposé rallier l’aile la plus conservatrice du pays. Quatre assemblées complètent le dispositif : le Sénat, le Tribunat, le Conseil d’Etat et le Corps législatif.


Le coup d’état du 18 brumaire conclut une période d’instabilité, la majeure partie des historiens considèrent cette date comme la fin de la Révolution française. La France épuisée par des années de conflits internes s’offre au seul garant de sa survie face aux puissances étrangères.