La mort de la Vierge. Caravage (1601-1606)

Chers amis,


Après quelques années d’apprentissage dans l’atelier du peintre Simone Peterzano à Milan, Michelangelo Merisi gagne Rome en 1592 pour tenter sa chance. Accueilli par le peintre maniériste Giuseppe Cesari, dit le cavalier d’Arpino, l’élève âgé d’une vingtaine d’années est chargé de peindre des natures mortes de fleurs ou fruits. Ces sujets qui deviendront bientôt sa marque de fabrique laissent transparaître un talent et un style bien particuliers qui n’échappent pas à l’œil de son maître.


Le jeune peintre n’a guère de moyens et arpente les bas-quartiers de la cité éternelle en partageant la vie misérable du peuple. Durant ses temps libres, il peint pour lui-même des portraits – s’utilisant comme modèle comme dans Jeune garçon mordu par un lézard – ou des scènes de vie des quartiers qu’il fréquente et affectionne : tripots, sombres tavernes peuplées de bohémiens ou joueurs de cartes, diseuses de bonne aventure…


Ces œuvres de jeunesse sont déjà en rupture totale avec les conventions du maniérisme alors en vogue et tranchent par leur crudité et leur réalisme, leur naturalisme même. Farouche, la peinture de celui que l’on appelle désormais Le Caravage, en référence à son village natal Caravaggio, introduit le clair-obscur et transcrit sur la toile la violence des expressions de ses personnages. Lui-même d’un caractère impétueux, multipliant frasques et querelles, économise l’idéalisation de ses sujets et les humanise tant dans leur tournure physique que psychologique. Joie, angoisse, fureur, audace, résolution, souffrance transpirent de ses toiles comme dans la vie réelle.


L’anticonformiste se plait à répéter, au grand dam de ses homologues romains, qu’il est inutile d’étudier l’Antiquité puisque la rue offre tant de modèles intéressants. Qu’ils soient mythologiques ou religieux, ses personnages ont toujours une apparence réelle ; ils sont humanisés et figés dans l’instant comme s’ils avaient été photographiés. Sa peinture n’est pas inspirée par le savoir, l’étude de la mythologie ou des textes bibliques, mais par la réalité.


La vision révolutionnaire du peintre dérange beaucoup d’amateurs d’Art de son époque mais, conscients de son génie, d’autres lui apportent leur soutien, notamment le cardinal del Monte qui devient son protecteur et plus grand commanditaire, pardonnant à son protégé sa vie de débauche, ses provocantes incartades et démêlés avec la justice.
A partir de 1600, Le Caravage signe alors certains de ses plus grands chefs-d’œuvre, et parmi eux les toiles de la vie de Saint Matthieu de Saint-Louis-des-Français, ou encore la Déposition de croix peinte pour la chapelle Santa Maria in Vallicella, dont la brutale juxtaposition du clair et de l'obscur fait du peintre le chef de file du ténébrisme.


Reconnu, célèbre, membre de l’Académie de Saint Luc, le Caravage aurait pu mener une vie paisible à Rome s’il avait su se comporter en homme sage. Excentricités et vices prenant le dessus, le tumultueux peintre,  incapable de contenir ses pulsions agressives est de tous les mauvais coups, certains même lui valant de la prison. Le 28 mai 1606 à la sortie d’une partie de jeu qui tourne mal, le mauvais garçon se querelle avec Ranuccio Tomassoni, et le tue.
Le meurtre d’un fils d’une puissante famille liée aux Farnèse n’est pas pardonnable. La justice pontificale le condamne par contumace à la décapitation.


Âgé de trente-cinq ans, Le Caravage part en cavale. Il passe une dizaine de mois à Naples, alors sous domination espagnole, puis se réfugie à Malte, accueilli par le grand-maître de l’ordre des hospitaliers. Alof de Wignacourt qui voue une grande admiration au peintre lui commande plusieurs œuvres, dont un portrait.
Le fait d’être nommé chevalier de grâce magistrale en 1608 ne rend pas le peintre plus affable, qui, dague au poing, provoque un personnage de marque. L’irascible est enfermé au fort San Angelo dont il s’évade et débarque à Syracuse, en Sicile.


Son talent lui permettant toujours de trouver des commanditaires, il ne cesse jamais de peindre. Sa vie d’errance le ramène à nouveau à Naples et à des échauffourées violentes. Il est laissé pour mort dans la rue, nouvelle qui parvient même au Vatican, au moment où Paul V venait de lui accorder son pardon, grâce à l’entremise de Scipione Borghèse, neveu du pape et client du Caravage.
Le peintre décide donc de retourner à Rome et monte à bord d’un bateau pour le Latium. L’artiste maudit ne reverra pourtant jamais la ville aux sept collines, mourant à Porto Ercole dans des circonstances obscures, le 18 juillet 1610, à l’âge de 38 ans.


Si certains détracteurs scandalisés des audaces du Caravage, comme Nicolas Poussin qui affirmait qu’il détruisait la peinture par son réalisme populiste tandis que lui cherchait raffinement et subtilité, l’influence de son œuvre est immense.
Le caravagisme par la représentation d’une intensité dramatique et la technique du clair-obscur inspirent le style baroque naissant et, bien au-delà, des générations de peintres et de mouvements picturaux cherchant eux aussi à exhiber les sentiments ou imiter la nature.


Nous souhaitons une excellente semaine à tous et une bonne fête aux Frédéric, Arsène, Marina, Victor, Laurent, Marie-Madeleine, Brigitte et Christine…


Albane de Maigret