Eugénie en majesté

 

Avec l’inauguration prochaine d’un musée dédié à l’impératrice Eugénie au château de Compiègne, en plus du dévoilement de son buste par Albert II à Monaco, la dernière souveraine des Français n’est pas près de se faire oublier…

Vers 1910, une femme voilée appuyée sur sa canne cueille une rose dans le jardin des Tuileries. Un gardien accourt et lui fait remarquer qu’il est interdit de le faire dans un parc public. Étonnée, la vieille dame soulève son voile et d’une voix venue des profondeurs de l’histoire explique : « Je suis l’impératrice Eugénie et ces fleurs formaient une corbeille devant ma chambre, avant que ne soit détruit le palais des Tuileries » ! On imagine la stupeur du cerbère, quarante ans s’étaient écoulés depuis la fin du Second Empire…

Il y a quelque chose d’un peu shakespearien dans l’incroyable destin de l’impératrice Eugénie. À l’Empereur Napoléon III, la jeune espagnole avait expliqué en 1853, « que le chemin qui conduisait à sa chambre passait d’abord par l’autel ». Elle régna moins sur le cœur de cet époux volage que sur celui d’un régime dont elle personnifia la grâce, encouragea les arts et mit à la mode quantité de villégiatures comme Biarritz. Après le désastre franco-allemand de 1870, qui doit beaucoup à sa mauvaise influence, elle devint pour les Français « lEspagnole », comme Marie-Antoinette avait été « lAutrichienne ».

Eugénie promena son ombre un demi-siècle durant entre l’Angleterre où la reine Victoria, amie fidèle, l’avait recueillie, jusqu’à la villa Cyrnos qu’elle fit élever au Cap Martin. Jean Cocteau y vint la rencontrer et raconte dans Portraits souvenir, cette entrevue quelque peu irréelle. Sur son chemin de gloire, Eugénie connut des détours tragiques comme la mort de son fils unique, le prince impérial, tombé en Afrique du Sud, le corps transpercé des sagaies du peuple Zoulou.

Après la guerre de 1914, elle donne à Clémenceau une lettre qu’elle avait reçue jadis de Guillaume Ier et dont le contenu aida le Tigre à obtenir l’Alsace-Loraine. Pourtant, lorsque Eugénie meurt en 1920, à l’âge de 91 ans, à Madrid, la République (française), dans une mesquinerie dont elle a parfois le mauvais génie, refusera de s’associer aux funérailles d’État que le roi Alphonse XIII conduit en personne. La dernière souveraine ayant régné sur la France repose à l’abbaye de Farnborough, près de Londres, avec son mari et son fils.

Photo : F.X Winterhalter, L'Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, 1855, Château de Compiègne © Flickr, Art Gallery

 

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