Vase en argent de la région du Fars iranien portant une inscription en élamite linéaire, vers 1980 av. J.-C. © François Desset

Le nouveau Champollion

Un chercheur français installé à Téhéran vient de décrypter une écriture utilisée il y a 4 400 ans. Baptisée « élamite linéaire », elle pourrait remettre en question la place de la Mésopotamie comme berceau de l’écriture.

Apprendre qu’un système d’écriture remontant à l’âge de bronze vient d’être déchiffré a de quoi réjouir. En particulier en cette époque où l’image gouverne au détriment du verbe, usant et abusant de contractions et d’acronymes. Les lettres, justement, sont au cœur de cette nouvelle découverte annoncée par le magazine Science et avenir.

François Desset quitte son Sud-Ouest natal pour aller soutenir à Paris une thèse dédiée à l’archéologie du plateau iranien entre le IVe et le début du IIe millénaire avant J.-C. Parti fouiller au sud-est du pays, dans la zone de Jiroft, l’archéologue franchit le pas en 2014 en s’installant à Téhéran, où il enseigne, tout en étant rattaché au laboratoire Archéorient de Lyon. Depuis dix ans, le scientifique concentre ses recherches sur une écriture restée mystérieuse – seul un chercheur allemand avait publié un décryptage partiel dans les années 60. Présente sur des tablettes d’argile retrouvées en 1901 dans les ruines de la cité de Suse, une ville mentionnée dans la Bible, il s’agit d’une écriture phonétique de type cunéiforme.

Mi Sherlock Holmes, mi Indiana Jones, François Desset repère des signes répétitifs désignant des noms propres. De là, il craque le code et le corpus n’a bientôt plus de secret pour lui. La nouvelle écriture est baptisée « élamite linéaire » en l’honneur de son pays d’origine, l’Elam, devenu la Perse, puis l’Iran.

Presque deux cents ans après Champollion et sa pierre de Rosette, un autre savant français est donc en bonne voie pour inscrire son nom dans la grande aventure du déchiffrement. Certes, ce travail devra être confirmé par une publication scientifique, annoncée pour les prochains mois.

Plus que le sens, des dédicaces royales adressées à des dieux, c’est la découverte en elle-même qui pourrait bousculer de nombreuses connaissances. Elle remet notamment en cause le proto-cunéiforme de Mésopotamie et les hiéroglyphes égyptiens comme étant les deux plus anciens systèmes d’écriture connus au monde. D’autant que François Desset affirme dans Science et avenir que l’écriture n’est pas apparue d’abord en Mésopotamie, puis dans le royaume d’Elam, mais qu’il s’agit bel et bien de deux écritures nées dans deux régions différentes. « (elles) ne sont pas mère et fille, mais sœurs » précise-t-il.

Voilà de quoi continuer à s’émerveiller devant l’immensité des moyens de communication, des pictogrammes ancestraux, ces « images balbutiées des mots » comme les décrivait Jacques Lacarrière, aux smileys et acronymes dont se régalent les générations « Y », « Z » ou « Alpha ». À charge pour elles de craquer les codes du « linéaire A » crétois et de l’écriture harappéenne de la vallée de l’Indus, qui restent à ce jour un mystère…

Gabrielle de Montmorin