Chers amis,


Le 7 mars 1671, dans la paroisse de Buchanan, au bord du Loch Katrine dans les Highlands écossais, le fils de Donald Glas MacGregor et Margaret Campbell est baptisé. Voilà donc un nouveau rejeton dans le clan MacGregor qui prétend descendre du premier roi d’Ecosse, Kenneth MacAlpin, et le justifie par sa devise : « Royale est ma race ».  Portant le prénom de Robert Roy, il va se montrer un digne héritier du rebelle et ombrageux clan MacGregor. Voyons d’où provient ce caractère indocile forgé en terre hostile.


Suite à l’invasion de l’Écosse par le roi Edouard Ier, éclate la première guerre d’indépendance en 1296, menée par le héros national William Wallace. Foncièrement indépendantiste, le clan MacGregor se bat contre les troupes anglaises. Après l’exécution de Braveheart en 1305, Robert Bruce prend la relève et entraîne les clans dans le combat. Edouard II qui a succédé à son père n’a pas hérité de sa volonté implacable et rend la tâche plus facile aux Écossais. La bataille de Bannockburn en 1314 est décisive, et l’on peut constater l’implication active du fameux clan sous la bannière de Malcolm MacGregor.


Colin Campbell, chef du clan du même nom, gagne au cours de ces événements la faveur du nouveau Roi. En guise de remerciements, William Wallace couvre le clan Campbell de titres et lui distribue de nouvelles terres. Parmi elles, certaines appartiennent au clan MacGregor.
Vengeance de Highlanders s’ensuit, et les MacGregor entament des décennies de luttes contre le clan rival. Mais plus la prospérité des Campbell croît, plus les terres des MacGregor diminuent comme peau de chagrin. Le clan est bientôt parfaitement démuni de terres et contraint à braconner sur des possessions voisines, ou même à voler du bétail. Parfois les raids tournent mal et l’impétuosité gaélique qui coulent dans le sang des MacGregor peut les pousser à tuer.


Dès lors, on les surnomme les « enfants de la brume », pour leur capacité à se dissiper comme des fantômes dans la nébulosité de la lande du nord… L’animosité envers le clan est telle qu’en 1603 le roi James VI fait publier un édit proclamant le nom de MacGregor « altogidder abolisheed ». Autrement dit ceux qui le portent doivent y renoncer ou mourir (le nom ne sera réhabilité qu’en 1774, soit vingt ans après l’abolition des clans). Onze chefs sont assassinés, des membres adoptent le nom de Murray ou de Grant, et le reste du clan est dispersé comme un troupeau de bêtes sauvages.


C’est donc dans ce contexte tendu que Rob Roy vient au monde. Mais bien que délités, les hommes du clan MacGregor demeurent fidèles aux Jacobites. C’est la coutume dans les Highlands, comme le rappelle Samuel Johnson dans A Journey to the Western Islands of Scotland (1775) :
« Les habitants des montagnes forment des races distinctes, et prennent garde à préserver leurs généalogies. Les hommes d'un district isolé mêlent nécessairement leur sang en se mariant entre eux, et forment enfin une seule famille, avec un intérêt commun dans l'honneur et la disgrâce de chacun de ses individus. Ainsi commence cette union d'affections, et cette coopération d'efforts, qui constitue un clan. Ceux qui se considèrent anoblis par leur famille, vont tenir leurs ancêtres en haute estime, et ceux qui des générations durant ont vécu ensemble au même endroit, vont perpétuer les histoires locales et les préjugés héréditaires. Ainsi, chaque habitant des Highlands peut parler de ses ancêtres, et dénombrer les outrages que leur ont infligé les mauvais voisins de la vallée d'à côté ».


En 1689, le jeune Gaël participe avec son père à la bataille de Killiecrankie pour soutenir Jacques II Stuart, catholique, contre son gendre Guillaume III d’Orange, protestant. L’issue est heureuse pour les Jacobites mais sonne la fin toute prochaine de la Maison Stuart, avec la mort sur le champ de bataille de John Graham de Claverhouse, vicomte de Dundee. La perte du héros écossais Bonnie Dundee, comme on le surnomme affectueusement, empêche le maintien des envahisseurs et donne lieu à la Glorieuse Révolution. Jacques II est contraint de s’exiler en France, où son cousin Louis XIV l’accueille avec bienveillance*.


Chemin faisant, Robert le Rouge, qualificatif qu’il doit à sa chevelure rousse, grandit, se marie et voit naître quatre enfants qu’il faut nourrir. En 1711, il se fait prêter 1000 £ par James Graham, marquis de Montrose afin d’acheter du bétail l’année suivante. Le vendeur déjà payé, revend le troupeau à un autre et Rob Roy, floué comme un bleu, est déclaré en banqueroute et mis hors la loi par Montrose qui brûle sa maison.


Renouant avec les traditions de son clan, il trouve refuge dans des collines ténébreuses et bascule dans le banditisme. Pillages, vols de bétail, racket et kidnapping motivés par son désir de vengeance le font passer pour le Robin des Bois écossais, car son fond n’est pas mauvais, bien au contraire. Aussi régulièrement emprisonné qu’évadé, il participe aux révoltes jacobites de 1715 à 1719 et en prend même la tête. Cité sur la liste des traitres jacobites, il est tenu de rendre les armes. Le duc d’Argyll l’amnistie et lui offre des terres à Glen Shira, dans le sud est des Highlands. Il meurt en 1734 non sans avoir été gracié par George Ier et s’être converti au catholicisme, probablement par fidélité aux Stuart.


Entré dans la légende comme héros populaire, Robert Roy MacGregor incarne tout ce qui fait l’identité écossaise des Highlands ; le respect du clan, la lutte pour l’indépendance, l’incarnation des traditions des hautes terres, le courage et l’engagement dans un territoire hostile et mystérieux, bref, un pur « enfant de la brume ». Walter Scott l’immortalise en 1817 avec le roman Rob Roy, qui est l’un de ses plus grands succès.


Nous souhaitons une agréable semaine à tous et une bonne fête aux Félicité, Perpétue, Jean de Dieu, Françoise, Fanny, Vivien, Rosine, Justine et Rodrigue…


Albane de Maigret


*Cf. chronique du 31/01/2014 : Charles-Edouard Stuart, le roi au-delà de la mer