Apollon au muguet de mai

Chers amis,


« Voici le mois de mai », « Joli, joli, joli mois de mai »…
De comptines enfantines à la chanson de Bourvil, l’arrivée de ce mois printanier nous en promet ; couleurs, saveurs, fleurs, odeurs …


L’origine du nom « mai » vient très probablement de la pléiade gréco-romaine Maïa, fille aînée du titan Atlas et mère d’Hermès (Mercure). Son nom qui se traduit par « petite mère » en fait une divinité de la fécondité et de la croissance, une « déesse Terre » personnalisant le principe créateur féminin, à l’instar de la Maya hindoue. Certains savants affirment que « mai » est dérivé du mot latin majores et met à l’honneur les anciens et sénateurs, par opposition à juin, juniores, qui célèbre les  jeunes gens. Honneur au printemps ou aux élus, dans tous les cas, le mois de mai est le symbole du renouvellement et de la renaissance.


Nombreuses sont les coutumes liées à ce mois, mais toutes portent la symbolique d'espérance en  lien avec le renouveau de la nature. En Grèce, début mai, l’on célébrait les Thargélies, une fête consacrée aux jumeaux Apollon et Artémis sous le signe de la purification et l’expiation. À Rome, le 9 mai, la cérémonie des Lémuries visait à conjurer les lémures (les âmes des morts). On prétend que cette liturgie d’abord appelée Rémurie avait été instituée par Romulus pour se délivrer du fantôme de son frère Rémus.


Chez les Grecs et les Romains, c’est également en mai qu’a lieu la fête des Florales. Chloris (ou Flore) est la nymphe des fleurs et l’épouse de Zéphire, fils de l’Aurore, dont le nom signifie « je porte la vie ». Ainsi Zéphire caresse les fleurs de sa brise : « Il souffle sur la terre avec tant de douceur, et cependant avec tant de puissance, que son souffle rend la vie aux plantes, colore les fleurs et les fruits ».


Dans le monde celtique, le 1er mai est le jour de la fête dédié à Belenos, le dieu du soleil et de la santé, dit « brillant » ou « éclatant ». Le rituel du feu loue le passage de la saison sombre à la saison claire, par opposition à Samain (ancêtre de notre Toussaint et d’Halloween), grande fête de transition de retour vers les ténèbres le 1er novembre.


Au Moyen- Âge, il est d’usage de planter un « mai », c’est-à-dire un arbre ou un mât enrubanné. Il pouvait parfois être dédié à un être honoré ou aimé, comme le maire ou sa fiancée. À Paris, chaque 1er mai, la corporation des orfèvres offrait un cadeau à Notre-Dame-de Paris. Un arbre, puis une œuvre d’art et enfin un « tableau de mai », reflétant des scènes des Actes des Apôtres.
Car le païen Maius mensis, mois de Maïa, devient avec la chrétienté Madona mensis, mois de la Madone. Le mois de mai est ainsi consacré à la Vierge Marie, d’où découle la superstition que les mariages de cette saison sont des « noces mortelles ».


Le mois de mai est donc celui de l’incessant renouvellement de la nature. Les arbres endeuillés se couvrent de feuilles, les bourgeons éclosent pour nous livrer les plus belles fleurs et délivrer leurs subtils effluves. Parmi les fleurs de mai, il en est une spécialement emblématique. Le muguet bien sûr. Souvent réduit à tort au symbole de notre actuelle fête du travail, et donc associé aux revendications syndicales, il puise sa symbolique bien plus loin.


Porte-bonheur chez les Celtes, il a été créé par Apollon dans le monde grec afin que les neuf muses n’abîment leurs pieds délicats au Mont Parnasse. On l’appelle d’ailleurs parfois « lis des vallées » ou « gazon du Parnasse ». La tradition d’offrir du muguet en France remonterait au 1er mai 1561. Charles IX qui s’est vu offrir la plante à clochettes blanches décide d’en distribuer à toutes les dames de la cour.


Le joli mois de mai et le gai muguet donne aux jeunes gens l’envie de faire musette et de célébrer l’amour. Ainsi sont nés en Europe les « bals du muguet ». Les parents y sont proscrits, les jeunes filles sont vêtues de blanc, les garçons ornent leur boutonnière d’un brin de muguet. La soirée est arrosée au « Maitrank » ou « boisson de mai », un vin blanc de Moselle dans lequel ont macéré des plantes, du sucre, des oranges et du cognac. Y tremper ses lèvres le 1er mai assurait le bonheur pour l’année.


Mai célèbre donc la nature et l’amour, la promesse de l’été à venir, des jours plus doux et plus longs. Pourtant, ainsi que le dit ce poème anonyme :
« C’est un ménage d’enfer.
L’almanach et le thermomètre
Ne peuvent d’accord se mettre :
L’un dit printemps et l’autre hiver ».
L’adage « En mai fait ce qu’il te plaît » n’est en effet pas tout à fait vrai. Ce serait oublier une croyance millénaire qui terrorise les agriculteurs et vignerons. Saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, les saints de glace, menacent de couvrir les récoltes de gelée du 11 au 13 mai.


Laissons à Théodore de Banville l’ultime hommage à ce joli mois avec un extrait du poème Chère, voici le mois de mai, Les Stalactites, 1846.


« Chère, voici le mois de mai,
Le mois du printemps parfumé
Qui, sous les branches,
Fait vibrer des sons inconnus,
Et couvre les seins demi-nus
De robes blanches.


Voici la saison des doux nids,
Le temps où les cieux rajeunis
Sont tout en flamme,
Où déjà, tout le long du jour,
Le doux rossignol de l’amour
Chante dans l’âme ».


Nous souhaitons une agréable semaine à tous et une bonne fête aux Pacôme, Solange, Cyrille, Méthode, Estelle, Achille, Rolande, Matthias et Denise…


Albane de Maigret