Sang bleu... palsambleu !

On dit que le sang des nobles est bleu. Les explications autour de ce constat sont aussi belles que légendaires. Cette image ne résiste pourtant pas aux blessures. Leur sang est aussi rouge que celui de tous les mortels. Et pourtant… 

Certains individus seraient donc différents du commun des mortels, grâce à la couleur de leur sang. Les nobles, par exemple, l’auraient bleue. De quoi faire sourire, mais la légende est tenace, même si personne n’y croit. Les explications sur l’origine de cet état particulier sont relativement peu nombreuses et pourraient ressembler à des poèmes. Le chevalier ne pouvait posséder qu’une âme pure comme un ciel bleu sans nuages, sa peau si délicate laissant apparaître des veines de la même teinte. Tournons-nous davantage vers l’Histoire.

« On leur a souvent reproché leurs privilèges, mais le plus fréquent, le plus aimé de ces privilèges fut celui de verser leur sang » (René de Belleval, 1837-1900). L’impôt du sang ! Une taxe fixée sans aucune loi, sinon celle d’une profonde tradition militaire au sein de laquelle le sens de l’honneur implique le don suprême. Sur tous les champs de bataille « et les combats meurtriers du sursaut », selon les mots de Christian de Bartillat (1930-2012), les nobles ont servi. Bien sûr, la couleur de leur sang est la même que celle des autres héros et martyrs. Le langage populaire aime, à travers ses déformations, créer des images qui deviennent des légendes. « Par le sang de Dieu », lança sans doute un jour un chevalier. Palsambleu ! répétèrent les preux en bousculant les syllabes, car cela sonnait mieux à leurs oreilles en s’élançant au combat. Ces courageux-là ont le sang bleu, constatèrent les servants d’armes dont le protège-joue de leur cabasset bouchait quelque peu leur ouïe.

Faut-il l’avouer, sang bleu s’acoquina avec les jurons. Cela ne plut pas au roi Philippe-Auguste qui, en 1181, fit condamner les nobles de son domaine qui prononceraient têtebleu, ventrebleu, corbleu, sangbleu, à payer une amende, et les roturiers à être noyés. On ne badine pas avec le sang de Dieu... Et Molière, qui s’en moquait, fit dire par Alceste, le misanthrope : « Par le sangbleu, messieurs, je ne croyais pas être si plaisant que je suis. ». De leur côté les chevaliers, eux, avaient composé une devise que leurs descendants ne cessèrent de reprendre : « À l’amour comme à la guerre, au plaisir comme à la mort. »

Palsambleu, tonnerre !

 

Photo : Conte le Sauveur, Les actions du Grand Condé. Le passage du Rhin, Château de Chantilly © Bridgemanimages

 

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