Chers amis,


Voici le lien du diaporama : https://youtu.be/BuL2s8V_2s0  


et le récit de voyage :


« Salve, magna parens frugum, Saturnia tellus, Magna virum… », Virgile, Géorgiques (-29 av. J.C.).
« Salut, terre féconde, terre de Saturne, mère des grands hommes » : Naples, nous voilà, disions-nous le 24 juin dernier.


Entre ciel et mer. Nous voilà au Palais Cellamare, dans le quartier aristocratique de Chiaia. La princesse nous ouvre les portes de son auguste demeure Renaissance. Les appartements du cardinal ; le déjeuner dans les salons baroques, la collection privée de tableaux du cousin de la princesse… « C’est rudement beau ici ! Des maisons comme celle-là on ne peut plus en faire au prix où est l’or ! » aurait affirmé Don Calogero. D’ailleurs, nous n’osons nous l’avouer mais guettons les portes caressant l’espoir secret d’y voir surgir Tancrède Falconeri et Angelica Sedara, tant le décor de Cellamare est digne du bal du Guépard (Giuseppe Tomasi di Lampedusa, 1958).


Réveil enchanteur avec le soleil sur la grande bleue…
Entendant comme Ulysse la mise en garde de la fille d’Hélios, nous jouons la prudence : « Circé nous prescrit de nous défendre du chant des Sirènes et de fuir leurs rives enchantées », Homère, L’Odyssée. A l’évidence nous manquerions de cire et de mats pour tous nous attacher et ne pas succomber au chant des Sirènes. Nous atteignons donc la côte amalfitaine par la voie routière. 


« L'éclat velouté de la campagne, la tiède température de l'air, les contours arrondis des montagnes, les molles inflexions des fleuves et des vallées, sont à Naples autant de séductions pour les sens que tout repose, que rien ne blesse », François-René de Chateaubriand, Les Martyrs (1809).


Les citronniers exhalent leur parfum enivrant, leur fragrance s’abandonne lascivement dans le granite que nous sirotons devant la mer.


Nous rejoignons Ravello : « Là tout n’est que calme, luxe et volupté », (Charles Baudelaire, L’Invitation au voyage (1855), à l’instar des jardins féeriques de la villa Cimbrone de Lord Grimthorpe (1856-1917). Surplombant la vallée du dragon, les jardins anglais flirtent avec les jardins à la française ; statues, temples, souvenirs exotiques, fontaines, grottes, cloître gothique ; le moderne cohabite avec l’ancien dans un scénario panoramique de l’infini, que Gore Vidal n’a pas hésité à qualifier comme « le plus beau du monde ».  


Le ravissement continue à la villa Rufolo du XIIe siècle, où Richard Wagner a composé un acte de Parsifal et dont la famille homonyme a inspiré à Boccace le personnage de Landolfo Rufolo dans son Décaméron (1353).


La villa Oplontis, résidence de la seconde épouse de Néron, ensevelie en 79 par l’éruption du Vésuve, livre ses secrets ; fresques, amphores, colonnades. Cette villa vésuvienne est une splendeur.


« Le soleil est dégagé des nuages du levant, mais la tête du Vésuve est toujours dans le brouillard », François-René de Chateaubriand, Voyage en Italie (1827). Des effluves de Lacryma Christi, Fiano ou Greco di Tufo nous transportent. 


Nous quittons la terre ferme et naviguons vers l’île de Capri.
« Il est doux d'aspirer, en abordant la grève,
Le parfum que la brise apporte à l'étranger,
Et de sentir les fleurs que son haleine enlève
Pleuvoir sur votre front du haut de l'oranger ».
Alphonse de Lamartine, Salut à l’île d’Ischia (1842).


La villa San Michele d’Axel Munthe, tout simplement idyllique, offre une vue à couper le souffle. Tandis que certains cheminent sur les jardins d’Auguste pour admirer les célèbres Faraglioni, d’autres font le caprice d’un bain de mer. Scission sur la terre de Scipion Capece, mais tout finit bien à Capri.


Eclairée par un soleil au zénith, la façade de la Reggia de Caserte s’offre à nous, imposante, évidente, sublime. Charles de Bourbon, roi des Deux-Siciles et de Jérusalem (1735-1759), en digne petit-fils de Louis XIV a conçu un chef d’œuvre architectural, symbole de la grandeur des Bourbons. Eloigné du centre de Naples, à l’abri du volcan, le château royal de Caserte et ses jardins somptueux dessinés par Marie-Caroline, sœur de Marie-Antoinette, n’ont rien à envier au château de Versailles. Pour certains même, il le surpasse… Nous quittons le siècle des Lumières pour le Moyen-Âge avec la cité de Caserta Vecchia. 


Nous longeons ensuite la baie : « La baie de Naples  et toute cette terre virgilienne présentent un spectacle magique », Chateaubriand à M. de Fontanes. Promenade dans Naples, dans le tourbillon et le vacarme de ses labyrinthes, dans le faste de ses palais, dans la solennité de ses églises, dans la somptuosité de ses musées. « Aujourd’hui nous nous sommes livrés au plaisir et nous avons passé le temps à contempler les objets les plus magnifiques. On aura beau dire, raconter et peindre : ceci est au-dessus de tout ! Les rivages, la baie, le golfe, le Vésuve, la ville, les faubourgs, les châteaux, les promenades… »,  Goethe, Voyage en Italie (1787).


Plongeon dans l’Antiquité gréco-romaine avec la visite du site archéologique de Paestum, ses trois temples majestueux et la fresque de la tombe du plongeur, criante de modernité malgré ses vingt-six siècles d’âge. 


La Reggia de Capodimonte dévoile ici ou là un Giovanni Bellini, un Sandro Botticelli, un Titien, un Annibale Carracci, quelques Caravage… Nous en avons plein les yeux mais l'avion nous attend.


Naples : terre des vestiges grecs, romains, sarrasins, normands, espagnols, français, allemands ;
Naples : empreinte des Aragon, des Normands, des Bourbons, des Angevins ;
Naples : cocktail prodigieux de couleurs, de saveurs, d’odeurs méditerranéennes ;
Naples : muse des plus grands compositeurs, peintres, écrivains, poètes ;
Naples : ville-théâtre bouillonnante comme le Vésuve qui la défie inlassablement ;
Naples : « la seule capitale de l’Italie », Stendhal, Rome, Naples et Florence (1826).


Vale, « magna parens frugum, Saturnia tellus, Magna virum…* », Virgile, Géorgiques (-29 av. J.C.).
Adieu « terre féconde, terre de Saturne, mère des grands hommes » : Naples, ciao, ciao...


Nous souhaitons un excellent week-end à tous et une bonne fête aux Florent, Antoine, Mariette, Raoul, Thibault, Amandine et Ulrich...


Albane de Maigret