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Marie-Louise, impératrice des Français et le roi de Rome, par le baron François Gérard (1813)

Chers amis,


Le 14 mars 1810, la jeune Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur François Ier d'Autriche, vient de quitter Vienne avec son train de quatre-vingt-trois voitures, et s'arrête pour une avant-dernière halte en terre autrichienne.


Le 16 mars, selon le grand rite de la « remise de l'épouse », Marie-Louise arrive au camp français de Braunau, visite les baraques française et autrichienne, puis s'installe sur un trône, dans la pièce de la neutralité, pour les formalités d'usage. Après lecture des actes et « une toilette de deux heures » - « Je vous assure que je suis déjà aussi parfumée que les autres françaises » - le prince Trauttmansdorf « échange » l'archiduchesse qu'il remet au maréchal Berthier, prince de Neufchâtel, représentant de l'empire Français.


Un parcours initiatique, voire tragique pour une jeune femme de 18 ans, identique à celui que Marie-Antoinette, grande tante de la future impératrice des Français, avait traversé quarante ans auparavant, en 1770... Quelques jours avant ce cérémonial bien austère, les deux autrichiennes avaient épousé par procuration en l'église des Augustins à Vienne leurs futurs maris, tous deux souverains Français.


Marie-Louise est donc en chemin avec ses nouveaux compatriotes pour rejoindre Napoléon Ier, empereur des Français, son mari, qu'elle nomme « l'ogre corse », « l'Antéchrist » ou encore « le Hun ». Comme elle le confiera au secrétaire intime de son futur mari, Claude François de Méneval, elle a été éduquée, « sinon dans la haine, au moins dans les sentiments peu favorables à l'homme qui avait mis plusieurs fois la maison de Habsbourg à deux doigts de sa perte, qui avait obligé sa famille à fuir de sa capitale et à errer de ville en ville au milieu de la confusion et de la consternation », Méneval, Napoléon et Marie-Louise, Souvenirs historiques, 1844.


Le quadragénaire ventripotent en mal d'héritier, trop impatient de découvrir sa nouvelle épouse, devance la rencontre en rejoignant le cortège en route une journée plus tôt que la date prévue du 28 mars. Si la vision qu'il a de sa femme est identique à la description romantique qu'en fait Alphonse de Lamartine, on peut deviner son empressement et sa satisfaction : « C'était une belle fille du Tyrol, les yeux bleus, les cheveux blonds, le visage nuancé de la blancheur de ses neiges et des roses de ses vallées, la taille souple et svelte, l'attitude affaissée et langoureuse de ces Germaines qui semblent avoir besoin de s'appuyer sur le c­œur d'un homme ; les lèvres un peu fortes, la poitrine pleine de soupirs et de fécondité, les bras longs, blancs, admirablement sculptés et retombant avec une gracieuse langueur »...


Mais pourquoi une Autrichienne ?
Joséphine de Beauharnais, la première femme de Napoléon ne lui donne pas d'enfant alors qu'elle en a deux d'un premier mariage. La naissance de deux enfants adultérins lève le doute sur l'éventuelle stérilité de l'Empereur et le pousse à répudier sa légitime pour en trouver une autre, compatible, et fonder ainsi une dynastie. Venant juste d'obtenir la nullité de son premier mariage par l'Officialité de Paris, Napoléon réunit ses plus proches conseillers pour établir une liste de candidates. L'objectif est simple, assurer une descendance et associer le nom de Bonaparte à celui d’une famille régnante d'Europe. Selon les mémoires de l’archichancelier Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, sur dix-sept noms, deux sont retenus : Anna Pavlovna de Russie, jeune sœur d'Alexandre Ier, et Marie-Louise d'Autriche. Le prince de Metternich, malgré son mépris pour le Corse, favorise le mariage de sa compatriote, et écrit à sa femme à ce sujet : « Je regarde cette affaire comme la plus grande qui puisse dans ce moment occuper l'Europe ; je vois dans le choix que fera l'Empereur la possibilité de gage d'un ordre de choses non moins conforme aux intérêts généraux de tant de peuples qui, après des secousses aussi affreuses et multipliées, aspirent à la paix, qu'aux intérêts particuliers de ce prince », (Mémoires, documents et écrits divers laissés par le Prince de Metternich, 1881-1884).


L'ambitieux empereur n'apprécie guère le manque volontaire de réponse du Tsar, et voit dans l'union autrichienne une façon d'asseoir une paix encore fragile entre les deux empires, après la difficile victoire de la Grande Armée française à Wagram, en juillet 1809. L’Empereur qui ne cache pas qu’il « épouse un ventre » fait part de sa décision à son ministre Jean-Baptiste de Champagny : « Demain au soir, quand vous aurez signé avec le prince Schwarzenberg, vous en expédierez un second pour faire connaître que je suis décidé pour l'Autrichienne » (Lettre du 6 février 1810, Correspondance de Napoléon Ier).


Charmante et engageante perspective pour une jeune princesse éduquée dans la haine de cette France qui a fait tomber la tête de Marie-Antoinette, et de son chef qui a infligé tant d'humiliations à son Autriche natale et son père chéri. Quoi qu'il en soit Marie-Louise est une femme de devoir et de soumission, ainsi qu'en témoigne cette lettre à son amie Victoire de Poutet : « Je remets mon sort entre les mains de la divine Providence [...] Si le malheur voulait, je suis prête à sacrifier mon bonheur particulier au bien de l'État, persuadée que l'on ne trouve la vraie félicité que dans l'accomplissement de ses devoirs, même au préjudice de ses inclinaisons ».


Napoléon Ier, lui, ne regrette d'avoir choisi sa « bonne Louise ». Il confie à son aide de camp au lendemain d'une nuit de noces légèrement anticipée sur la cérémonie officielle au Louvre du 2 avril 1810, (mais non sans l'accord préalable de l'évêque de Nantes) : « Mon cher, épousez une Allemande, ce sont les meilleures femmes du monde, douces, bonnes, naïves et fraîches comme des roses ! ».


Quant à son désir le plus profond, il est vite exaucé et annoncé par cent coups de canons dans Paris, le 20 mars 1811, jour de la naissance de François Charles Joseph Bonaparte. L’infortuné roi de Rome, qui sera surnommé à titre posthume « L'Aiglon », et qu’Edmond Rostand immortalisera dans son drame éponyme en 1900.


Rejetée par la majorité des Français nostalgiques de la Révolution et scandalisés d'avoir une « nouvelle Autrichienne » à leur tête, la tâche de la nouvelle Impératrice est bien difficile. Contrairement à Joséphine de Beauharnais, elle ne manifeste par ailleurs aucune disposition aux affaires politiques. La « douce et incomparable Joséphine » avait marqué les esprits par son aisance dans son rôle de première dame, sa coquetterie, sa désinvolture et sa joie de vivre*... Marie-Louise, quant à elle, se sent comme une étrangère à la cour et dans ce pays qui ne l'aime pas. Son mari qui l'admire pour son obéissance, sa dévotion, son affection et sans aucun doute sa naissance, écrit dans ses Mémoires : « Elle avait toujours peur d'être parmi des Français qui avaient tué sa tante ».


Ayant vent des infidélités de son mari, l'Impératrice décide de ne pas le suivre dans son exil à l'île d'Elbe, mais fait preuve à l'annonce de sa mort, après sept années de séparation, d'une hauteur d'âme édifiante : « Je vous avoue que j'en ai été très touchée, parce que, même si je n'ai jamais eu de sentiments très vifs de quelque type que ce soit pour lui, je ne peux pas oublier qu'il est le père de mon fils et que loin de me maltraiter comme le monde le pense, il m'a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l'on puisse souhaiter dans un mariage politique. J'en suis, par conséquent, très troublée, et bien que nous devrions être contents qu'il ait fini son existence malheureuse d'une manière aussi chrétienne, moi je lui aurais souhaité de nombreuses années de bonheur et de vie, à condition qu'il soit loin de moi », (Lettre à Victoire de Poutet, comtesse de Crenneville).


Nous souhaitons un agréable week-end à tous et une bonne fête aux Mathilde, Louise, Bénédicte, Patrice, Cyrille, Joseph, Herbert et Alexandra...


Albane de Maigret


 


*Cf chronique du 23/03/2016 : Joséphine de Beauharnais, passion de Napoléon
**Cf chronique du 13/03/2015 : Le prince de Metternich, maître de l’Europe