La croisière des rois

L’été la Grèce fait le plein de touristes, mais sait-on qu’une croisière organisée dans les années 50, par la famille royale grecque, est à l’origine de ce succès ?

Surnommée la reine de fer, Frederika de Grèce, épouse du roi Paul, décide en août 1954 d’une croisière un peu particulière : la centaine de passagers embarqués appartient aux seules familles royales européennes. Le but de la souveraine est tout à la fois de promouvoir le tourisme en Grèce et de relancer la politique matrimoniale du gotha européen. La reine Juliana des Pays-Bas, le comte et la comtesse de Paris, avec six de leurs enfants, sont parmi les premiers à monter à bord du paquebot Agamemnon, prêté par un armateur grec. Suit un défilé daltesses royales et impériales, Habsbourg, Wittelsbach, Hohenzollern, Hanovre, Bourbon, Wurtemberg… Prince d’Espagne, Juan Carlos est du voyage. Il a 18 ans. Sa future épouse, Sophie de Grèce, aussi.

L’organisation est épique. Comme personne ne parle la même langue – une quinzaine sont pratiquées – on a dû faire appel à une armée d’interprètes. Sans compter les coiffeurs, femmes de chambre, aides de camp et valets qui s’entassent dans les ponts inférieurs. Les escales font l’objet d’animations. Plus ou moins réussies. À Delphes, par exemple, l’extravagante psychanalyste Marie Bonaparte, se met, sans que personne ne le demande, à déclamer un interminable texte de Renan, devant une assemblée médusée. À Épidaure, lors d’une représentation au théâtre antique, de nombreux paysans sont venus à dos d’âne assister au spectacle. Le braiement des animaux finit par couvrir les dialogues devenus inaudibles. Les fous rires fusent. La croisière s’amuse.

À Santorin, une nuée de photographes attendent les altesses, dans une bousculade homérique. Quelques semaines plus tard, les îles grecques font la une de Life, de Stern et de Paris-Match. Une partie de la planète lit et commence à rêver. Critiquée pour son luxe, la croisière des rois fut une des opérations de relations publiques les plus spectaculaires jamais organisées pour promouvoir le tourisme en Grèce. Vingt ans plus tard, la monarchie des Hellènes tombait. Et la reine Frederika prenait le chemin de l’exil.

Photo :  Le roi Paul de Grèce, à droite, vu à bord de l’Agamemnon à Naples, suivi par l’ex-roi Michel de Roumanie et son épouse, la princesse Anne de Bourbon-Parme. © Keystone Press / Alamy

 

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