Chers amis,


Parce que notre annuaire est celui des familles, parce que dimanche nous allons célébrer les mères, parce que les mères sont au cœur de la transmission, nous vous proposons la lecture de ce poème de Charles Ferdinand Ramuz, dont nous commémorons la mort aujourd’hui (23 mai 1947) :


« Viens te mettre à côté de moi, sur le banc devant la maison, femme.
C'est bien ton droit, il va y avoir quarante ans qu'on est ensemble.
Ce soir, et puisqu'il fait beau, et c'est aussi le soir de notre vie :
tu as bien mérité, vois-tu, un petit moment de repos.
Voilà que les enfants, à cette heure, sont casés, ils s'en sont allés par le monde ;
et de nouveau, on n'est rien que tous les deux, comme quand on a commencé.


Femme tu te souviens ?
On n'avait rien pour commencer, tout était à faire,
et on s'y est mis, mais c'est dur, il faut du courage, de la persévérance.
Il faut de l'amour, et l'amour n'est pas ce qu'on voit quand on commence.
Ce n'est pas seulement ces baisers qu'on échange, ces petits mots qu'on se glisse à l'oreille, ou bien se tenir serrés l'un contre l'autre ;
le temps de la vie est long, le jour des noces n'est qu'un jour ;
c'est ensuite qu'a commencé la vie…
Il faut faire, c'est défait ; il faut refaire et c'est défaire encore.


Les enfants viennent, il faut les nourrir, les habiller, les élever :
ça n'en finit plus, il arrive aussi qu'ils soient malades ;
tu étais debout toute la nuit, moi je travaillais du matin au soir.
Il y a des fois qu'on désespère, et les années se suivent et on n'avance pas et il semble souvent qu'on revient en arrière.


Tu te souviens femme, ou quoi ?
Tous ces soucis, tous ces tracas ; seulement tu as été là.
On est restés fidèles l'un à l'autre.
Et aussi, j'ai pu m'appuyer sur toi, et toi tu t'appuyais sur moi.
On a la chance d'être ensemble, on s'est mis tous les deux à la tâche, on a duré, on a tenu le coup.


Le vrai amour n'est pas ce qu'on croit.
Le vrai amour n'est pas d'un jour mais de toujours.
C'est de s'aider, de se comprendre.
Et peu à peu on voit que tout s'arrange, les enfants sont devenus grands, ils ont bien tourné :
on leur avait donné l'exemple,
on a consolidé les assises de la maison, que toutes les maisons du pays soient solides et la pays sera solide, lui aussi.


C'est pourquoi, mets-toi à côté de moi et puis regarde,
car c'est le temps de la récolte et le temps des engagements,
quand il fait rose comme ce soir, et une poussière rose monte partout entre les arbres.
Mets-toi à côté de moi, on ne parlera pas, on n'a plus besoin de rien se dire,
on n'a besoin que d'être ensemble encore une fois… »


Livret de famille, Sur le banc devant la maison (1941)


Nous souhaitons une excellente semaine à tous, une bonne fête à toutes les mères ainsi qu’aux Didier, Donatien, Sophie, Béranger, Augustin, Germain, Ursule et Aymar…


Albane de Maigret