Cette chronique n'est plus disponible sur notre site. Vous trouverez ci-dessous la dernière.

Chers amis,


Non, ce n’est pas George Stephenson qui a inventé la locomotive à vapeur.
Ingénieur de génie mais piètre homme d’affaires, c’est bien Richard Trevithick qui, le premier, a transformé la machine à vapeur d’un marteau-pilon de forge pour tracter le premier train de l’histoire ferroviaire.


« Le géant des Cornouailles », comme on le surnomme, à la fois du fait de sa taille titanesque et de son incroyable talent inventif, a démonté une machine à vapeur de la forge. Il y a ajouté des roues, un volant latéral et une haute cheminée pour un meilleur tirage. Le matin du 21 février 1804, au pays de Galles, soixante-dix mineurs grimpent dans des wagons tirés non plus par des chevaux, mais par la « machine du diable », actionnée par une énergie aqueuse.


Ce sont dix tonnes de fer qui s’ébranlent sur la voie ferrée reliant le canal aux forges de Penydarren, devant le regard fasciné du public. Au plus rapide, lorsque rien ne gêne la locomotive, le convoi roule au train d’enfer de neuf kilomètres à l’heure, sous l’œil vigilant de l’ingénieur des Mines qui trottine à ses côtés. Lui-même raconte l’exploit : « Nous avons réalisé notre voyage avec l’engin ; nous avons transporté dix tonnes de fer, cinq wagons et soixante-dix hommes à bord durant tout le voyage. C’est plus de quinze kilomètres que nous avons parcourus en 4 heures et 5 minutes ; mais nous avons dû abattre quelques arbres et enlever quelques gros rochers du chemin ».


Cette expérimentation, bien que perfectible, permet de prouver que non seulement la vapeur est capable de tirer de lourdes charges, mais aussi que l’adhésion des roues sur les rails métalliques fonctionne parfaitement. Plein d’entrain, Trevithick poursuit ses recherches et présente à Londres, en 1808, la locomotive « Catch me who can ». Il caresse l’espoir d’attirer des investisseurs et de développer à plus grande échelle sa trouvaille qu’il sait révolutionnaire. Reléguée au rang des curiosités, l’engin termine sa vie comme manège de foire, et le pionnier du rail, dans l’anonymat le plus complet avec un train de vie misérable.


Chemin faisant, grâce à celui qui avait un train d’avance, s’est imposée dans les consciences étatiques l’opportunité économique du développement des chemins de fer. A l’occasion du concours de Rainhill en 1829, toujours chez nos amis anglais, des successeurs mettent en train des machines plus performantes, plus rapides, plus techniques que celles encore balbutiantes de Trevithick. L’enjeu est de taille car il s’agit de relier Liverpool à Manchester pour le transport de marchandises, bien entendu, mais aussi des passagers. Ainsi concourent la « Sans pareil » de Timothy Hackworth, ou la « Rocket » de George Stephenson qui remporte la palme, en atteignant 22 kilomètres-heure...


L’heure de la révolution industrielle sonne et l’Europe continentale devine à son tour les enjeux du trafic ferroviaire. Pas si perfide, l’Albion se laisse copier un système déjà bien rodé. La France prend le train en marche après ses voisins allemands, belges ou suisses, devant subir de lourdes charges  financières suite aux guerres napoléoniennes.


Alors que la métamorphose de Paris va bon train sous la direction du baron Haussmann, les frères Emile et Isaac Pereire proposent en 1832 la construction d'une ligne de train au départ de la capitale vers l'Ouest. Ils obtiennent la concession en 1835 et créent La Compagnie du Chemin de fer de Paris à Saint Germain.
Saint Germain-en-Laye est à l'époque un lieu privilégié de promenade dominicale des parisiens menant grand train, et présente une étape sur la route de Rouen, à l'heure où il semble prioritaire de relier par voies ferrées Paris à la Normandie.


Le rail est jusque-là réservé à l'acheminement de minerai dans la région de Saint-Étienne et du Nord, et l'idée de transporter des voyageurs est accueillie par des éclats de rire. Éclats de rire qui redoublent lorsque la presse annonce que le train passera sous la colline de Monceau... C’est aller dans le sens du président du Conseil Adolphe Thiers qui affirme : « Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage ! ».


Les travaux sont confiés à Eugène Flachat, et si le tracé ne présente aucune difficulté majeure de construction, l'ascension du coteau de Saint Germain semble malgré tout un obstacle infranchissable pour les locomotives. Qu'à cela ne tienne, Paris-Saint Germain deviendra Paris-Le Pecq. Après plusieurs études, l'embarcadère de départ (on ne parle pas encore de gare) est installé sur la Place de l'Europe.


Fin août 1837, tout est prêt. Il ne manque qu'une chose : des voyageurs…
L'idée vient aux administrateurs que la meilleure des publicités serait de faire voyager la famille royale. Mais les ministres de Louis-Philippe craignent pour sa vie et parviennent à convaincre la reine Marie-Amélie et deux de ses enfants de se dévouer, tandis que le roi des Français suit la route en calèche. Leurs Altesses Royales bravent donc le danger et inaugurent la ligne Paris - Saint Germain ; 26 minutes de trajet pour parcourir 19 km, une prouesse. « Hier encore, aller à Saint-Germain, c’était un voyage ; aujourd’hui il ne s’agit plus que de sortir de sa maison », relate Jules Janin suite à l’expédition.


Tout se passe au mieux, si ce n'est un petit retard du convoi. Le chef Jean-Louis-François Collinet, du Pavillon Henri IV, en charge du dîner des grands voyageurs au terminus souffre d'un grand désarroi. Sans crier gare, ses pommes de terre frites commencent à brunir fâcheusement tandis que les passagers se font attendre... Il les retire du feu, les égoutte et attend l'arrivée des convives pour les replonger dans l'huile bouillante. Quelle surprise, les pommes de terre se mettent à gonfler. Les pommes soufflées sont nées et leur succès à la table de la Reine est tel qu'il éclipse presque celui de l'invention du train de voyageurs. Ce même chef inventera peu après et bien malgré lui la recette de la sauce béarnaise, mais ne déraillons pas, il s’agit là d’une autre histoire.

Nous souhaitons d’excellentes vacances à ceux qui partent et une bonne fête aux Damien, Isabelle, Alexandre, Lazare, Modeste, Roméo, Honorine et Nestor…


Albane de Maigret