Charlotte, une reine au dessert

Réédition du billet initialement publié le 28 mai 202.

Elle est l’épouse aimante de George III d’Angleterre, le roi fou, la mère attentive de quinze enfants, grand-mère de Victoria, botaniste, mécène, fondatrice d’orphelinats et à l’origine d’un dessert roboratif. Histoire gourmande de the charlotte.

 

Flickr, Bruce Johnson


Drôle de destin que celui de Sophie Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, fille dernière-née, en 1744, du duc Charles Ier, obscur principule allemand, et cependant mariée à dix-sept ans au jeune et puissant souverain de Grande-Bretagne, George III. D’aucuns louent sa beauté, d’autres parmi ses contemporains dénoncent ses lèvres charnues, son nez épaté, peut-être pour se venger de son opposition à l’esclavage.


Charlotte a du caractère et s’entend si bien avec son royal époux qu’elle lui donne quinze enfants, dont treize atteindront l’âge adulte et deux règneront. Très écoutée de George III, son influence s’accroît à mesure que les crises de folie du souverain s’intensifient. Passionnée de botanique, la reine Charlotte s’implique dans l’extension des célèbres Kew Gardens. Mécène accomplie, elle protège le compositeur Johann Christian Bach, se voit dédier des sonates par le très jeune Mozart.


Soucieuse de soulager la misère du peuple, elle crée de nombreux orphelinats et un hôpital destiné aux futures mères. À cette bienfaitrice, aux antipodes des excès passés de la vie de cour et marraine des arboriculteurs du royaume, un dessert est dédié, tout simple et humble, the charlotte. Tapissez un moule de pain de mie beurré, remplissez de compote de pommes et mettez à cuire sans fin au four. Façon pudding.


C’est cette recette assez primitive dont s’empare, en 1800, le chef français Antonin Carême lorsqu’il entre au service du futur George IV, fils aîné de la reine Charlotte. Plus de cuisson, le moule est désormais tapissé de biscuits à la cuiller enfermant une crème bavaroise légère et raffinée. C’est la charlotte à la parisienne, devenue charlotte à la russe lorsque Carême offre ses services au tsar Alexandre Ier.


En somme, l’Europe commence par le dessert.

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