La Tour de Belém à Lisbonne (1519)

Chers amis,


Depuis son invasion par les Maures au début du VIIIe siècle, la péninsule ibérique organise sa Reconquista sous l’impulsion de Pélage le Conquérant. Le premier roi de la région indépendante des Asturies a pour capitale « la très noble, très loyale, méritante, invaincue, héroïque et bonne ville d'Oviedo », selon  la devise de la ville.


Vers l’an mil, le royaume qui résiste encore et toujours à l’envahisseur musulman, à qui il a arraché la région du Douro et la ville de Porto, devient le royaume de León, puis de León et Castille. Alphonse VI le Brave, roi de Castille, marié avec une fille du duc Robert de Bourgogne, offre la main de ses filles à des croisés bourguignons venus lui prêter main forte contre les Almoravides. Ainsi, sa fille légitime, Urraque, épouse Raymond de Bourgogne qu’il fait comte de Galice, et Thérèse, l’illégitime, Henri de Bourgogne, et la dote du comté de Portugal et Coimbra en 1093. Ce dernier meurt avant d’avoir mené à bien la mission de reconquête qu’il avait envisagée. Son fils Alfonso-Henriques va s’en charger pour la partie portugaise, et surpasser les espoirs paternels.


Armé chevalier en 1122, Alfonso-Henriques doit faire face à des querelles familiales pour conserver ses droits sur le comté. En 1127, le roi Alphonse VII de Castille, son cousin, fils d’Urraque et Raymond, encercle Guimarães où vit le comte de Portugal, désireux d’unifier les terres chrétiennes de la péninsule et retrouver la grandeur du royaume wisigoth d’avant la domination arabo-berbère. Il renonce à envahir la ville lorsqu’Alfonso-Henriques promet fidélité à sa couronne.


L’année suivante c’est sa  propre mère qui le menace. Thérèse de León s’est remariée avec le comte Ferdinand Pérez de Traba, le plus puissant seigneur de Galice et entend bien annexer le comté de Portugal. Les barons portugais refusent l’influence galicienne et soutiennent leur chef qui gagne le combat contre sa mère à São Mamede.


Aussitôt son autorité bien assise, Alfonso le Grand mène une bataille historique contre les Sarrazins. Le 25 juillet 1139, il écrase l’armée de cinq gouverneurs musulmans à Ourique, dans l’Alentejo actuel. La légende raconte que le comte de Portugal a eu une apparition du Christ sur la Croix lui promettant la victoire, ce qui à un contre cent était plus qu’improbable. La protection de Saint Jacques, le matamore (tueur de Maures) dont on célèbre la fête ce jour-là et dont la ville de Compostelle abrite le tombeau est bien sûr évoquée. On parle donc du « miracle  d’Ourique » qui vaut à Alfonso Ier d’être proclamé roi du Portugal par ses hommes en liesse devant leur héros. Ainsi naît le royaume du Portugal.
Une nouvelle nation qui cherchera toujours à affirmer son identité, bien au-delà de la Reconquista.


Le pays, en référence à cet événement, inscrira sur son drapeau cinq écus bleus pour rappeler les cinq rois vaincus, chacun incrusté de cinq points blancs commémorant les blessures du Christ.


Alphonse Ier, Rex Portugallensis, est solennellement reconnu par le roi de León en 1143 avec le traité de Zamora actant l’indépendance du nouveau petit pays, Alphonse VII ayant enfin admis que se battre entre Chrétiens profitait aux infidèles. Le pape Alexandre III, donne sa bénédiction au roi du Portugal avec la bulle pontificale du Manifestis probatum en 1179.


Avant la reconnaissance du Saint-Siège en 1147, Alphonse Ier, grâce à l’aide de treize-mille Croisés en partance pour la Terre Sainte, prend Lisbonne occupée depuis quatre siècles par les Sarrasins. Les territoires compris entre le Tage et l’Algarve sont conquis par l’arrière-petit-fils d’Alphonse Ier, Sanche II, quatrième roi du Portugal qui donne au pays ses frontières actuelles en 1238.


En 1383, le neuvième roi du Portugal, Ferdinand Ier le Beau, meurt en laissant comme descendance une fille unique mariée au roi de Castille, à qui revient de droit la couronne. Afin d’éviter une annexion castillane, le chef de la rébellion, Nino Alvares Pereira, souhaite voir monter sur le trône le demi-frère du roi défunt, Jean le bâtard, grand maître de l’ordre de Saint-Benoît d’Aviz, afin de laisser le Portugal aux Portugais. Mais déjà les Castillans marchent sur Lisbonne au nom de Beatriz. L’armée portugaise aidée de contingents anglais bat à plate couture l’armée espagnole et proclame Jean Ier roi de Portugal, premier de la dynastie des Aviz. Il établit l’année suivante le traité de Windsor en reconnaissance de l’aide anglaise qui stipule une « ligue d'amitié inviolable, éternelle, solide, perpétuelle et véritable » entre les deux royaumes. En revanche, il faut attendre 1411 pour que soit signée la paix avec la Castille.


Jean Ier de Bon Souvenir, comme on le nomme, compte parmi ses nombreux enfants Henri le Navigateur, de qui naît la vocation portugaise des grandes découvertes. Mécène passionné d’exploration sans n’avoir jamais vraiment navigué et animé par un désir d’évangélisation, il est à l’origine de la caravelle, navire de toutes les conquêtes. Sous son influence, son tout petit pays est devenu, fut un temps, un empire immense au-delà des océans, comme le révèle la Tour de Belém à Lisbonne, fièrement dressée sur le Tage depuis le XVIe siècle, chef d’œuvre du style manuélin et témoin de la grande époque portugaise.


Nous souhaitons un très bel été à tous et une bonne fête aux Jacques, Christophe, Anne, Joachim, Nathalie, Samson, Félix, Marthe, Juliette et Ignace…


Albane de Maigret