A décoder !

Le « code » ? Voilà un mot dont on ne peut plus se passer, car il fait désormais partie de notre quotidien. Il est devenu à la fois indispensable et magique. Pourtant, on aurait tendance à oublier que ce mot, du latin « codex », « registre écrit », désigne par extension l’ensemble des lois répertoriées dans les ouvrages juridiques. Loin de nous cependant d’imaginer que si nous oublions nos codes, nous pourrions être hors la loi. Quoique…

Il fut une époque bénie des dieux, et pas si lointaine, où les numéros de téléphone de quatre chiffres étaient précédés de résonnances aussi poétiques et bucoliques que Jasmin, Bagatelle ou Auteuil. Les enveloppes de courrier fleuraient l’exotisme, fût-il hexagonal, parce que l’on pouvait y lire des noms pittoresques comme l’Ille-et-Vilaine, le Doubs ou la Meurthe-et-Moselle…

Autres temps, autres mœurs puisque notre quotidien est de plus en plus aliéné à l’usage des codes et autres mots de passe, ce nouvel esclavagisme des temps modernes qui fait que dès potron-minet, après avoir ouvert facilement son téléphone portable grâce à un simple code, il ne nous reste qu’à déverrouiller une carte SIM qui nous fait savoir d’une façon comminatoire, alors que l’on est encore tout embué des vapeurs de la nuit, que nous n’avons plus que trois tentatives restantes (sic).

C’est peu dire que voilà une journée qui commence bien, car le pire reste à venir avec le code du parking, le re-code pour l’autoradio et le re-re-code pour ouvrir une demi-heure plus tard le parking du bureau. Journée donc sans histoires où l’on devra cependant ne pas confondre le code de sa carte bancaire personnelle avec celui de la carte de la société pour inviter quelques clients au restaurant, non sans avoir vérifié que leur QR code est bien à jour. Retour au bureau, puis réserver des billets de train pour les vacances scolaires des enfants sur le site de la SNCF après avoir introduit son mot de passe, à condition qu’il y ait au moins deux caractères, un chiffre, pas d’espace, une majuscule et aucun signe de ponctuation ou d’exclamation…

Déjà 19 heures ? Il est temps de se préparer pour aller dîner en vérifiant bien avec belle-maman que les codes pour ouvrir ses deux portes cochères n’ont pas été modifiés…

 

Eugénie en majesté

 

Avec l’inauguration prochaine d’un musée dédié à l’impératrice Eugénie au château de Compiègne, en plus du dévoilement de son buste par Albert II à Monaco, la dernière souveraine des Français n’est pas près de se faire oublier…

Vers 1910, une femme voilée appuyée sur sa canne cueille une rose dans le jardin des Tuileries. Un gardien accourt et lui fait remarquer qu’il est interdit de le faire dans un parc public. Étonnée, la vieille dame soulève son voile et d’une voix venue des profondeurs de l’histoire explique : « Je suis l’impératrice Eugénie et ces fleurs formaient une corbeille devant ma chambre, avant que ne soit détruit le palais des Tuileries » ! On imagine la stupeur du cerbère, quarante ans s’étaient écoulés depuis la fin du Second Empire…

Il y a quelque chose d’un peu shakespearien dans l’incroyable destin de l’impératrice Eugénie. À l’Empereur Napoléon III, la jeune espagnole avait expliqué en 1853, « que le chemin qui conduisait à sa chambre passait d’abord par l’autel ». Elle régna moins sur le cœur de cet époux volage que sur celui d’un régime dont elle personnifia la grâce, encouragea les arts et mit à la mode quantité de villégiatures comme Biarritz. Après le désastre franco-allemand de 1870, qui doit beaucoup à sa mauvaise influence, elle devint pour les Français « lEspagnole », comme Marie-Antoinette avait été « lAutrichienne ».

Eugénie promena son ombre un demi-siècle durant entre l’Angleterre où la reine Victoria, amie fidèle, l’avait recueillie, jusqu’à la villa Cyrnos qu’elle fit élever au Cap Martin. Jean Cocteau y vint la rencontrer et raconte dans Portraits souvenir, cette entrevue quelque peu irréelle. Sur son chemin de gloire, Eugénie connut des détours tragiques comme la mort de son fils unique, le prince impérial, tombé en Afrique du Sud, le corps transpercé des sagaies du peuple Zoulou.

Après la guerre de 1914, elle donne à Clémenceau une lettre qu’elle avait reçue jadis de Guillaume Ier et dont le contenu aida le Tigre à obtenir l’Alsace-Loraine. Pourtant, lorsque Eugénie meurt en 1920, à l’âge de 91 ans, à Madrid, la République (française), dans une mesquinerie dont elle a parfois le mauvais génie, refusera de s’associer aux funérailles d’État que le roi Alphonse XIII conduit en personne. La dernière souveraine ayant régné sur la France repose à l’abbaye de Farnborough, près de Londres, avec son mari et son fils.

Photo : F.X Winterhalter, L'Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, 1855, Château de Compiègne © Flickr, Art Gallery

 

La chevalière au doigt, j'assume !

Il est un mot qui n’appartient qu’à ceux qui peuvent le traduire : la checheu. Celui qui porte une chevalière, un bijou qui est devenu un signe de ralliement.

Est-ce vrai ? Toujours est-il que ceux qui portent une chevalière armoriée l’assument, comme le dit un groupe sur Facebook. La chevalière serait ainsi nommée parce qu’elle est imitée de celle que portaient les chevaliers romains. Quant aux armoiries gravées, elles sont issues des cachets que l’on apposait sur de la cire, à l’aide d’un manche. L’usage immodéré de la chevalière armoriée est assez récent. Un joaillier a organisé une réunion dans un appartement privé afin de présenter différents types de chevalières. En un après-midi, il enregistra une vingtaine de commandes. Il est vrai qu’il était à Versailles.

Certains se sont imposé des règles sur le port de cette bague : tournée au bout des doigts avant le mariage, et vers le dos de la main quand on est marié, ou l’inverse, selon les usages familiaux. Nul ne sera précipité au bûcher s’il ne suit pas cette charte. On porte généralement la chevalière à l’annulaire gauche, par-dessus l’alliance pour les hommes mariés ; à l’auriculaire gauche, à côté de la bague de fiançailles, pour les femmes. Les Britanniques la portent généralement à l’auriculaire de la main gauche. C’est assez mal vu chez nous. Ce qui, après tout, n’a guère d’importance. Le bijou doit être en or massif. Quoique quelques-uns préfèrent y insérer une pierre semi-précieuse, généralement du lapis-lazuli, pour y recueillir la gravure.

Quant à la forme des écus, on a le choix entre l’ancien et le moderne. Le losange des demoiselles a tendance à disparaître au profit de l’écu. Est-ce la crainte de ne pas se marier ? Les dames disposent dans deux ovales sous la couronne – s’il y en a – leurs armoiries accolées à celles de leur époux. Les Français affichent leurs armoiries complètes, timbres et tenants, voire devise. Bien que l’on préférât plus de discrétion. Justement qu’en est-il des timbres autrement dit les couronnes ? Ceci est une autre histoire.

Qu’ajouter de plus ? Il est du meilleur ton de porter la chevalière ancienne, un peu usée. Celle de grand-père, par exemple. 

 

Photo : Première cire d'une chevalière, qui permet d'apprécier la qualité de la gravure © Joaillier Rouxel Frères

 

Un repas : à la bonne heure !

S’il est toujours agréable de recevoir une invitation, on sera parfois surpris de la formule : « Venez manger ! » Voilà qui est convivial, mais puisque la langue française nous offre le luxe de désigner chaque repas par un terme différent, pourquoi s’en priver ?

Entre deux mots, faut-il choisir le moindre ou le plus approprié ? Si certains peuvent être de même nature, le sens commun a pu les faire évoluer : « il dîna d’un croissant » (Roger Martin du Gard), « déjeunant seul avec du thé » (Charles Baudelaire). Messieurs les écrivains, il n’a pas toujours été aisé de savoir quelle expression employer et bonne chance à la maîtresse de maison qui se serait mis en tête de vous inviter à sa table !

Heureusement, de nos jours, les usages sont plus clairement établis. On petit-déjeune le matin, on déjeune à midi, on prend un encas au goûter – c’est facultatif – dans l’après-midi, on dîne le soir et l’on soupe tard dans la soirée. Mais, de plus en plus rarement, même chez les nostalgiques, on ne soupe plus, on dîne. On pourrait alors penser que tout cela se différencie uniquement en fonction des heures de la journée. L’affaire n’est pas aussi simple.

Dîner et déjeuner sont ce qu’on appelle des doublets. Ils ont la même étymologie, disjunare, « rompre le jeûne ». Or, si déjeuner s’emploie encore aujourd’hui dans ce sens – quoique le jeûne ait été légèrement rompu par l’ami Ricoré au petit déjeuner –, dîner consiste à passer à table le soir, sauf à la campagne où l’on dîne plutôt à midi et où l’on soupe le soir.

On imagine aisément le casse-tête que doit être pour un étranger le choix du terme approprié : le citadin va l’emmener à un dîner en ville, le campagnard va lui proposer de rester dîner à midi ou de prolonger par un souper, la famille Manet va le convier à un déjeuner sur l’herbe… Il ne manquerait plus qu’il soit invité à un lunch de mariage en fin d’après-midi, ce qui pour un Anglo-Saxon serait le comble de la confusion, car le lunch est toujours une collation de la mi-journée.

Déjeuner, cocktail, dîner… ou brunch pour les plus « branchés », voilà un vaste choix pour lancer vos invitations !

 

Photo : J.-F. de Troy, Le déjeuner d’huîtres, 1735 © Flickr, J.-L Mazieres

 

À la Toussaint, sonnez la Trompe de chasse

Alors que sera fêtée dans quelques jours la Saint-Hubert, les sonneurs célèbreront également le premier anniversaire de l’inscription de la trompe de chasse au patrimoine immatériel de l’Unesco. Coup de projecteur sur cet instrument à vent méconnu.

Comment ne pas songer au mythique olifant de Roland, au temps de Charlemagne ? Corne, cor, huchet, graile, araine… furent autant d’ancêtres de la trompe de chasse au Moyen Âge. Voilà qui nourrit l’imaginaire… Il faut ensuite attendre le XVIe siècle, avec les développements de la métallurgie, pour que soient techniquement possibles des fabrications de plus grande longueur et d’une tessiture plus importante.

Sous l’Ancien Régime, les plus grands compositeurs parsemèrent leurs partitions de pièces pour trompe afin de magnifier les divertissements royaux. Témoignage des fastes de la cour des Bourbons, la pratique de l’instrument fut reprise dans toutes les cours princières d’Europe. Après la Révolution, c’est son utilisation lors des chasses à courre qui la sauva et c’est alors le ton de vénerie qui s’imposa avec les « tayauts », hourvaris et vibratos…

De nos jours, quelques notes de trompe et c’est tout un folklore qui s’offre à nos oreilles. Grâce à la Fondation pour le rayonnement de la trompe musicale, elle brille dans les hauts lieux patrimoniaux : hôtel des Invalides, Arc de triomphe, palais de la Légion d’honneur, Palais-Royal, Chapelle expiatoire, châteaux de Versailles et de Malmaison, basilique de Montmartre, hôtel de Guénégaud… Le Débuché de Paris, le Rallye atlantique, les Échos de la jeunesse, le Rallye trompes des Vosges, le Quatuor royal Dampierre, pour ne citer qu’eux, s’y produisent pour des manifestations nationales.

Des compositeurs œuvrent toujours pour offrir des pièces musicales pour trompe, tels Sylvain Oudot, Christian Conte, Nicolas Dromer ou encore Olivier d’Ormesson, Thierry Escaich, Philippe Hersant, Lionel Sow, Henri Chalet… De nouvelles générations se préparent à prendre la relève et, si la transmission demeure surtout orale, l’apprentissage de l’instrument tend à se professionnaliser. Des cours sont professés en conservatoires, des méthodes publiées, des écoles créées et reconnues par les instances ministérielles.

Vous l’aurez compris, la trompe est en fête et sonnera joyeusement mercredi 3 novembre en hommage à saint Hubert.

 

Photo : Commémoration du centenaire de la consécration du Sacré Cœur de Montmartre en 2020 © Bérangère Lomont, FRTM

 

Sang bleu... palsambleu !

On dit que le sang des nobles est bleu. Les explications autour de ce constat sont aussi belles que légendaires. Cette image ne résiste pourtant pas aux blessures. Leur sang est aussi rouge que celui de tous les mortels. Et pourtant… 

Certains individus seraient donc différents du commun des mortels, grâce à la couleur de leur sang. Les nobles, par exemple, l’auraient bleue. De quoi faire sourire, mais la légende est tenace, même si personne n’y croit. Les explications sur l’origine de cet état particulier sont relativement peu nombreuses et pourraient ressembler à des poèmes. Le chevalier ne pouvait posséder qu’une âme pure comme un ciel bleu sans nuages, sa peau si délicate laissant apparaître des veines de la même teinte. Tournons-nous davantage vers l’Histoire.

« On leur a souvent reproché leurs privilèges, mais le plus fréquent, le plus aimé de ces privilèges fut celui de verser leur sang » (René de Belleval, 1837-1900). L’impôt du sang ! Une taxe fixée sans aucune loi, sinon celle d’une profonde tradition militaire au sein de laquelle le sens de l’honneur implique le don suprême. Sur tous les champs de bataille « et les combats meurtriers du sursaut », selon les mots de Christian de Bartillat (1930-2012), les nobles ont servi. Bien sûr, la couleur de leur sang est la même que celle des autres héros et martyrs. Le langage populaire aime, à travers ses déformations, créer des images qui deviennent des légendes. « Par le sang de Dieu », lança sans doute un jour un chevalier. Palsambleu ! répétèrent les preux en bousculant les syllabes, car cela sonnait mieux à leurs oreilles en s’élançant au combat. Ces courageux-là ont le sang bleu, constatèrent les servants d’armes dont le protège-joue de leur cabasset bouchait quelque peu leur ouïe.

Faut-il l’avouer, sang bleu s’acoquina avec les jurons. Cela ne plut pas au roi Philippe-Auguste qui, en 1181, fit condamner les nobles de son domaine qui prononceraient têtebleu, ventrebleu, corbleu, sangbleu, à payer une amende, et les roturiers à être noyés. On ne badine pas avec le sang de Dieu... Et Molière, qui s’en moquait, fit dire par Alceste, le misanthrope : « Par le sangbleu, messieurs, je ne croyais pas être si plaisant que je suis. ». De leur côté les chevaliers, eux, avaient composé une devise que leurs descendants ne cessèrent de reprendre : « À l’amour comme à la guerre, au plaisir comme à la mort. »

Palsambleu, tonnerre !

 

Photo : Conte le Sauveur, Les actions du Grand Condé. Le passage du Rhin, Château de Chantilly © Bridgemanimages

 

Les reliques de Marie-Antoinette

Plus de 200 ans après sa mort, la reine Marie-Antoinette reste dans tous les esprits. Alors qu’une série lui sera bientôt consacrée sur nos petits écrans, ce sont ses bracelets en diamants qui seront vendus le 9 novembre prochain à Genève. L’occasion de se pencher sur un phénomène : le moindre objet lui ayant appartenu est devenu une relique et participe à la dévotion qui l’entoure.

La reine Marie-Antoinette a été guillotinée le 16 octobre 1793 après un procès inique dont le temps n’est pas parvenu à effacer l’horreur. Celle qui avait été traitée avec mépris d’Autrichienne par la cour, car l’on pensait qu’elle était totalement dévolue à la politique menée par son frère Joseph II, endossa pourtant son rôle de Reine de France. Son martyr et son courage, balayant sa frivolité, l’ont élevée sur un autel sur lequel elle ne cesse de recevoir des hommages depuis plus de deux siècles. Le moindre objet lui ayant appartenu est considéré comme une relique. Depuis quelques années, outre les meubles réalisés pour ses appartements, les bustes et portraits, des morceaux de dentelle, un éventail, un coffre, un fichu et des souliers sont passés sous le marteau des commissaires-priseurs pour la plus grande joie des collectionneurs. Collectionneur n’est peut-être pas le terme exact qui leur convient. Nous oserions les qualifier d’adeptes.

Désormais nous sommes aux aguets. Chaque souvenir fait revivre Marie-Antoinette. Il y a quelques mois resurgissait son pendentif en diamants orné d’une imposante perle naturelle. Et voici deux bracelets composés de 112 diamants de taille ancienne, allant à peu près d’un carat pour les plus petits jusqu’à plus de quatre carats, répartis pour chacun sur trois rangées. Ces bijoux ont été commandés auprès du bijoutier Charles Auguste Boehmer à Paris en 1776 et seront bientôt présentés à l’occasion d’une vente aux enchères à Genève. Parvenus entre les mains de Madame Royale, ils ont été légués à sa nièce la duchesse de Parme. Quel sort réserver aujourd’hui à ce fragment d’histoire ? La vitrine d’un musée ou un poignet délicat ?

Cet intérêt autant affectif qu’historique rappelle une anecdote, apocryphe bien sûr, racontée par Michel de Saint-Pierre dans l’un de ses romans. Des visiteurs dans une propriété se mettaient à genoux devant une vitrine où était exposée la tasse dans laquelle Marie-Antoinette avait bu pour la dernière fois. Cette tasse a été démultipliée depuis lors, mais la force de la relique l’emporte sur la raison.

Photo : E. Vigée Le Brun, Portrait de Marie-Antoinette © Flickr

 

Y a pas de soucis !

Et si on faisait la chasse aux mots flous et vagues, creux et inutiles qui polluent, qui irritent, bref qui agacent notre langue au quotidien ? Il y a donc urgence à s’inscrire en faux contre cette problématique en essayant de trouver un consensus franco-français au niveau de cette dangerosité. Alors, bon courage ! Et à plus !

Y a pas de soucis ? Si justement il y en a un… Avec cette interjection amputée du pronom il, notre interlocuteur vendeur dans une grande enseigne veut nous rassurer : nous serons livrés à temps. Mais nous aurions tort de prendre cette phrase à la lettre et cet indicatif devrait nous interpeller.

En effet, on devrait plutôt utiliser le futur et dire Y aura pas de soucis. Il est vrai qu’au jour d’aujourd’hui, c’est tout et n’importe quoi. Voilà un double pléonasme formé de « au jour » et de « hui » du latin « hodie » (ce jour) et signifie donc « au jour de ce jour » et pourquoi pas alors « hier d’hier » !

J’ai envie de dire aussi que nul besoin d’utiliser tout à fait à tout bout de phrase pour dire tout simplement « oui ». Là, c’est vraiment la totale, car nous risquons tous de voir nos enfants le jour de leur mariage répondre tout à fait au lieu de « oui » au curé ou au maire.

À propos de mariage, votre fille sera sans doute ravissante après son passage chez le coiffeur… Rien à voir avec la rose de François de Malherbe* qui a vécu « ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Souhaitons que cette journée de mariage soit jubilatoire, à moins que les jeunes mariés aient fait quelque part une erreur de casting.

Alors, bonne fin de journée et surtout bonne continuation !

 

* François de Malherbe (1555-1628), poète et puriste, s’employa à instituer une langue compréhensible par tous. Avant de mourir, dans une espèce d’agonie, il se réveille pour gronder sa garde-malade qui s’est servie d’un mot impropre. Comme un ami le somme de rester tranquille, il répond brusquement : « Je maintiendrai jusqu’au bout la pureté de la langue française. »

Gravure revisitée : François de Malherbe (1555-1628)

 

Le repas, tout un art !

La table est l’un des plus beaux arts français, tant pour les mets que pour la vaisselle, les plats et la manière dont on les dispose. À l’occasion des dix ans du classement du repas gastronomique des Français par l’Unesco, offrons-nous de revenir sur quelques anecdotes historiques.

« Dresser la table », voilà une formule qui nous vient du Moyen Âge. L’on dînait alors où bon nous semblait, sur des tréteaux et des planches. C’est seulement à la fin du XVIIIe siècle que sont apparues les premières salles à manger.

Rien de mieux qu’une fourchette pour goûter les plats. Cet instrument n’est pas, contrairement à une idée reçue, une invention de la Renaissance. Le roi Charles V l’utilisait dès 1380. Bien plus tard, les convives eurent à choisir sur leur table couverte d’une pléthore de plats chauds, des entrées, des petites terrines, des relevés, des grands entremets, des moyens, des rosts…

Tout au long des siècles, les services rivalisèrent d’élégance et d’inventions, comme offre de le découvrir l’exposition « À table » à la Manufacture de Sèvres. La théière en forme de dragon, attribuée à la manufacture de Sceaux ou de Niderviller vers 1760, pourrait remporter la palme de l’originalité. Verres, couverts, pots, rafraîchissoirs, tasses, plats, orfèvreries, et surtout pièces de formes rivalisent d’inventions. Les terrines y trouvent leur belle part en donnant l’illusion de têtes de sanglier, de dindons, de faisans et même de salades. Les trompes l’œil feraient presque saliver de gourmandise. Une reconstitution d’un dressoir en faïences de Nevers des années 1660 à 1680 peut se comparer à la toile de François Desportes (1661-1743), figurant un buffet plus élégant qu’appétissant.

La nouvelle ère de la gastronomie est sans doute plus sobre, mais non exempte de créations. Témoin, le « service Bleu Élysée » par Évariste Richer, composé en 2008 de 1200 assiettes de présentation. Disposées selon un code précis, elles offrent le plan du palais de l’Élysée. Un véritable jeu pour les cuisiniers et les visiteurs.

Oui, « le repas tout un art » comme le souligne la Manufacture de Sèvres, qui présente l’une des plus belles expositions qui lui est consacrée. Ne tardez pas ! Clap de fin le 24 octobre.

 

Photo : Reconstitution d'un dressoir en faïence de Nevers © Pascal Rostain / Sèvres- Manufacture et Musée nationaux

À chaque siècle, son jardin

Les parcs des plus grands châteaux français témoignent du rapport entre l’homme et la nature depuis des siècles. Les rois et les princes de France ont fait appel aux meilleurs jardiniers de leur temps, véritables architectes paysagistes. Le château de Chantilly n’échappe pas à la règle et offre un panorama exceptionnel de l’art du jardin occidental.

Le parc... On aimerait y flâner pendant des heures et s’y perdre. Doté d’une superficie de 115 hectares, il réunit plusieurs époques de création : le jardin à la française dessiné au XVIIe siècle, le jardin anglo-chinois à la fin du XVIIIe siècle et le jardin anglais au début du XIXe siècle.

Pour qui arrive sur le grand parterre à la française, la vision est saisissante. D’élégantes arabesques se dessinent sur la pelouse, serpentant autour de « miroirs » aquatiques qui reflètent le bleu du ciel. À regarder cette parfaite harmonie géométrique, on comprend pourquoi le jardinier virtuose de la perspective, André Le Nôtre, était fier de sa réalisation. De tous les jardins qu’il a créés, Chantilly était son préféré. Et de fait, il s’agit bien là du triomphe de l’ordre sur le désordre, de la culture sur la nature sauvage, du réfléchi sur le spontané.

En opposition aux perspectives classiques du Grand Canal, le jardin « à l’anglaise » est composé de vastes prairies de fauches aménagées de chemins et de cours d’eau. Dessiné sous la Restauration par l’architecte Victor Dubois, il se veut avant tout paysage et peinture. Loin de vouloir contrôler la nature, l’idée est plutôt de l’imiter et d’en jouir. Au détour des chemins, des fabriques romantiques. Ici l’île d’Amour. Là le Temple de Vénus. Des noms qui portent à la rêverie et voilà que l’on se prend à méditer.

Mais pour qui veut pousser plus loin encore le dépaysement, c’est sans doute une promenade dans le jardin anglo-chinois qui parachèvera le ravissement. Dessiné en 1773 par Jean-François Leroy, il témoigne du goût pour la Chine en vogue au siècle des Lumières. Ouvrant le regard sur une végétation dense et de petites structures décoratives, il abrite un hameau de cinq maisonnettes (sept à l’origine), qui inspirèrent Marie-Antoinette dans la réalisation du Petit Trianon à Versailles.

Alors... amateur d’ordre ou de nature sauvage ? Qu’importe... Laissez-vous porter par une grisante sensation d’apesanteur, comme si l’on s’affranchissait des contingences pour s’incarner dans un monde de feuilles, de sève et d’écorce.

 

Appelez-moi « Laird »

                                                      

Pour quelques livres sterling, on peut acquérir en Écosse une parcelle qui donne le droit à être appelé lord ou laird ou lady. Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un titre de noblesse.

Dans le très connu feuilleton britannique, Downton Abbey, le maître d’hôtel Carlson s’adresse à lord Crawley en l’appelant your lordship. Ce qui signifie : « votre seigneurie ». C’est quand même beaucoup plus élégant qu’un simple my lord. Le comte de Grantham – c’est son titre dans la série – serait-il écossais, Mr Carlson le servirait en le nommant lairdship.

Il faut savoir que la Chambre des lords dans le Royaume-Uni compte environ 800 membres. De leur côté, les lairds écossais seraient une centaine. Un contradicteur pourrait s’élever aussitôt devant nous en affirmant qu’ils sont beaucoup plus nombreux, environ 200 000, et il y aurait de quoi être surpris.

Le propriétaire d’un large domaine en Écosse a eu l’idée de le découper en un nombre quasi indéfini de parcelles et de les vendre contre un titre de laird. Pour 30 £, l’on devient propriétaire de ladite parcelle qui mesure un pied carré. L’idée n’est pas mauvaise, car le propriétaire original protège ainsi son domaine agricole non constructible et le transforme en réserve naturelle. De quoi séduire les amoureux de la nature. La société qui vend ces parcelles a pris le soin de préciser qu’elle ne vend pas de titre de noblesse et que les appellations de laird et de lady reposent uniquement sur le plaisir. Qui oserait bannir un tel plaisir ? My goodness, I’m a lord  ! 

Nombreuses sont les officines qui accordent des titres de noblesse, toujours faux, contre des espèces très trébuchantes. Ce n’est certes pas le cas dans l’affaire dont nous nous entretenons, mais une ambiguïté subsiste. Pour que le titre soit reconnu, il doit être approuvé par le College of Arms of Scotland. Cette appellation de courtoisie est tout simplement une appellation de reconnaissance de… propriété. 

It’s funny the Sassenachs think they’re lairds and own a little place (1), disent les Écossais.

 

(1) « C’est amusant ces étrangers qui pensent être laird sur leur petit morceau de terre. » Sassenach est un terme argotique, un brin méprisant, utilisé pour désigner les Anglais et par conséquent les étrangers.

© Flickr, château en Écosse

 

La croisière des rois

L’été la Grèce fait le plein de touristes, mais sait-on qu’une croisière organisée dans les années 50, par la famille royale grecque, est à l’origine de ce succès ?

Surnommée la reine de fer, Frederika de Grèce, épouse du roi Paul, décide en août 1954 d’une croisière un peu particulière : la centaine de passagers embarqués appartient aux seules familles royales européennes. Le but de la souveraine est tout à la fois de promouvoir le tourisme en Grèce et de relancer la politique matrimoniale du gotha européen. La reine Juliana des Pays-Bas, le comte et la comtesse de Paris, avec six de leurs enfants, sont parmi les premiers à monter à bord du paquebot Agamemnon, prêté par un armateur grec. Suit un défilé daltesses royales et impériales, Habsbourg, Wittelsbach, Hohenzollern, Hanovre, Bourbon, Wurtemberg… Prince d’Espagne, Juan Carlos est du voyage. Il a 18 ans. Sa future épouse, Sophie de Grèce, aussi.

L’organisation est épique. Comme personne ne parle la même langue – une quinzaine sont pratiquées – on a dû faire appel à une armée d’interprètes. Sans compter les coiffeurs, femmes de chambre, aides de camp et valets qui s’entassent dans les ponts inférieurs. Les escales font l’objet d’animations. Plus ou moins réussies. À Delphes, par exemple, l’extravagante psychanalyste Marie Bonaparte, se met, sans que personne ne le demande, à déclamer un interminable texte de Renan, devant une assemblée médusée. À Épidaure, lors d’une représentation au théâtre antique, de nombreux paysans sont venus à dos d’âne assister au spectacle. Le braiement des animaux finit par couvrir les dialogues devenus inaudibles. Les fous rires fusent. La croisière s’amuse.

À Santorin, une nuée de photographes attendent les altesses, dans une bousculade homérique. Quelques semaines plus tard, les îles grecques font la une de Life, de Stern et de Paris-Match. Une partie de la planète lit et commence à rêver. Critiquée pour son luxe, la croisière des rois fut une des opérations de relations publiques les plus spectaculaires jamais organisées pour promouvoir le tourisme en Grèce. Vingt ans plus tard, la monarchie des Hellènes tombait. Et la reine Frederika prenait le chemin de l’exil.

Photo :  Le roi Paul de Grèce, à droite, vu à bord de l’Agamemnon à Naples, suivi par l’ex-roi Michel de Roumanie et son épouse, la princesse Anne de Bourbon-Parme. © Keystone Press / Alamy

 

Causeries

 

Admirer, à juste titre, notre langue en lui trouvant un souffle, une virtuosité, voire du « génie » – comme le suggère Voltaire – est une forme de chauvinisme assez courante. Cela ne nous empêche pas d’en révéler son usage parfois approximatif.

« Causer » est ainsi défini par le vénérable dictionnaire Le Robert : « Un usage populaire qui connote le manque d’éducation ». Enfin un dictionnaire qui lui, au moins, cause bien ! Le Français cause de plus en plus, mais parle de moins en moins. Rousseau lui-même avait déjà dénoncé le fait d’utiliser ce verbe mal à propos dans Les Confessions : « On ne cause pas à quelqu’un, on cause avec quelqu’un ».

Depuis, Maurice Grevisse, qui est à la langue française ce que Fauchon est à la langue de bœuf, écrivait : « J’avoue que “l’on vous cause” », lequel remonte à Corneille, n’est point ce qui heurte le plus dans la déchéance du langage si on admet « parler avec » sur le même plan que « parler à ». Ce mot est donc la « cause » de bien des débats. En fait le plus gênant, c’est qu’on l’emploie à tort et à la place de parler. Or, causer, c’est plutôt, bavarder, jacasser, papoter, cancaner, etc.

D’ailleurs quand un chef d’État s’exprime, il parle, il ne cause pas et on n’ose pas vraiment lui dire « Cause toujours, tu m’intéresses ».

© M.-L. Branger, Café parisien 1925

 

Maisons de famille : la fabrique à souvenirs

 

Cela sent la poussière et les souvenirs. Il faut ouvrir les volets en grand. Il y a du silence. Ce silence ne durera pas. Voici les vacances.

La maison ne désemplira pas. Elle est faite pour l’été, les cris d’enfants, les déjeuners dehors. Noël n’est pas mal non plus, avec ses feux de cheminée, son réveillon, ses bottes crottées de boue, son sapin au pied duquel s’entassent les cadeaux.

Dans les chambres, les lits ont été faits. Au grenier, la table de ping-pong attend les joueurs. Dans un coin, le flipper date de Mathusalem : il fonctionne avec des pièces d’un franc. Les bibliothèques sont pleines de livres de poche gondolés, de best-sellers un peu oubliés. Quelques Pléiades au milieu.

Le soir, on regardera un vieux film en DVD. Truffaut ou Sautet ? D’antiques VHS encombrent une étagère. Nul ne se résout à les jeter. À la cave, les vins vieillissent moins vite que nous. Dans les couloirs, le papier peint se décolle par endroits.

Un volontaire est désigné pour tondre la pelouse. Il faut aussi quelqu’un pour faire les courses au village. Qu’il pense à la presse locale, hein. À la piscine, les guêpes constituent l’ennemi numéro un. Le soir, les chauves-souris battent des records de vitesse entre les arbres. Le matin, des odeurs de pain grillé embaument la cuisine. Les retardataires auront droit à du café réchauffé. Des courageux gonflent les pneus des vélos. L’antique Solex ne veut plus démarrer. On entend le bruit des balles de tennis. Une voix décompte les points. Un cousin a encore triché. L’aînée des filles téléphone au bord du ruisseau, là-bas, très loin. Défense de la déranger. Le chien court après les motos. Les glaçons fondent dans les verres de rosé. Un klaxon annonce l’arrivée des pièces rapportées. Est-ce qu’il y a des moustiques cette année ?

Tout cela respire la mémoire, le romanesque, les histoires qu’on raconte jusqu’à minuit. À propos, il reste de l’armagnac ?

Photo © Jean-Marc Palisse

 

Quand épée rime avec immortalité

Tout comme les bottes vernies et le chapeau à plumes, l’épée accompagne l’habit vert des académiciens. Signe à l’origine de l’appartenance à la Maison du roi, leur poignée porte les symboles représentant la vie et l’œuvre de son détenteur.

Signe distinctif des académiciens, avec l’habit vert, l’épée incarne l’esprit chevaleresque des membres d’une de nos plus prestigieuses institutions. Ardents défenseurs de la langue française, leur combat, officialisé en 1635 par Richelieu, est éternel puisqu’ils sont immortels.

La réalisation de leur épée est confiée à des joailliers et des artistes. Le geste a d’autant plus de valeur lorsqu’il est exécuté par un ami. Ce fut le cas pour le joaillier Lorenz Bäumer, installé place Vendôme, qui a eu l’honneur de créer celles de Gabriel de Broglie et de Xavier Darcos. Il est émouvant d’imaginer la rencontre entre le savoir-faire admirable d’un créateur et le destin exceptionnel d’un homme. Du pommeau à la pointe de la lame, l’épée raconte la vie et l’œuvre de son récipiendaire. Chaque symbole gravé et sculpté prend vie sous les mains expertes des artisans d’art.

Pour Gabriel de Broglie, haut fonctionnaire élu en 2001 au fauteuil (11) d’Alain Peyrefitte, Lorenz Bäumer a dessiné une épée aux couleurs de la famille, en lapis-lazuli, or et argent. Sur le pommeau, la déesse Minerve évoque l’Institut de France, dont le prince sera chancelier, et le Conseil d’État, dont il est un membre éminent. Sur la garde, sont gravées les initiales des organismes qu’il dirigea dans l’audiovisuel : ORTF, Radio France, INA, CNCL. Les grilles et les arcades miniaturisées du Palais Royal rappellent le fief de l’orléanisme, cadre historique favori de ses écrits.

L’épée du chancelier et ancien ministre Xavier Darcos, élu au fauteuil (40) de Pierre-Jean Remy en 2013, décrit l’épicurien qu’il est. Lorenz Bäumer a figuré l’amour qu’il porte à sa famille par une constellation d’étoiles ; sa passion des belles lettres par une plume ornée des noms d’Ovide, Tacite, Mérimée et Wilde. L’épée est un livre ouvert, illustré d’allégories faites de vermeil, d’argent, d’émail et de cuir, restituant ce qui fait le bonheur de cet homme : la musique, la gastronomie, les bons vins, sans oublier ses racines en Aquitaine.

Cinq fauteuils sont actuellement à pourvoir. De quoi augurer encore de belles créations !

Photo : Épée de Xavier Darcos © Lorenz Baümer.

 

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