Causeries

 

Admirer, à juste titre, notre langue en lui trouvant un souffle, une virtuosité, voire du « génie » – comme le suggère Voltaire – est une forme de chauvinisme assez courante. Cela ne nous empêche pas d’en révéler son usage parfois approximatif.

« Causer » est ainsi défini par le vénérable dictionnaire Le Robert : « Un usage populaire qui connote le manque d’éducation ». Enfin un dictionnaire qui lui, au moins, cause bien ! Le Français cause de plus en plus, mais parle de moins en moins. Rousseau lui-même avait déjà dénoncé le fait d’utiliser ce verbe mal à propos dans Les Confessions : « On ne cause pas à quelqu’un, on cause avec quelqu’un ».

Depuis, Maurice Grevisse, qui est à la langue française ce que Fauchon est à la langue de bœuf, écrivait : « J’avoue que “l’on vous cause” », lequel remonte à Corneille, n’est point ce qui heurte le plus dans la déchéance du langage si on admet « parler avec » sur le même plan que « parler à ». Ce mot est donc la « cause » de bien des débats. En fait le plus gênant, c’est qu’on l’emploie à tort et à la place de parler. Or, causer, c’est plutôt, bavarder, jacasser, papoter, cancaner, etc.

D’ailleurs quand un chef d’État s’exprime, il parle, il ne cause pas et on n’ose pas vraiment lui dire « Cause toujours, tu m’intéresses ».

© M.-L. Branger, Café parisien 1925

 

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