Reste que les deux frères ne sont que « maire du palais » et que leur légitimité est contestée : premier coup de génie de Pépin, il fait libérer en 743 le roi Childéric III emprisonné par Charles Martel, et se donne le rôle de « protecteur de la dynastie ». Il légitime par là-même son pouvoir… et calme petit à petit les velléités des grands.


Coup de tonnerre en 747, Carloman décide de se retirer au Mont Cassin en Italie. Pépin récupère l’intégralité de la charge paternelle. Il sent que le moment est propice : il envoie une délégation auprès du pape Zacharie afin de lui demander l’autorisation de renverser Childéric III. Le Pape y voit l’occasion de se défaire de la tutelle peu fiable de l’empereur romain d’Orient pour s’attacher les services de la grande puissance occidentale.


En 751, Pépin dépose Childéric III et se fait « acclamer » roi comme la tradition franque l’exige. Contrairement à la tradition, Childéric n’est pas assassiné mais exilé au monastère de Saint-Bertin. Jolie preuve de progressisme !


Pépin comprend qu’il crée ainsi une nouvelle dynastie, il doit garantir la légitimité incontestable de celle-ci. Il invente donc le « sacre », qui ne se pratiquait pas chez les Mérovingiens.


En novembre 751, Pépin est sacré par une assemblée d’évêques, son front est oint avec le Saint -Chrême qui lui confère une inspiration divine. Pour la première fois depuis la chute de l’Empire romain, un monarque cumule les pouvoirs temporels et un rôle religieux. Dans une société encore fortement imprégnée du souvenir de la grandeur de Rome, cette nouveauté garantit une aura internationale, le positionnant ainsi à l'égal de l’Empereur d’Orient.


Le règne de Pépin est consacré à l’agrandissement et à la consolidation du royaume : il chasse les arabes du sud de la France en 759, conquiert l’Aquitaine de 761 à 768 et pacifie les marches de l’Est.


Parallèlement, il rétablit une monnaie fiable (le denier d’argent) et l’étend à tout le royaume. Enfin, probablement du fait de sa culture au-dessus de la moyenne, il fait venir en France des ouvrages offerts par le pape Paul Ier et favorise le développement de Saint-Denis comme centre intellectuel du Royaume.


A sa mort, il lègue à ses enfants un royaume stable et relativement prospère.


Pépin le Bref : à l’origine de l’alliance du trône et de l’autel


En 754, le pape Etienne II sacre une nouvelle fois Pépin et lui donne le titre honorifique de « Patrice des romains » (il est intéressant de noter à nouveau la prégnance des anciens titres impériaux dans la titulature). Le Pape, en légitimant la nouvelle dynastie, se place sous la protection de celle-ci. En parallèle, Pépin en tant que roi « chrétien » se place de lui-même sous la coupe spirituelle de Rome. En 758, Pépin libère Rome de la menace lombarde et confie les territoires de l’Exarchat de Ravenne à la puissance temporelle de la papauté. Etienne II revendique ce droit au nom de la fausse « donation de Constantin » de 355.


En quête de stabilité, Pépin entérine la demande et crée ainsi les Etats Pontificaux, dont la cité du Vatican est aujourd’hui l’héritière. Ces états existeront jusqu’en 1870.


La fameuse « donation de Pépin » sera confirmée par Charlemagne en 774.


Pépin le Bref sera constamment invoqué durant tout l’Ancien Régime afin de justifier l’alliance entre Rome et la France : cette dernière, « fille aînée de l’Eglise », gardera toujours une place à part dans l’échiquier politique de la papauté. Napoléon III lui-même se remémora ce rôle lorsqu’il dépêcha des soldats français pour défendre ce qui restait des Etats pontificaux.


Le sens politique de Pépin influencera près de 1000 ans d’Histoire de France.