Roland-Garros avant la lettre

Au commencement étaient les sportsmen. Car le tennis et les championnats de France sur terre battue furent d’abord l’apanage de cette élite élégante, regroupée dans des clubs. Bien avant que Roland-Garros ne devienne un événement mondial…

 

Comment déterminer le meilleur joueur entre les membres distingués du Stade Français, du Parc de Saint-Cloud, du Racing Club de France, de la Croix Catelan, ou des quelques grands clubs sportifs de province ? L’idée s’impose en 1891, il suffit de créer un championnat national. La première édition se tient sur les courts en terre battue du Racing Club de France et ne regroupe pas plus d’une dizaine d’inscrits, licenciés de clubs et bien entendu amateurs. Détail savoureux, le vainqueur, un certain H. Briggs, membre du Stade Français, est sujet britannique. Ce qui n’est pas si étonnant puisque le tennis, adaptation moderne du jeu de paume, a été inventé outre-Manche vers 1850 et que la mode est à l’anglomanie et aux sportsmen.


L’affaire ne concerne alors que des gentilshommes assez fortunés pour consacrer du temps aux activités athlétiques en vogue et se mesurer entre eux dans un esprit chevaleresque. L’élégance est de mise, au physique comme au moral, et il n’est pas question de rentrer sur le court autrement qu’en pantalons et chemise à manches longues, de lin blanc ou de coton, confectionnés chez les meilleurs faiseurs. À l’exemple du beau Max Decugis, fils d’un négociant parisien du XVIe arrondissement et charismatique vainqueur à huit reprises, entre 1903 et 1914, des championnats de France.


Il faut attendre 1925 pour que l’épreuve s’ouvre formellement aux joueurs étrangers et devienne les Internationaux de France, dernier venu des tournois du Grand Chelem. C’est cependant une autre compétition qui va décider de l’avènement du stade Roland-Garros, sur le site désormais mythique de la Porte d’Auteuil. La coupe Davis 1927 est remportée par les célèbres Mousquetaires, Lacoste, Cochet, Borotra et Brugnon. Ils joueront donc la finale 1928 à domicile.


À Paris, les terrains existants sont médiocres. Il faut construire de nouvelles installations. En neuf mois ! Émile Lesieur, président du Stade Français et Pierre Gillou, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, mandatent Louis Faure-Dujarric, l’architecte des Jeux olympiques de 1924. Par souci d’économie, les premières tribunes sont démontables. Mais la gageure est ténue et le stade baptisé, à la demande d’Émile Lesieur, du nom de son camarade d’HEC, licencié du Stade Français… en rugby, et aviateur tué au combat. L’inauguration a lieu le 18 mai 1928. Un mois après se jouent les Internationaux de France et, le 27 juillet, la finale de la coupe Davis, conservée par les Mousquetaires. Roland-Garros est né.

 

 

 

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