Un Noël en noir et blanc

Noël est blanc. Il s’habille de neige, se couvre d’hiver. Le manteau du Père Noël ajoute une tache de rouge au tableau. Il y a aussi le vert du sapin. Bientôt les paquets éventrés, le papier multicolore roulé en boule et les rubans de satin entortillés comme des serpents.

F. Capra, La vie est belle, 1946

La période se rythme au son des cloches qu’on agite au bout d’un manche en bois. Elle réclame une certaine majesté et une très nette envie d’enfance. Les villes prennent soudain des airs de Laponie. Les songes descendent de leurs montagnes. Les braises somnolent dans l’âtre. Il gèle trop pour sortir. C’est l’occasion de fouiller dans les piles de DVD, d’éplucher les programmes du câble.


On a l’embarras du choix. On soulève un couvercle et on découvre plein de petites choses sans importance mais si essentielles. Le Père Noël, ce vieillard folklorique qu’on imagine chassant le loup à bord de son traîneau, a inspiré les réalisateurs. Une séance à domicile est la bienvenue. Cela repose le foie qui en a bien besoin. La famille se pelotonne sur le canapé. L’écran brille de lumière
dorée. Il s’y récapitule des sourires purs et des regards mouillés – on ne sait si c’est à cause du froid ou de l’émotion.


Tout le monde se réconcilie autour du « Père Noël est une ordure ». On connaît les répliques par cœur. Les fous rires couvrent les dialogues. Thierry Lhermitte dit « C’est cela ». Anémone lui offre une serpillière – pardon, un pullover. Au téléphone, des solitaires menacent de se suicider. Ils auraient tort. Cela les empêcherait de revoir « La ville est belle » de Frank Capra où un ange surgi du ciel sauve James Stewart du désespoir. Le programme des festivités se complète avec « Miracle sur la 34e rue » où un magasin new-yorkais embauche sans le savoir le vrai Père Noël. Comme chez Dickens, chaque fois, l’inattendu arrive.


Les « Gremlins » sont toujours aussi odieux. Surtout, ne pas les asperger d’eau et se méfier d’eux après minuit. Les adultes retrouveront leurs huit ans avec « L’étrange Noël de Monsieur Jack », touchante histoire de marionnettes qui a inspiré Tim Burton. On voit par-là que le Père Noël a une adresse : Hollywood. C’est là qu’il faut lui envoyer ses lettres. Le paradis défile en 24 images-seconde, dans des décors de carton-pâte.

Le cinéma, plus que jamais, est le refuge du lyrisme et de l’innocence. On y vérifie que l’illusion est reine. Il n’y a pas de plus belle nouvelle à annoncer.


Léger rectificatif : finalement, Noël est en noir et blanc. Faites passer.

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