Au jour d’aujourd’hui

Il est une formule bien souvent employée et qui reste malgré tout très curieuse, « au jour d’aujourd’hui ». Et pourquoi pas, soyons fous, « Au jour du jour de ce jour » ? Retour sur ce pléonasme…

A.H. Dargelas, Le tour du monde © Flickr

 

Le pléonasme, puisqu’il s’agit de lui, est un terme qui ajoute une répétition à ce qui vient d’être dit. Exemples : « reculer en arrière », « pondre un œuf », « au grand maximum », « panacée universelle », « monopole exclusif », « prévoir d’avance », « sortir dehors », ou mieux, « avoir un futur projet » avec un « proviseur de lycée », père de « deux jumeaux » et fan de « samba brésilienne » !

Il y a des pléonasmes légitimes et d’autres qui sont totalement inutiles. Comme aujourd’hui, paraît-il autorisé, qui en est déjà un. Mais par qui ? Formé de « au jour » et de « hui », du latin hodie (ce jour), il signifie donc « au jour de ce jour ». Au jour d’aujourd’hui est donc un double pléonasme et on est en droit de s’étonner que le grand Lamartine l’utilise dans Les Méditations : « Dans ce cercle borné, Dieu t’a marqué ta place, l’univers est à lui et nous n’avons à nous que le jour d’aujourd’hui. ». C’est un peu comme si on disait « à demain demaind’main » ou « hier hier d’hier ». Ce goût de la répétition conduit même certains à employer la formule à l’heure d’aujourd’hui. Halte-là !

Reste à savoir si ce « dernier baroud d’honneur » servira à quelque chose. Il y a pourtant assez d’expressions aussi efficaces qui signifient la même chose. « De nos jours », « à notre époque » ou encore « actuellement », nombreuses sont les possibilités qui s’offrent à vous et qui devraient suffire à ravir l’oreille de votre interlocuteur.

Larguez les amarres !

La 12e édition de la Route du Rhum est sur le point de larguer les amarres. La reine des courses transatlantiques en solitaire nous promet de nouvelles aventures humaines extraordinaires. 

L’invraisemblable arrivée de la Route du Rhum 1978, où Mike Birch s'impose pour à peine une minute trente © Flickr  

Le 6 novembre, 138 skippers – une participation record – de six catégories de bateaux différentes prendront le large pour une traversée de l’Atlantique à la voile en solitaire. Une course contre vents et marées et contre la montre commencera pour parcourir les 3 542 milles (6 562 km) reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre. L’un d’eux parviendra-t-il à battre l’exploit de Francis Joyon, arrivé vainqueur, en 2018, en 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes ?

La Route du Rhum est un hymne à la liberté imaginé par le publicitaire parisien Michel Etevenon, en 1978,  en réponse à la Transat Anglaise de 1976, qui limitait la taille des bateaux. Le nom de cette course est l’idée de Bernard Hass, secrétaire général du Syndicat des Producteurs de Rhum des Antilles, qui souhaite alors en relancer la filière. L’épreuve française, prévue tous les quatre ans, accueille professionnels et amateurs ; monocoques et bicoques de toute taille. Dès cette première édition, s’élancent, sur une même ligne et au même moment, 38 marins. Certains entreront dans la légende : Mike Birch, Alain Colas, Michel Malinovsky, Florence Arthaud, Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Bruno Peyron, Marc Pajot. Éric Tabarly les rejoindra en 1982.

La bataille est rude et les conditions météorologiques, parfois désastreuses. L’œil du cyclone des Açores, notamment, guette sans pitié les navires. La Route du Rhum devient une course mythique, pour le meilleur et pour le pire. 1978 marque à la fois la victoire du petit trimaran de Mike Birch qui devança de 98 secondes le monocoque de Michel Malinovsky, pourtant arrivé en tête en Guadeloupe mais dépassé sur la fin, et la disparition d’Alain Colas, pris dans un typhon à bord du célèbre Manureva. Huit ans après, Loïc Caradec disparaît à son tour. Son ami Philippe Poupon, arrivé avec 48 heures d’avance sur ses concurrents, lui dédiera sa victoire. 

1990 consacre Florence Arthaud, première femme à remporter la course, au bout de 14 jours 10 heures et 8 minutes, bien que coupée d’électronique et de communication à partir des Açores. En 1998, on se passionne pour la jeune anglaise Ellen MacArthur, qui parvient à surmonter les problèmes techniques de son monocoque de 50 pieds (plus de 15 m) et finit par gagner dans sa catégorie. Laurent Bourgnon est le seul à avoir remporté deux Routes du Rhum, en 1994 et 1998. 

Prendre la mer force l’homme à la plus grande humilité, face aux éléments, face à sa propre petitesse. C’est sans doute avec une pensée toute particulière pour Mike Birch, décédé tout récemment, que les skippers s’élanceront dimanche dans cette nouvelle course. 

Quelque chose en nous du prix Goncourt

Alors que les quatre heureux finalistes du Goncourt viennent d’être annoncés, le Bottin Mondain a eu envie de revenir sur ce prix, l’un des grands moments de la vie littéraire française. Et vous n’imaginez sans doute pas à quel point des liens nous unissent.

Edmond de Goncourt, Nadar © Flickr

À l’origine de cet événement annuel tant attendu, le testament d’Edmond de Goncourt. Son idée est simple : récompenser un auteur d’expression française par un prix de 5 000 francs financé par la vente de ses biens après sa mort. Il confie à son ami et exécuteur testamentaire, Alphonse Daudet, le soin de fonder l’Académie Goncourt. Cette dernière récompense pour la première fois un ouvrage en 1903, l’année même de la naissance du Bottin Mondain. Mais nos affections communes ne s’arrêtent pas là.

 Créé pour distinguer le « meilleur ouvrage d’imagination en prose », le Goncourt ne récompense presque exclusivement que des romans. « Beaucoup d’appelés, peu de lus », pour reprendre une expression d’Éric Neuhoff. Ce prix est un gage pour nous, lecteurs, de ne pas perdre notre temps. Il faut bien reconnaître au palmarès des ouvrages consacrés depuis plus d’un siècle qu’il forme un beau panorama de la littérature française. Mais le rapport avec le Bottin Mondain dans tout ça ? Patience, nous y venons…

 Nous avons tous en nous quelque chose d’un prix Goncourt, comme aurait pu l’entonner un célèbre chanteur. Ces livres revêtus de la mythique bande rouge ont un jour accompagné nos soirées, nos week-ends, nos vacances. Où et quand avons-nous découvert À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust  ? Et tant d’autres auteurs passés à la postérité et dont on ne songe même plus à préciser le prénom tant ils nous sont familiers.

 Il y a aussi des lauréats que nous ne connaissons pas, sinon de réputation, des romans récents ou anciens dont la lecture pourtant s’impose à nous comme une évidence : ils font partie de leur temps, et sont nécessaires à sa compréhension. Pour revivre la guerre de 14-18, la lecture du Feu de Barbusse (1916) s’impose. Il y a aussi les « coups de cœur », comme Léon Frapié. Qui se souvient encore de lui ? Et pourtant, pourtant…

 Tous les noms que nous venons de citer ont un jour été présents dans les pages du Bottin Mondain. Vos parents, grands-parents, arrière-grands-parents en ont peut-être partagé les colonnes. S’ils font partie du patrimoine littéraire français, ils sont aussi un fragment de l’histoire de notre univers personnel, plus intime.

 À l’occasion du nouveau prix Goncourt, c’est donc à d’émouvantes retrouvailles et aussi à de magnifiques découvertes que nous vous invitons aujourd’hui. Ne vous privez pas de lire (ou relire) d’anciens lauréats qui, comme vous, ont participé à la grande fresque des familles du Bottin Mondain.

1904 - Léon FRAPIÉ, La Maternelle (Albin Michel)
1916 - Henri BARBUSSE, Le Feu (Flammarion)
1918 - Georges DUHAMEL, Civilisation (Mercure de France)
1919 - Marcel PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs (Gallimard)
1925 - Maurice GENEVOIX, Raboliot (Grasset)
1933 - André MALRAUX, La Condition humaine (Gallimard)
1938 - Henri TROYAT, L’Araigne (Plon)
1948 - Maurice DRUON, Les Grandes familles (Julliard) 

 

L’héraldique s’amuse sérieusement

La capacité héraldique n’est pas réservée. Elle est ouverte à tout un chacun pourvu que nul ne copie ou ne s’empare de ce qui est un signe d’identité. Les variations des images que l’on appelle « meuble » sont infinies et présentent souvent des figures amusantes voire surprenantes.

Geoffroy Plantagenêt (1113-1151), Église cathédrale de St Julien du Mans © Flickr.

Il semblerait que l’une des premières armoiries individuelles serait celle de Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, datée d’environ 1090 et que l’on peut voir dans la cathédrale du Mans. Son bouclier est décoré d’un semé de lionceaux. Selon l’héraldiste Adrian Strickland, ces signes de reconnaissance seraient apparus après la bataille d’Hastings qui vit en 1066 s’opposer les Saxons et les Normands, incapables de s’identifier sous leur accoutrement guerrier. Pour se faire reconnaître dans les mêlées des batailles et des tournois qui suivirent, les chevaliers prirent alors l’habitude de peindre des figures distinctives sur leur bouclier. De leur côté, les seigneurs-suzerains et chevaliers bannerets firent porter leur bannière, signe de leur droit féodal, ornée de marques distinctives.

On ne peut pas encore parler de blason. Ces marques furent d’abord des formes simples, géométriques, animales ou florales. Six couleurs — on ne disait pas encore émaux — s’imposèrent, réparties en deux groupes, d’un côté le jaune (or) et le blanc (argent), de l’autre le noir (sable), le rouge (gueules), le vert (sinople) et le bleu (azur). La règle voulait que ne soient pas juxtaposées deux couleurs d’un même groupe, pour une question de visibilité.

Michel Pastoureau, le maître incontesté en matière d’héraldique, le rappelle d’une manière très claire : « À la fois signe d’identité, marques de possession et ornements décoratifs, les armoiries ont pris place du XIIe au XIXe siècle, sur d’innombrables objets, monuments et documents à qui elles ont, ce faisant, apporté une sorte d’état-civil. » Les recueils de ces images que l’on appelle armoriaux offrent ainsi des séries de vignettes ornées qui, lorsqu’elles ne présentent pas de meubles géométriques, sont de véritables poèmes graphiques. On y voit par exemple un coq tout de rouge vêtu marcher sur une vague ou une onde. À quelle famille pourrait appartenir ces trois pieds sous un ciel étoilé ? Et ces sardines sagement rangées sur une nappe bleue ? Marteaux, haches, lances se mélangent ou côtoient cygnes, léopards ou lions, cerfs et même hirondelles. Nous pourrions croire que les hérauts d’armes ont trouvé tous les prétextes pour s’amuser. Tout leur était bon pour composer des rébus à l’aide de jeux de mots. Devinez : quelle maison désigne-t-on face à ce visage rempli d’yeux ou « d’œils » comme le disent les enfants ? Un mont d’or dans un écu fait songer à une anthroponymie.

Car si le langage de l’héraldique permet de décrire les blasons, il faut savoir que le blason parle, même indirectement par allusion. Les chaînes de Navarre rappellent, par exemple, l’exploit de Sanche VII qui entra en force dans le camp ennemi entouré de chaînes, restées accrochées à son bouclier. L’Autriche symbolise la tunique de Léopold V, duc de Badenberg, hissée à Saint-Jean-d’Acre, couverte de sang, sauf à la ceinture. Il reste que l’animal le plus décrié ou moqué en héraldique n’a jamais existé. Il s’agit de la merlette, ce petit oiseau morné, sans bec ni pattes qui, libéré des écus, remplirait bon nombre de volières.

Un café sans sucre, s’il vous plaît !

Saviez-vous que sans sa cafetière Balzac n’aurait certainement pas pu venir à bout de son œuvre La Comédie humaine ? Imaginez combien de rendez-vous, d’entretiens, de rencontres auraient perdu de leur saveur sans une tasse de café ? Plante intellectuelle, le café préside la vie sociale grâce à ses vertus stimulantes, au point d’être devenu l’une des boissons les plus consommées sur la planète.

Le Déjeuner, F.Boucher, 1739 © Flickr.

La découverte des bienfaits du café remonte au Moyen-Âge. Les légendes sont nombreuses autour de la « fève d’Arabie ». L’histoire raconte qu’un éleveur de la région de Kaffa, en Éthiopie, aurait vu ses chèvres manger les baies rouges du caféier et devenir soudain très dynamiques, stimulées par la caféine. Une fois jetées dans le feu, les baies auraient grillé en exhalant une bonne odeur. Elles auraient ensuite été réduites en poudre, infusées dans l’eau bouillante pour être transformées en boisson.


En pays musulman, les vertus du café sont progressivement reconnues pour permettre de rester éveillé le soir pour prier. Il devient le fruit d’un commerce florissant dans le monde arabe, notamment au Yémen où le « kawa » transite par le port de Moka, puis à Constantinople et au Caire. Il est introduit en Italie au XVIe siècle via les marchands vénitiens, avant de gagner la France, l’Angleterre, la Hollande et les colonies. Ces dernières sont particulièrement propices à sa culture, le coffea arabica – arbrisseau aux fleurs blanchâtres de la famille des Rubiacées – ayant besoin de chaleur et d’humidité pour pousser et donner ses graines appelées « cerises ».


À la différence des Anglais, qui lui préféreront le thé, le café devient la boisson française par excellence. Le Procope est le premier établissement de café à ouvrir à Paris en 1686. En France, l’on raconte que c’est Louis XIV qui en but la première tasse. Il est ensuite adopté par la Cour et la société aristocratique. Les cafés se développent à Paris où ces lieux de rencontre ont un rôle social. Ils symbolisent l’esprit français et le goût pour les échanges intellectuels.


Au XIXe siècle, la boisson se démocratise. Balzac écrit La Comédie humaine, animé par cette muse brune. Véritable bourreau de travail, l’écrivain buvait chaque jour des dizaines de tasses de café. Il relate dans son Traité des excitants modernes : « Ce café tombe dans votre estomac [...]. Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. »


Une maison sans café est comme une maison sans livres : il y manque une forme d’énergie secrète. C’est pourquoi, même si vous n’en buvez pas, pensez à Balzac et ayez toujours chez vous un fond de café pour ceux qui l’aiment, court ou long, avec ou sans sucre, avec ou sans lait. Et, bien sûr, quand la tasse aura été reposée sur la soucoupe, n’omettez pas le rituel si français de dire avec grâce : « Reprendrez-vous une tasse de café ? »

« Amuser la galerie »

Qui parmi nous n’a pas eu un jour l’intention « d’amuser la galerie » sans connaître l’origine de cette curieuse expression, qui on s’en doute, ne signifie pas « faire le pitre dans une galerie d’art » ?

 

© Jeu de Paume, Flickr


En fait, l’explication nous vient du XVIIe siècle où l’on pratiquait assidûment le « jeu de paume », initialement joué à main nue ou gantée de cuir. Il devint ensuite un sport de raquettes. C’est évidemment l’ancêtre de la pelote basque et du tennis.

La « courte paume » se joue en salle avec une galerie comme le trinquet pour la pelote basque, contrairement à la « longue paume », qui se joue en extérieur. Ladite galerie était un poste d’observation où, pour se faire remarquer, certains joueurs n’hésitaient pas à multiplier les acrobaties ou autres fantaisies. On disait alors qu’ils « amusaient la galerie ». C’est ainsi que la galerie en est venue à désigner un auditoire, d’abord celui des amateurs du jeu de paume, puis de l’opinion publique en général.

Après la disparition du jeu de paume, l’expression survécut et elle fut de plus en plus utilisée pour caractériser ceux qui cherchaient à séduire un public en « amusant la galerie ». Le Dictionnaire de l’Académie relève en 1835 : « Il se dit encore figurément et familièrement. Du monde, des hommes considérés comme jugeant les actions de leurs semblables ». Pas faux… La preuve avec Paul Léautaud dans le Théâtre de Maurice Boissard : « Il faut palabrer, gesticuler, impressionner la galerie, jouer la comédie sociale, les cabots d’un côté et les gobeurs de l’autre ». Autre exemple significatif avec Martin du Gard dans Les Thibault : « Et personne ne m’ôtera de l’idée d’ailleurs que ton Jaurès, il plastronne pour la galerie ! Dans le fond, il sait aussi bien que moi que les jeux sont faits ».

Mais attention ! On ne doit pas écrire pour épater les lecteurs comme l’expliquait Baudelaire dans ses Conseils aux jeunes littérateurs : « La ligne courbe amuse la galerie mais ne l’instruit pas », ce qui veut dire en d’autres termes qu’un véritable écrivain doit lutter contre la tentation de faire l’intéressant en abusant de maniérisme et d’affection.

Il avait évidemment raison.

La Bataille de Versailles

Après New York, Londres et Milan, c’est au tour de Paris de dévoiler, du 26 septembre au 4 octobre, les tendances du prêt-à-porter féminin, pour la saison printemps-été 2023. S’il existe aujourd’hui plus de 140 Fashion Weeks dans le monde, la toute première, telle que nous la connaissons aujourd’hui, eut lieu en France, en 1973.

La Bataille de Versailles, 1973 © Flickr

Déjà grande prêtresse du style et de l’élégance à la cour de Louis XIV, la France méritait bien d’accueillir la première Fashion Week. Nous sommes en 1973. Le conservateur en chef du Château de Versailles de l’époque, Gérald Van der Kemp, cherche des mécènes pour financer la restauration de la résidence royale. Eleanor Lambert, journaliste de mode américaine très influente, qui allait créer la Fashion Week de New York et le MET (Metropolitan Museum of Art) Gala, lui suggère de convier au Château « la crème de la crème » pour un dîner de gala et un défilé inédit réunissant des couturiers français et américains.

Les cartons en lettres d’or sur fond bleu sont envoyés. Le 28 novembre 1973, sous le haut patronage de la baronne Marie-Hélène de Rothschild, 700 invités, parmi lesquels la princesse Grace de Monaco, la duchesse de Windsor, la Bégum Aga Khan, la comtesse Jacqueline de Ribes, Loulou de La Falaise, Paloma Picasso, Gloria Guinness, Elizabeth Taylor, Andy Warhol, Rudolf Noureev, Joséphine Baker, Liza Minnelli, Grace Jones, Jane Birkin, assistent, saisis, à ce qui deviendra « la Bataille de Versailles ».

La Haute Couture française, qui règne alors sur le monde, y affronte le prêt-à-porter émergent américain. Dans un show chorégraphié par Jean-Louis Barrault, les créations d’Yves Saint Laurent, Hubert de Givenchy, Pierre Cardin, Emanuel Ungaro et Marc Bohan, directeur artistique de Christian Dior, contrastent avec l’avant-garde outre-Atlantique incarnée par Oscar de la Renta, Stephen Burrows, Roy Halston Frowick, Bill Blass et Anne Klein. Dans chaque camp, les belligérants ont pour armes : l’imagination, l’audace, la passion des coupes et des matières. Les Américains surprennent leurs adversaires par leur talent et leur modernité. Une page de l’histoire de la mode s’écrit : côté français, on célébrait la victoire d’avoir accueilli ce qui allait devenir la première Fashion Week ; côté américain, on avait gagné ses galons sur la place internationale de la mode. C’est sans doute dans une rumeur électrique et passionnée que les convives sont ensuite allés dîner dans les Grands Appartements.

Pour l’autre histoire, celle du Château de Versailles, la collecte des fonds s’est élevée à un million deux cent mille francs et a notamment permis l’acquisition d’un meuble commandé par Louis XVI.

Le Royal Standard ne s’abaisse jamais

Le décès de la reine Élizabeth II a mis en évidence un protocole auquel les Français ne sont pas habitués, notamment celui des étendards royaux et leur usage. Ils sont en effet dissemblables selon les royaumes composant la Grande Bretagne.

 

Édimbourg, 12 septembre 2022.

Le jeudi 8 septembre 2022, l’Union Jack flottant sur le fronton de Buckingham Palace à Londres a été mis en berne. Le Royaume-Uni était en deuil. Son souverain, la reine Élizabeth II, venait de mourir. Serait-elle décédée dans ce palais, le Royal Standard, qui marque sa présence où qu’elle soit, aurait toujours cueilli le vent. L’étendard royal n’est en effet jamais mis en berne au décès du monarque, car la couronne passe immédiatement à son successeur. Il y a toujours un monarque sur le trône. Nous l’avons d’ailleurs vu : la présence du roi Charles III à Buckingham a été marquée par le Royal Standard. Sitôt absent, il a été remplacé par l’Union Jack mis en berne, le temps du deuil national.

Là où est le souverain – qu’il soit en visite officielle ou privée, dans un bâtiment public, son automobile comme à la proue du yacht royal lorsqu’il était encore en service, ou encore une école –, l’étendard royal est arboré, visible par tous. La reine Élizabeth II avait gagné Balmoral, en Écosse, le 21 juillet. À partir de cette date, l’Union Jack avait donc été hissé sur Buckingham Palace, comme il l’était sur le château de Windsor ou sur Sandringham House, ses autres résidences, pour indiquer que le souverain n’y était pas. Le Royal Standard de la reine d’Écosse a, naturellement, recouvert son cercueil en Écosse, comme il sera recouvert à Londres par le Royal Standard de la reine d’Angleterre.

Ce dernier est écartelé entre les armoiries de l’Angleterre (les léopards), celles de l’Écosse (le lion) et celles de l’Irlande (la harpe). Cette version date du règne de la reine Victoria. Auparavant, l’étendard royal portait en outre les armoiries de Hanovre (le cheval cabré) et de France (les fleurs de lys), représentant l’union personnelle entre le Royaume-Uni et le royaume de Hanovre ainsi que la revendication anglaise du trône français. Lors des cérémonies à Édimbourg, on a pu voir qu’il était différent. Les armoiries de ce royaume occupent les premier et quatrième quart et celles d’Angleterre le deuxième. Cet étendard trouve son origine chez les rois d’Écosse du XIIe siècle et fut utilisé jusqu’à l’Union des Couronnes de 1603.

Chaque membre de la famille royale possède son étendard personnel. Celui du prince Philip, duc d’Édimbourg, recouvrait son cercueil lors de ses obsèques. Jusqu’en 1952, date à laquelle Élizabeth est montée sur le trône, elle et son époux, duc et duchesse d’Édimbourg, disposaient de leurs étendards qui flottaient conjointement.

Espérons que ces quelques développements vous permettront une meilleure lecture, lundi prochain, de la cérémonie des funérailles de la reine Élisabeth II.

Charlotte, une reine au dessert

Réédition du billet initialement publié le 28 mai 202.

Elle est l’épouse aimante de George III d’Angleterre, le roi fou, la mère attentive de quinze enfants, grand-mère de Victoria, botaniste, mécène, fondatrice d’orphelinats et à l’origine d’un dessert roboratif. Histoire gourmande de the charlotte.

 

Flickr, Bruce Johnson


Drôle de destin que celui de Sophie Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, fille dernière-née, en 1744, du duc Charles Ier, obscur principule allemand, et cependant mariée à dix-sept ans au jeune et puissant souverain de Grande-Bretagne, George III. D’aucuns louent sa beauté, d’autres parmi ses contemporains dénoncent ses lèvres charnues, son nez épaté, peut-être pour se venger de son opposition à l’esclavage.


Charlotte a du caractère et s’entend si bien avec son royal époux qu’elle lui donne quinze enfants, dont treize atteindront l’âge adulte et deux règneront. Très écoutée de George III, son influence s’accroît à mesure que les crises de folie du souverain s’intensifient. Passionnée de botanique, la reine Charlotte s’implique dans l’extension des célèbres Kew Gardens. Mécène accomplie, elle protège le compositeur Johann Christian Bach, se voit dédier des sonates par le très jeune Mozart.


Soucieuse de soulager la misère du peuple, elle crée de nombreux orphelinats et un hôpital destiné aux futures mères. À cette bienfaitrice, aux antipodes des excès passés de la vie de cour et marraine des arboriculteurs du royaume, un dessert est dédié, tout simple et humble, the charlotte. Tapissez un moule de pain de mie beurré, remplissez de compote de pommes et mettez à cuire sans fin au four. Façon pudding.


C’est cette recette assez primitive dont s’empare, en 1800, le chef français Antonin Carême lorsqu’il entre au service du futur George IV, fils aîné de la reine Charlotte. Plus de cuisson, le moule est désormais tapissé de biscuits à la cuiller enfermant une crème bavaroise légère et raffinée. C’est la charlotte à la parisienne, devenue charlotte à la russe lorsque Carême offre ses services au tsar Alexandre Ier.


En somme, l’Europe commence par le dessert.

Élisabeth II, duc de Normandie

Réédition du billet initialement publié le 3 juin 2022.

Tandis que du 2 au 5 juin dernier, à Londres, la Grande Bretagne et le Commonwealth célébraient en grande pompe les 70 ans de règne d’Élisabeth II, de l’autre côté du Channel, la Normandie se sentait un peu de la fête.

 © A. Leibovitz

 

Tout cela grâce à Guillaume le Conquérant et à l’amour d’Élisabeth II pour les chevaux. C’est cette passion bien connue de tous qui l’entraîne dans un voyage privé de trois jours, du 26 au 29 mai 1967, dans l’Orne et le Calvados, au pays des haras. Elle séjourne alors au château de Sassy, entre Argentan et Alençon, chez le duc d’Audiffret-Pasquier, lui même éleveur de cracks. 

Est-ce au sortir de sa visite au haras du Pin ou du restaurant Le Caneton, à Orbec, où elle a déjeuné ? Les versions divergent. Toujours est-il qu’une petite foule s’est assemblée et, qu’au passage de la reine, elle crie : « Vive la duchesse, vive la duchesse ! » Amusée, Élisabeth II sourit à ses admirateurs et leur répond, en français : « Eh bien, je suis plutôt le duc de Normandie. » 

Ce qui est on ne peut plus exact. En 1066, Guillaume, duc de Normandie, s’empare de l’Angleterre et transmet à sa mort son titre ducal à son fils aîné et au troisième la couronne anglaise. Le quatrième et plus jeune fils de Guillaume, Henri Ier Beauclerc, réunira les deux titres. Le contrôle de ce fief continental devient cependant problématique et, en 1202, le roi de France Philippe Auguste le déclare perdu et reconquiert deux ans plus tard la Normandie pour la rattacher à la couronne de France. Ce que Henri III d’Angleterre reconnaîtra en 1259, dans le traité de Paris. 

Restent cependant les îles anglo-normandes, ultime partie du duché à être aujourd’hui encore la possession du souverain britannique, à l’exception de Chausey. Mais à Guernesey, comme à Jersey ou à Sercq, Élisabeth II est bien appelée par les insulaires le duc de Normandie, dux Normannorum, un titre médiéval qui n’a jamais connu de féminin. Et lorsqu’ils ont porté un toast en son honneur, à l’occasion de son jubilé de platine, ils ont sûrement levé leur verre au « duc de Normandie, notre reine » !

 

Le prince Philip, chef de famille

Réédition du billet initialement publié le 16 avril 2021.

Il restera bien sûr son altesse royale le prince Philip, duc d’Édimbourg, mari d’Elisabeth II, « ma force et mon ancrage », comme elle l’a confié au moment de leurs noces d’or, son plus intime soutien et conseiller. Mais il était également chef de famille comme la reine est chef d’État. Avec un poids et une aura que peu imaginent.

 

 

Pour ses fils, cet homme né prince de Grèce et de Danemark, qui a grandi dans l’exil en France, en Allemagne et finalement en Grande-Bretagne, était « my dear Papa », comme l’a dit le prince de Galles, le premier des siens à lui rendre hommage. Enfant nomade et solitaire, tôt confié à la tutelle de son oncle Louis Mountbatten, le prince Philip savait le prix d’une famille et a veillé tout particulièrement à l’éducation de ses quatre enfants, autant qu’il a voulu les endurcir et les rendre indépendants. Quitte à créer longtemps une incompréhension avec Charles, aussi sensible que son père, mais prompt à l’exprimer quand Philip s’en défendait. Lorsque le mariage de l’héritier du trône prend l’eau, c’est pourtant le duc d’Édimbourg qui écrit à Diana de nombreuses lettres, pleines de délicatesse, afin de lui offrir son aide et de l’aider à panser ses blessures. En vain.


Pour ses petits-enfants, « Granpa » est considéré à l’égal d’un dieu descendu de l’Olympe, mais alors un dieu plein d’humour, à l’œil qui frise. Il les invite à l’aventure, au dépassement, partage leurs enthousiasmes, leurs inquiétudes et se trouve toujours auprès d’eux à l’heure de l’épreuve. Ainsi, à la mort de Diana, le 31 août 1997, est-ce lui qui convainc William et Harry de suivre le cercueil de leur mère en procession, pendant les obsèques. En leur promettant, s’ils décident de le faire, de marcher auprès d’eux. Nul doute que l’un et l’autre s’en souviennent, le cœur serré, ce samedi 17 avril 2021, au moment de faire escorte à la dépouille de leur grand-père. Ils n’oublieront pas davantage sa force d’âme, comme ce 19 mai 2018 où il avait assisté, debout et sans canne, au mariage du duc et de la duchesse de Sussex, après avoir subi le remplacement d’une hanche six semaines auparavant. À près de quatre-vingt-dix-sept ans.


Servir la reine, la couronne et le royaume aura été l’honneur et la vie du prince Philip. Au confluent de tout cela, c’est lui qui, au fil de longues conversations, aura décidé le prince William, duc de Cambridge, à s’engager pleinement dans la vie officielle pour soutenir Elisabeth II et se préparer un jour à succéder à son père. Chef de famille, le duc d’Édimbourg a marqué de son empreinte deux générations de souverains britanniques. Sans oublier une troisième, avec le prince George. Lorsque les Cambridge séjournaient à Anmer Hall, sur le domaine de Sandringham, il venait souvent chercher son arrière-petit-fils, ces dernières années, pour l’emmener en promenade.
Carnet

 

L’école est finie !

Cartables bouclés, livres scolaires et tabliers rangés dans l’armoire, voici venu le temps des vacances pour les enfants. La saison des retrouvailles entre cousins, des promenades et des baignades, des cris et des rires… À eux la liberté ! Le plus souvent, sous le regard bienveillant de leurs grands-parents.

 

© By BM

 

« Donne-moi ta main et prends la mienne
La cloche a sonné, ça signifie
La rue est à nous que la joie vienne
Mais oui, mais oui, l’école est finie... ! »

 

En cette période estivale, d’heureux grands-parents se préparent à voir leur maison se remplir de petits trublions. Tout à la fois figures tutélaires, partenaires de jeux et confidents, ils offrent à leurs petits-enfants le bonheur de se retrouver dans un lieu qui symbolise les vacances et leur assure stabilité et enracinement, loin du quotidien. Si nos chères têtes blondes s’apprêtent à être choyées et cajolées, il n’en reste pas moins que le respect de quelques règles élémentaires de savoir-vivre sera toujours apprécié.

Il est donc encore tout juste temps, chers parents, de leur en remémorer les grandes lignes avant de boucler les valises. Soyez certains qu’ils trouveront tout cela beaucoup plus amusant et gratifiant avec leurs grands-parents qu’avec vous-même. C’est ainsi !

Premier conseil à leur donner : se montrer toujours de bonne humeur. 

Puis leur rappeler quelques principes simples : bien se tenir à table, faire son lit le matin, mettre son pyjama sous l’oreiller, proposer son aide pour mettre le couvert, ne pas couper la parole…

Sans oublier les petites attentions, qui feront toujours plaisir, comme proposer sa chaise à un adulte qui arrive dans une pièce.

Et si votre enfant craint de faire une bêtise ? Rien de grave. Suggérez-lui, comme notre chère comtesse de Ségur, de présenter ses excuses : « Ce n’est pas s’humilier que reconnaître ses torts ; au contraire, c’est se relever » (La Fortune de Gaspard, 1866).

Quant à vous grands-parents, les moments complices qui vous attendent permettront d’inscrire de futurs adultes dans une histoire familiale, des coutumes, une culture, tout un passé, qui éclairera leur présent et les projettera dans l’avenir. N’y a-t-il pas meilleure école que celle-ci ?

Bonnes vacances à tous nos Petits Mondains !

Les élégances du prix de Diane

Question chic, c’est le Royal Ascot français. À Chantilly, le temps d’une après-midi, les belles arborent leurs chapeaux les plus fous tandis que, sur la piste, les jockeys rêvent d’inscrire leur nom dans l’histoire d’un prix né en 1843, avec l’appui des fils de Louis-Philippe.

 

Prix de Diane Longines © Scoopdyga 

 

Tout commence à cheval. Plus exactement au gré d’une chasse à courre en forêt de Chantilly, vers 1832. Henry Seymour, célèbre dandy et fondateur du Jockey Club, arrive en vue des Grandes Écuries des Condés, sur ce domaine désormais propriété du petit prince Henri d’Orléans, duc d’Aumale, âgé de dix ans. Lord Seymour voit dans cette plaine le site idéal pour un hippodrome enfin digne de ce qui se fait en Angleterre. À Paris, les courses se donnent au Champ-de-Mars, trop exigu.

Le 16 mars 1834 est créé le cercle d’encouragement des courses dont sont membres d’honneur le duc d’Orléans et le duc de Nemours, les deux fils, aînés cette fois, du roi Louis-Philippe. Et en mai se tiennent les premières courses sur le gazon du tout nouvel hippodrome de Chantilly. Il faudra encore attendre neuf ans, le jeudi 18 mai 1843, pour que naisse le prix de Diane, réservé aux pouliches. Le nom en viendrait d’une statue de la divine chasseresse, située justement dans la forêt avoisinante. À moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil aux circonstances d’où surgit l’idée de créer là un hippodrome.

 Une chose est sûre, l’édition inaugurale du fameux prix est remportée par Nativa, dont le propriétaire est le prince de Beauvau. L’événement n’attire que peu d’amateurs. On compte d’ailleurs à peine trois représentantes du beau sexe au bord du terrain. Dont Mlle Ozy, actrice aux Variétés. Installée dans sa calèche, elle voit ses chevaux s’emballer au passage de la course et manque mourir dans l’aventure. L’histoire ne dit pas si elle en a perdu son chapeau. En revanche, au fur et à mesure que le prix de Diane trouve ses marques, les élégantes affluent.

 Et la tradition s’installe de leur rendre hommage. Inspirée du Ladies’ Day de la semaine royale d’Ascot. D’ailleurs, Élisabeth II participe de la légende du prix de Diane, non pas grâce à ses chapeaux, mais depuis la victoire de sa pouliche Highclere, en 1974. Le samedi 14 juin 1986, c’est la princesse Anne qui est l’invitée d’honneur à Chantilly, pour une édition placée sous le signe de l’Écosse. Elle y déjeune auprès de Karim Aga Khan, le propriétaire le plus titré du prix de Diane, avec sept victoires.

Quant aux gagnantes du concours d’élégance, aujourd’hui baptisé Mademoiselle Diane, impensable d’en distinguer une sans s’attirer les foudres des autres participantes. Année après année, entre émotions de la course et luxueux pique-nique sur l’herbe, elles illuminent une journée qui, sans leur chapeau et leur sourire, perdrait beaucoup de son éclat.

À vos plumes !

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter avec les curiosités de la langue française.

 

Encrier © Flickr

 

Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure, mais on essuie un affront, où l’on pose une question, mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles ?

Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, du soupçon dans le lait, de la grimace dans la soupe, des fourmis dans les jambes, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes ? De quoi avoir vraiment la puce à l’oreille…

Est-ce très normal que persifler ne prenne qu’un « f » et siffler deux, que hutte ait deux « t », mais cahute un seul ? Qu’on écrive traditionnel, mais traditionaliste, millionième, mais millionnaire, patronat et patronner, déshonneur et déshonorer ?

Gazouillis et tréfonds ont un « s » alors qu’il ne se prononce pas, fantomatique n’a pas d’accent circonflexe et fantôme en a un !

Drôle de pays, en effet, où il ne faut pas confondre : scène, cène, seine, saine ou chair, chaire, cher, et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger.

Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculin au singulier et féminin au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline : « Je ne me vois pas en train d’écrire : “J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles.” »

Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela peut paraître bien singulier…

Juin ou la valse des anniversaires

« Never complain, never explain »… L’histoire veut que cette devise des Windsor ait été prononcée pour la première fois à la cour d’Angleterre par la reine Victoria s’adressant à son fils, le futur roi Edouard VII, alors âgé de dix ans. Il s’agit là de l’une des plus précieuses règles de conduite à suivre en société, dès le plus jeune âge.

 

Le temps des fêtes, de la fin de l’école, des mélomanes... Il souffle un joyeux vent de liberté en ce mois de juin ! Mais pas question pour autant d’en oublier les règles essentielles de savoir-vivre qui feront de vos enfants de charmants petits invités, appréciés de la famille ou des amis. Le petit invité parfait ? Tout comme l’adulte, il s’agit de se faire apprécier de tous. Et quelle plus belle preuve d’élégance que celle d’appliquer la maxime des Windsor, riche de bien des enseignements, dont celui de faire régner autour de soi, bonheur et bonne humeur ?

 Voici quelques conseils à suivre lorsque votre enfant est invité…

L’invitation : Utilisez votre plus belle plume ! Celui qui soigne son invitation s’attend à une réponse de même qualité. Répondre à un carton par un mot écrit plutôt que par un simple coup de fil ravira votre hôte.

La tenue : S’il s’agit d’un après-midi déguisé ou d’un goûter à thème, votre enfant pourra développer des trésors d’imagination pour surprendre et amuser ses petits camarades. S’il s’agit d’une invitation classique, vous pourrez alors lui apprendre qu’élégance rime avec sobriété, même si la tendance naturelle porte plutôt à cet âge vers les paillettes et les tenues de super-héros…

L’arrivée : Soyez fidèle à la phrase bien connue de Louis XVIII, « L’exactitude est la politesse des rois ». Et, avant de rejoindre ses petits camarades, rappelez-lui de bien se présenter à la maîtresse de maison par un simple « Bonjour Madame ». À force de répétition, cette phrase reviendra naturellement, tel un réflexe de pavlov !

Le comportement : L’enfant roi ? Hélas, il n’y a de royal que l’expression. Expliquez-lui que, même grisé par l’élan de la fête, il serait bon qu’il préserve le raffinement de sa rhétorique et fasse preuve de discrétion.

Le départ : Même s’il est prêt à jouer les prolongations, c’est vous qui donnez le coup de sifflet final ! En partant, soufflez-lui de glisser un compliment. Il sera toujours le bienvenu et un sourire sera toujours gagnant.

L’aventure mondaine commence dès le plus jeune âge. Et c’est à vous, chers parents, qu’incombe de transmettre à vos chérubins ce passeport qui leur assurera le succès en société. Alors, ne vous arrêtez pas en si bon chemin ! Comme nous le rappelle Jacques Deval, « la courtoisie est la partie principale du savoir-vivre, c’est une espèce de charme où l’on se fait aimer de tout le monde ».

 

 

Roland-Garros avant la lettre

Au commencement étaient les sportsmen. Car le tennis et les championnats de France sur terre battue furent d’abord l’apanage de cette élite élégante, regroupée dans des clubs. Bien avant que Roland-Garros ne devienne un événement mondial…

 

Comment déterminer le meilleur joueur entre les membres distingués du Stade Français, du Parc de Saint-Cloud, du Racing Club de France, de la Croix Catelan, ou des quelques grands clubs sportifs de province ? L’idée s’impose en 1891, il suffit de créer un championnat national. La première édition se tient sur les courts en terre battue du Racing Club de France et ne regroupe pas plus d’une dizaine d’inscrits, licenciés de clubs et bien entendu amateurs. Détail savoureux, le vainqueur, un certain H. Briggs, membre du Stade Français, est sujet britannique. Ce qui n’est pas si étonnant puisque le tennis, adaptation moderne du jeu de paume, a été inventé outre-Manche vers 1850 et que la mode est à l’anglomanie et aux sportsmen.


L’affaire ne concerne alors que des gentilshommes assez fortunés pour consacrer du temps aux activités athlétiques en vogue et se mesurer entre eux dans un esprit chevaleresque. L’élégance est de mise, au physique comme au moral, et il n’est pas question de rentrer sur le court autrement qu’en pantalons et chemise à manches longues, de lin blanc ou de coton, confectionnés chez les meilleurs faiseurs. À l’exemple du beau Max Decugis, fils d’un négociant parisien du XVIe arrondissement et charismatique vainqueur à huit reprises, entre 1903 et 1914, des championnats de France.


Il faut attendre 1925 pour que l’épreuve s’ouvre formellement aux joueurs étrangers et devienne les Internationaux de France, dernier venu des tournois du Grand Chelem. C’est cependant une autre compétition qui va décider de l’avènement du stade Roland-Garros, sur le site désormais mythique de la Porte d’Auteuil. La coupe Davis 1927 est remportée par les célèbres Mousquetaires, Lacoste, Cochet, Borotra et Brugnon. Ils joueront donc la finale 1928 à domicile.


À Paris, les terrains existants sont médiocres. Il faut construire de nouvelles installations. En neuf mois ! Émile Lesieur, président du Stade Français et Pierre Gillou, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, mandatent Louis Faure-Dujarric, l’architecte des Jeux olympiques de 1924. Par souci d’économie, les premières tribunes sont démontables. Mais la gageure est ténue et le stade baptisé, à la demande d’Émile Lesieur, du nom de son camarade d’HEC, licencié du Stade Français… en rugby, et aviateur tué au combat. L’inauguration a lieu le 18 mai 1928. Un mois après se jouent les Internationaux de France et, le 27 juillet, la finale de la coupe Davis, conservée par les Mousquetaires. Roland-Garros est né.

 

 

 

Osez la cravate !

On lui prête des origines diverses. Le plus couramment, elle est associée aux soldats croates engagés par Louis XIII, qui portaient une « Krvat ». Elle s’est ensuite démocratisée au XIXe siècle pour devenir cet accessoire indispensable à tout homme du Monde. Pourtant, une nouvelle mode tend à la délaisser. Le Bottin Mondain se devait de se prononcer sur un sujet d’ampleur internationale.

 

Serait-il toujours aussi élégant sans cravate ?

Colin Firth dans Kingsman © Flickr. 

Dans l’armoire, suspendues dans l’envers de la porte, les cravates se désolent. « Quelle faute avons-nous commise pour être ainsi négligées, se demandent-elles ? » À chaque fois que l’on tourne la clef dans la serrure du meuble, avec ce grincement caractéristique, elles frémissent, se bousculent comme des petits enfants gourmands.

Hélas, la chemise, ôtée de la tablette où elle et ses sœurs sont rangées, ne jette plus un œil sur celles qui furent autrefois ses complices. Elles formaient pourtant une belle alliance, s’harmonisant selon leur teinte pastel, jouant de leur contraste, parfois exagérant dans l’extravagance. Il s’agissait chaque matin, tel un peintre devant sa toile, de composer cette diffuse association en entendant encore la voix maternelle répéter à l’envi : « La cravate est l’élégance de l’homme. »

Beau Brummel s’en retournerait dans sa tombe normande s’il savait que ses préceptes ne sont plus respectés. Sans doute, lui reproche-t-on aujourd’hui d’avoir passé des heures à essayer différents nœuds de cravate dans le seul but de donner l’impression de l’avoir nouée en un tour de main. « Si l’on se retourne sur vous dans la rue, c’est que vous êtes mal habillé », disait-il.

Aujourd’hui, le contraire est devenu la norme. Au diable la cravate qui serre le cou. Comme si l’on confondait la soie et le chanvre. La liberté passe désormais par la chemise ouverte, le col déboutonné, plissé, plié, dégagé. « Voyez comme je suis ouvert au monde, je ne crains pas le froid sur ma gorge, je suis affranchi ! » clament les partisans du progrès qui apparaissent dans les salons, les cabinets et sur les écrans de télévision. Devrions-nous jeter aussi nos chemises qui deviendraient inadaptées pour être définitivement libérés de ces compedes, ces entraves que l’on ne saurait plus nommer ?

Messieurs, songez que la cravate est une « partie essentielle et obligée du vêtement qui […] apprend à connaître celui qui la porte », comme l’écrivait Balzac. Alors, donnez-vous en à cœur joie. Choisissez-les tissées, imprimées, teintées, en soie, en laine ou en coton. Réveillez l’instant solennel du nœud, geste appris autrefois avec votre père, et laissez libre cours à votre imagination : nœud simple, Victoria, Windsor, ou Cavendish… Rassurez-vous, votre créativité devrait s’épanouir : un groupe de chercheurs suédois a dénombré pas moins de 177 147 manières de parfaire un nœud de cravate.

 

 

Des rois, des saints et des héros...

Avec les beaux jours arrive la saison des naissances. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le prénom qu’ils donneront à leur enfant. D’autres sont tout simplement curieux de connaître ceux dans l’air du temps. Qu’en est-il des prénoms les plus donnés l’année dernière dans le BM ?

 

J.Gannam, The New Dreamliner: Biggest Baby News in Years, 1951 © Flickr

Qui n’a jamais feuilleté le Bottin Mondain comme on parcourt un dictionnaire avec curiosité lève la main ! II est bien connu que cette bible des liens sociaux est aussi la bible des prénoms dans laquelle les parents en mal d’idées s’égarent avec délectation. Tournant les pages, ils voguent d’étonnement en étonnement, surprenant telle famille aux prénoms originaux ou telle fratrie aux prénoms classiques.

Certains s’inspirent de l’Antiquité, du Moyen Âge, de l’époque romantique ou du XXe siècle selon les régions de France, de Navarre et du monde entier. Prénoms familiaux, dynastiques, mythologiques et bibliques se mélangent aux celtiques, aux britanniques, aux italiens, aux hispaniques, aux orientaux, aux asiatiques… quand ils ne sont pas tout simplement inventés par goût ! Les saints, les héros, les rois, les reines, les fruits, les fleurs, les vertus, les figures historiques valsent ligne après ligne en se succédant vertigineusement. Ils résument surtout des siècles d’histoire en quelques lettres évocatrices.

En 2021, les fées qui se penchèrent sur les berceaux des filles ont fait naître, entre autres, Alma, Anastasia, Athénaïs, Augustine, Capucine, Céleste, Colombe, Cosima, Dauphine, Éponine, Espérance, Félicité, Gabrielle, Garance, Jacinthe, Jehanne, Olympia, Pénélope, Raphaëlle, Yseult, Zita…

Pour les garçons, nous trouvons : Alexandre, Bohémond, Calixte, Charles-Espérance, Diego, Elie, Elzéar, Félix, Ferdinand, Ferréol, Gaspard, Godefroy, Hippolyte, Hugo, Matthieu, Max, Melchior, Philémon, Philippe, Stanislas, Théodore, Ulysse…

 In fine, cette année, nos membres s’inspirent de prénoms de rois, de saints et de héros pour les garçons. Pour les filles, l’on trouve des impératrices, des reines et des saintes. Les nobles figures restent des valeurs sûres ! Puissent ces listes redonner des idées à tous ceux qui cherchent encore le prénom idéal qu’il soit classique, à la mode, original ou intemporel.

 

Palmarès des prénoms du Bottin Mondain

 

Dans cette ordonnance remarquable qui mêle tant de personnages évocateurs, nous avons établi le palmarès des dix prénoms les plus donnés aux nouveau-nés par nos membres en 2021.

 

 

Voulez-vous une tasse de thé ?

Le rituel du thé… celui-là même qui donne l’occasion de sortir du buffet jolies tasses et plateau à trois étages. Penchons-nous sur cette plante, cousine des Camélias, qui a contribué à l’élaboration de l’art de vivre de l’Orient à l’Occident.

 

Downton Abbey, Tea time © Flickr

 

Il est 17 h, vos invités arrivent. Vous leur avez proposé une tasse de thé, a nice cup of tea, comme disent nos voisins d’outre-Manche. Le plateau est déjà préparé dans le salon. Les tasses ne sont pas empilées, mais reposent chacune sur leur soucoupe. Elles sont de porcelaine fine. On doit voir la lumière passer à travers.

Quelle variation proposer ? Thé noir, thé vert, Ceylan, Lapsang souchong ou, bien sûr, l’Earl Grey dont il faut toujours avoir un vrac de qualité chez soi. Dans vos gestes, vous répétez (in)consciemment ceux que tant d’autres ont reproduit avant vous. Et ce depuis que le précieux Camellia sinensis, ou « Camélia de Chine », a été apporté en Europe par les Hollandais au XVIIe siècle, avant d’être rapidement adopté par les Anglais.


Au XIXe siècle, ces derniers enverront le botaniste Robert Fortune en Asie pour qu’il développe la théiculture en Inde et brise le monopole chinois en acclimatant des semences et des plants de théier à Darjeeling. L’arbrisseau produit des fleurs blanches et jaunes délicatement parfumées. Après la cueillette, les feuilles sont séchées et serrées pour être oxydées par fermentation avant d’être enfermées dans de solides boîtes hermétiques, selon leurs variétés. Les Français lui préfèreront le café, mais adopteront la mode du thé surtout à partir du XIXe siècle. Devenu boisson « mondaine » par excellence, le thé sera alors aussi reconnu pour ses qualités médicinales : il facilite la digestion, calme les maux de tête, fortifie la raison, fait vivre centenaire !

Il existe plusieurs façons de le servir. La plus classique étant de faire frémir une eau peu minéralisée. Ébouillantez la théière et les tasses pour les échauffer. Ajoutez une cuillère à café de feuilles sèches par personne, et une pour la théière (one for the teapot), dans un filtre ou une passoire à thé. Versez l’eau frémissante afin que le thé exhale son parfum et sa couleur sous peine de n’avoir qu’un bouquet tiède et terne. Laissez infuser le temps que le thé communique à l’eau sa vertu et que les feuilles se dilatent (3 à 5 minutes selon la variété). Puis, ôtez-les pour éviter l’amertume. Mélangez et servez de la main droite le divin breuvage avec délicatesse en vous rappelant les vers de Banville « Miss Ellen versez-moi le Thé* ». Proposez poliment un nuage de lait froid, du sucre (dans un sucrier), du citron en rondelles.

Bien sûr, il faut des soucoupes, des petites cuillères, des serviettes carrées, des biscuits. Vous reconstituez ce rituel élégant peaufiné par des siècles de raffinement et de sociabilité à partir d’un simple camélia de la famille des Théacées. Et vous en discuterez avec les puristes, qui savent toujours mieux que vous l’art mystérieux de bien servir le thé sans jamais lever le petit doigt.

 

*Théodore de Banville (1823-1891), Le Thé.

 

 

 

 

L’art de recevoir à l’Élysée

À l’occasion de la prochaine élection présidentielle, nous nous sommes intéressés à la vie élyséenne des vingt-cinq présidents de la République qui, depuis 1848, se sont succédé rue du Faubourg-Saint-Honoré.

 

E. Dubufe, Portrait de la princesse Mathilde (1820-1904), 1861 © Wk

 

La première réception que donne notre premier Président, Louis-Napoléon Bonaparte, le 23 décembre 1848, a pour hôtesse sa cousine germaine, la princesse Mathilde, qui joue les premières dames. Célibat du président oblige. Bals ou soirées tous les lundis. Suisses à hallebarde à l’entrée des antichambres, valets dans l’ancienne livrée impériale et pour couronner le tout, on appelle le premier hôte républicain du palais, « Monseigneur » ou « Altesse ».

Changement de décor sous la présidence d’Adolphe Thiers, après la chute du Second Empire, dont les buffets maigrichons, sandwichs mal beurrés, gâteaux secs et sirop de groseille, font pâle figure. Madame Thiers, froide et compassée, ajoute à l’ennui des réceptions. Jules Grévy, très économe, reçoit peu et mal : becs de gaz éteints à 22h pour hâter le départ des invités. Sadi Carnot est le premier président à utiliser la nouvelle salle des Fêtes pour recevoir. Il institue l’arbre de Noël de l’Élysée.

 Félix Faure offre sept grands dîners ainsi que deux bals, pour lesquels sont lancées 7 000 invitations. Il se fait servir le premier à table, selon l’ancien usage à la cour de France et fait appel à Potel et Chabot pour recevoir Nicolas II en 1896. Les Fallières, plus près de « leurs » sous, donnent des réceptions le jeudi dans l’espoir que, mordant sur le vendredi (jour du poisson), les invités ne mangeront pas trop de viande ! Quant à Albert Lebrun, il aime terminer les dîners par des tours de magie que donne, tant qu’à faire, un inspecteur de police…

 Il faudra attendre Vincent Auriol pour renouer avec le faste républicain. Trois grandes soirées sont données en l’honneur du corps diplomatique, des parlementaires et des grands corps de l’État, réunissant jusqu’à 3 000 personnes. Des nappes brodées d’or font leur apparition dans la salle des Fêtes (madame de Gaulle ne les utilisera que très rarement du fait du coût élevé du nettoyage). Il pérennise la réception du 14 juillet. Enfin, sous René Coty, sont invitées pour la première fois à l’Élysée des vedettes de l’écran comme Martine Carol. Des « people » qui depuis n’ont jamais cessé de prendre le chemin de l’Élysée…

 

 

 

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