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Sandro Botticelli, Saint Thomas d’Aquin, 1481-1482.

Charité et doctrine


 


Plusieurs grands saints fêtés ces jours-ci nous offrent l’occasion de (re)découvrir leur vie, dont certaines pourraient donner naissance à de véritables blockbusters. Il suffit pour s’en convaincre de (re)voir Monsieur Vincent avec Pierre Fresnay dans le rôle de saint Vincent de Paul sur des dialogues signés Jean Anouilh.


Les Vincent, que nous fêtons donc aujourd’hui, sont très gâtés en anges gardiens. Le plus connu d’entre eux, saint Vincent de Paul, est un fils de paysans landais qui vécut à cheval entre le XVIe et le XVIIe siècle. Petit par sa taille (il mesurait 1,62 m), il fut un grand homme par son action indéfectible auprès de tous les laissés pour compte, des invalides aux enfants abandonnés dans lesquels il reconnaissait le Christ Lui-même. Ordonné en 1600, à 19 ans, capturé par les Barbaresques, le voilà à Paris en 1610 parmi les aumôniers de Marguerite de Valois. Entré comme précepteur chez les Gondi, il a comme élève le futur cardinal de Retz. Il partage avec son ami saint François de Sales, fêté dimanche prochain, le 24, le souhait de réformer le clergé. S’étant mis à la suite du Christ, il fonde la congrégation de la Mission dont les membres seront appelés les Lazaristes – Jean-Gabriel Perboyre, crucifié en Chine en 1840, sera le premier d’entre eux canonisé, en 1996. On doit aussi à saint Vincent de Paul la Compagnie des filles de la charité, née de son amitié avec Louise de Marillac. Piètre diplomate – il conseille à Anne d’Autriche de remercier Mazarin –, il a écrit plusieurs milliers de lettres illustrant son rôle dans le siècle qu’il quitte en 1660. Il sera canonisé en 1737.


Prédicateur dominicain du Moyen Âge, saint Vincent Ferrier a prononcé pas moins de 6 000 discours de 3 heures. Appelé par le duc de Bretagne, il réussit même à enthousiasmer les foules locales avec des discours prononcés en catalan ! Il reste populaire dans la région comme guérisseur de chevaux. Vincent d’Agen et Vincent de Saragosse furent tous deux diacres et martyrs, respectivement au IIIe et IVe siècle. Patron du Portugal et des navigateurs, le second est en France le saint patron des vignerons, sans que l’on sache précisément pour quelle raison.


Il n’était même pas encore né qu’un ermite lui prédisait, à raison, un destin extraordinaire. Saint Thomas d’Aquin, que nous fêterons jeudi 28 est le cadet d’une famille d’aristocrates de Campanie. Filleul du pape Honorius III, il entre comme oblat à l’abbaye bénédictine du Mont-Cassin, en 1230, à 5 ans. Treize ans plus tard, il veut entrer chez les dominicains, contre l’avis de de sa famille qui l’emprisonne durant deux ans. Ayant réussi à s’échapper, il part étudier à Paris, Cologne et Naples où ses camarades le surnomment « le grand bœuf muet » – il est effectivement bien en chair et taciturne. Travailleur infatigable, il se penche sur la doctrine chrétienne qu’il analyse dans une Somme théologique à laquelle il consacre les sept dernières années de sa vie, ce qui lui vaut d’être le patron des universités et des écoles catholiques. Son intérêt pour les « esprits purs », à savoir les anges, lui vaut aussi le surnom de « Docteur angélique ». Canonisé en 1323, proclamé docteur de l’Église en 1567, la châsse de ses reliques a été placée, sous l’autel de l’église des Jacobins, la maison mère des dominicains à Toulouse. On peut aussi honorer sa mémoire à Florence, devant les superbes fresques de la chapelle des Espagnols, qui jouxte au nord l’église Santa Maria Novella.


À quand une série sur saint Thomas d’Aquin produite par l’une des célèbres plateformes de vidéo à la demande ?


Gabrielle de Montmorin