De sacrées premières dames !

À l’occasion de la prochaine élection présidentielle, nous nous sommes intéressés à la vie élyséenne des vingt-cinq présidents de la République qui, depuis 1848, se sont succédé rue du Faubourg-Saint-Honoré.

 

 Germaine Coty au côté de la reine Élisabeth II © Flickr.

 

La fonction de première dame n’existe pas, mais elle s’impose de fait. Louis-Napoléon fut le seul à entrer célibataire à l’Élysée. L’épouse de son second successeur, Patrice de Mac Mahon, née Élisabeth de Castries, ne cache pas sa sympathie pour les idées royalistes du comte de Chambord et ne fait aucun effort pour apparaître aimable dans les réceptions, vis-à-vis de ceux qui affichent des opinions trop républicaines.

Celles qui lui succèdent, sous la Troisième et Quatrième République, issues souvent de milieux plus modestes, n’en manquent parfois pas une. Madame Loubet, fille de quincaillier, à Édouard VII, le roi d'Angleterre, désignant son fils qui l’accompagne (le futur Georges V) : « Et ce grand garçon, qu’est-ce que vous allez en faire ? » Quelques années plus tard, ce même souverain, qui décidément n’a pas de chance, se trouve assis à côté de madame Fallières, lors d’un dîner officiel à l’Élysée, quand elle repasse un plat avec insistance : « Prenez sire, ils ont tout ce qu’il faut à la cuisine ». La malheureuse s’était déjà fait remarquer en accueillant un autre souverain sur le perron du palais quand elle lâche en regardant son mari « Enfin, fais entrer monsieur au salon ! »

 La vie officielle pèse dans l’existence de Germaine Coty. L’épouse du dernier président de la Quatrième République est corpulente et semble négligée, timide et gauche. Ce que ne lui pardonne pas la presse, qui la surnomme vite « madame sans gaine ». Mais sa bienveillance et sa bonhomie finissent par la rendre si populaire que, cas unique, lorsqu’elle meurt d’une crise cardiaque durant le mandat de son mari, en 1955, l’Assemblée nationale lui rend officiellement hommage en séance et le gouvernement demande qu’on lui réserve des obsèques nationales. Célébrées en grande pompe à La Madeleine, en présence d’une foule considérable, elles coûteront une fortune au président René Coty qui s’était proposé d’en assumer la totalité des frais. 

Yvonne de Gaulle, effacée et discrète, connaîtra une même popularité dans le cœur des Français, malgré une certaine froideur. Lorsque « Tante Yvonne » faisait ses courses chez Fauchon, rejetant les privilèges de sa position, elle demandait à son chauffeur de tourner autour de la Madeleine pour éviter de gêner la circulation, en se garant en double file. Une autre époque !

 

 

 

La vie quotidienne à l’Élysée

À l’occasion de la prochaine élection présidentielle, nous nous sommes intéressés à la vie élyséenne des vingt-cinq présidents de la République qui, depuis 1848, se sont succédé rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Service Bleu Élysée, AFP © Flickr

 

La vie quotidienne à l’Élysée a toujours été dominée depuis cent soixante-quatorze-ans par l’idée d’y représenter le meilleur de la France. Patrice de Mac Mahon, élu en 1873, s’aperçut que l’Élysée ne disposait pas de service de table pour recevoir et, comme aucun crédit n’était prévu, il s’acquitta sur ses deniers personnels de l’achat des assiettes.

 

Félix Faure, élu en 1895, dîne toujours en habit, fait graver son chiffre sur les menus, monte à cheval chaque matin au bois de Boulogne et paraît aux chasses de Rambouillet dans un élégant costume de tweed. « Le président soleil », ainsi surnommé pour son amour du solennel, tente même de créer un uniforme présidentiel, habit de satin bleu broché d’or, épée à poignée de nacre… ce que lui refuse, effaré, le conseil des ministres.

 

Rien de tout cela avec le général de Gaulle, qui malgré sa dimension historique, instaura à l’Élysée une rigueur toute militaire. Le Président sort peu, dîne tôt, regarde chaque soir le journal télévisé et paie de sa poche l’électricité des appartements privés. Le dimanche, s’il ne se rend pas à Colombey, un neveu prêtre vient dire la messe dans une petite chapelle qu’on aménage au palais. Quant aux dîners officiels, s’ils sont trop longs, le général ne fait tout simplement pas servir le fromage.

 

Valéry Giscard d’Estaing supprime les aides de camp, attachés à la personne du Président, remplace le shako des gardes républicains par un képi, ralentit la Marseillaise et impose le complet veston. Exit la jaquette. Pour autant, à table, à la différence de ses deux prédécesseurs, il se fait servir le premier, même en présence de Margaret Thatcher, un rien exaspérée.

 

Le souci de la primauté de la fonction marquera davantage encore les années Mitterrand. Quand le président socialiste quitte le palais, on rapporte son étendard, le drapeau tricolore orné d’un chêne sur le toit du palais. Les trois présidents suivants, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron appartiennent tous trois à la génération de l’après-guerre, plus attachée au pouvoir que donne la fonction qu’aux fastes, un rien monarchique, qu’aucun des trois ne recherchera vraiment. Seule fantaisie, Emmanuel Macron commande à la manufacture de Sèvres le service Bleu Élysée. Mille deux cents pièces de porcelaine. Une dépense qui ne sera plus à faire…

 

 

 

L’Élysée dans tous ses états

À l’occasion de la prochaine élection présidentielle, nous nous sommes intéressés à la vie élyséenne des vingt-cinq présidents de la République qui, depuis 1848, se sont succédé rue du Faubourg-Saint-Honoré.

 

Les jardins du palais de l’Élysée au milieu du XVIIIe siècle © Agostini Editorial, Flickr

 

Sous l’Ancien Régime, l’hôtel d’Évreux est à l’origine élevé en pleine campagne et achevé en 1718. Ce n’est que le 20 décembre 1848 qu’il devient la résidence officielle du Président de la République, attribué à Louis-Napoléon Bonaparte. En piteux état, des travaux importants sont engagés avec une redistribution des communs et la restauration de l’aile, côté avenue de Marigny. En janvier 1852, la France redevenue l’Empire et son président l’empereur Napoléon III, les Tuileries sont préférées à l’Élysée, qui retrouve en 1871 sa vocation présidentielle avec Adolphe Thiers.

 

À chaque président, le palais évolue. Grévy fait construire en 1880 un jardin d’hiver et tire les premières lignes téléphoniques, Sadi Carnot, la salle des fêtes, en vue de l’Exposition universelle de 1889 et Loubet la grille du Coq, sur l’avenue Gabriel. On doit à Fallières le premier ascenseur, à Poincaré le chauffage central et l’électrification définitive de tous les bureaux. Deschanel fait installer la première salle de bains, Millerand, la marquise de la façade. Auriol retire l’horloge placée au fronton et supprime la chapelle du milieu de l’aile gauche, à laquelle personne n’avait osé toucher, pour la remplacer par la salle du service de presse. Coty en restaure le chœur.

 

Le général de Gaulle installe son bureau dans la pièce centrale du premier étage, l’ancien salon de madame de Pompadour. Il fait réaménager sommairement les appartements privés, situés au premier étage dans l’aile gauche du palais (rue de l’Élysée). Mais pour y accéder, le Président doit traverser l’ancienne salle de bains de l’impératrice Eugénie, dont on a recouvert la baignoire d’une banquette. Innovant, Georges Pompidou demande à l’artiste Agam d’aménager l’antichambre des appartements privés, décor que fait démonter Valéry Giscard d’Estaing (le salon est exposé à Beaubourg). Ce dernier installe un PC de commandement du feu nucléaire dans un abri qu’avait creusé Albert Lebrun. François Mitterrand fait percer de hautes fenêtres dans la salle des Fêtes, côté parc, pour qu’entre la lumière. Une vaste pièce qu’Emmanuel Macron vient de restaurer apportant une dernière pierre à la grandeur de l’édifice républicain.

 

 

 

Balenciaga : le couturier des aristocrates

Dans le panthéon mondial de la haute couture, Cristóbal Balenciaga tient la première place. Fuyant mondanités et honneurs, celui qu’Yves Saint-Laurent tenait pour « le plus grand », disparaissait il y a cinquante ans, le 23 mars 1972.

 

Affiche Balenciaga © Flickr

 

De San Sébastian, au Pays basque espagnol, une route côtière, à flanc de corniche, conduit les visiteurs au petit village de pêcheurs de Guetaria (Gétaria en langue basque). Le village fortifié, avec ses ruelles étroites où sèche le linge en façade, a vu naître en 1895 Cristóbal Balenciaga. Fils d’une couturière modeste, il fut un jour ébloui par la robe que portait une cliente de sa mère, la marquise de Casa Torres. Avec le culot d’un enfant, qui se sent appelé par un indéchiffrable destin, Cristóbal demande à la fière aristocrate du tissu pour la reproduire. Celle-ci s’exécute. Le résultat la bluffe, car Cristóbal n’a que 11 ans. Ce jour-là, dont la postérité n’a pas conservé la date exacte, Balenciaga est né.


Le Palais Aldamar, ancienne maison de la marquise à Guétaria, existe toujours. Il est intégré au fabuleux musée Balenciaga, bâtiment contemporain de verre et de béton, inauguré en 2011 par la reine Sophie et Hubert de Givenchy. On y présente plus de 2 500 pièces dont l’essentiel provient d’anciennes clientes, comme Mona Bismarck, la duchesse de Windsor, Paola de Belgique ou Grace Kelly, qu’il emballa dans de somptueuses compositions. Les tombées, les nœuds et les plis soulignent des silhouettes de légende dans un classicisme absolu, échappant à tous les courants et à toutes les modes. Dans le sillage de la marquise de Casa Torres, qui devint vite son pygmalion, il ouvre sa première boutique à San-Sébastian, alors résidence d’été de la famille royale espagnole. Il n’a pas vingt ans qu’il habille bientôt la reine Victoria Eugenia et la reine mère María Cristina. Dans le sillage royal, l’aristocratie espagnole le conquiert.


Le reste est bien connu. Fuyant la guerre d’Espagne, il s’installe à Paris et devient « notre maître à tous », l’expression est de Christian Dior. Pieux, réservé, il mène une existence presque monacale et secrète. Il refuse les interviews « par l’impossibilité absolue d’expliquer mon métier », réserve des défilés silencieux à quelques rares personnes et ne se fait que très rarement photographier. Son travail est son seul luxe. Balenciaga se retire à la fin de sa vie à San-Sebastian, dans une villa qu’il occupe jusqu’à sa mort, survenue à Alicante en 1972.

 

 

Des roses pour timbrer un losange

Les demoiselles sont mal loties en matière d’héraldique en France. Pas de titre et pas de couronne sur leur losange. Une certaine tradition familiale pourrait remédier à cette noble rigueur.

 

P.-J. Redouté (1759-1840), Rosa Bifera Officinalis

 

Madame ! Il n’y en a qu’une et une seule. Du moins apparemment. Cette appellation Maadaame semblait réservée à feue la comtesse de Paris, pour laquelle « tout était bonheur », malgré les difficultés inhérentes à la vie. C’est pourtant de cette manière bien simple que l’on s’adresse aux reines et aux princesses du sang. Il n’y a que dans les films que les Majestés s’immiscent à foison dans les dialogues. Mais alors les mademoiselles ? Ne les évoquons pas, elles ont disparu du protocole républicain, sous le prétexte que cette appellation pourrait offenser les célibataires prolongées.

 

« Si j’étais Belge, je serais comtesse », proteste l’une d’elles. Il est vrai que la France n’est pas tendre avec la gent noble féminine. Pas de titre et pas de prénom afin de préciser qu’elles sont les aînées si elles le sont. Elles ont tout juste le droit de faire figurer sur leur chevalière les armes de leur père, inscrites dans un losange. Or, il nous est venu aux oreilles que dans certaines familles, les filles aînées de la branche aînée pouvaient timbrer leurs armes d’une couronne de roses. Nous avons consulté les traités d’héraldique. Rien. Interrogé des spécialistes éminents. L’un d’eux nous a fait une réponse lapidaire : « Jamais ! »

 

Ne souhaitant pas désobliger une demoiselle aînée et considérant que l’héraldique peut évoluer dans les limites du raisonnable et de la bienséance, nous avons soumis une maquette à un graveur spécialisé. « Jamais vu ! » s’est-il exclamé. Ce dernier, pourtant, s’est montré ravi de l’exécuter et a trouvé que le résultat présentait une certaine élégance. La demoiselle arbore désormais sa chevalière au timbre fleuri et se demande si cette couronne-là pourrait s’inscrire dans un nouvel usage.

 

 

Proust en capitale

Rare auteur aura connu une telle intimité avec une ville que Marcel Proust avec Paris. Le musée Carnavalet, dans son exposition « Marcel Proust, un roman parisien », retisse sur fond de nostalgie le lien si étroit entre l’auteur de La recherche et la capitale française.

Marcel Proust (1871-1922)

 

On se souvient du mot de Jorge Luis Borges qui parlait des rues de Buenos Aires comme « des entrailles de mon âme ». Il en va de même pour Marcel Proust dont les artères de la capitale irriguent ses textes et conduisent au plus profond de son être. Elles furent en partie le décor de sa vie, mais plus encore le dédale qui le conduisit à son œuvre. « J’avais toujours à portée de ma main un plan de Paris qui, parce qu’on pouvait y distinguer la rue où habitaient M. et Mme Swann, me semblait contenir un trésor », écrit le narrateur dans le premier tome de À la recherche du temps perdu. On ne compte pas les cafés, les jardins, les gares, les hôtels (parfois de mauvaise vie), les salons mondains, les théâtres qu’il traverse dans sa vie et qu’il fige pour l’éternité dans son roman.

 

Proust vit Paris avant de le hanter et pour finir d’y laisser planer son ombre, comme un legs aux lettres françaises. La ville est son berceau, avant de devenir son tombeau. Il y naît le 10 juillet 1871, au 96, rue La Fontaine (la maison sera démolie en 1897). Enfant, il habite successivement au 8, rue Roy, entre 1870 et 1873, puis 9, boulevard Malesherbes, au fond d’une cour intérieure, au premier étage où il écrit Les plaisirs et les jours, son premier livre. En 1900, il emménage avec ses parents, au 45, rue de Courcelles, puis à partir de 1906, au 102, boulevard Haussmann (c’est aujourd’hui une banque). La migration se poursuit au 8, bis rue Laurent Pichat (3e étage sur rue), où il loue provisoirement un appartement dans l’immeuble de l’actrice Réjane fin 1919, et se termine au 44, rue Hamelin, la dernière adresse (c’est aujourd’hui un hôtel). Une plaque rappelle au passant le lieu où rendit son dernier souffle, le 18 novembre 1922, le plus grand écrivain français de l’entre-deux siècles.

 

On voit à Carnavalet son lit de mort, qui fut aussi l’établi sur lequel la rédaction de son œuvre le consuma. Dans cette chambre obscure de la rue Hamelin, il avait dit à sa bonne quelques jours avant de mourir : « Ah ! Céleste, aujourd’hui j’ai écrit le mot fin ».

 

 

En garde !

En escrime, le combat est un dialogue ; l’assaut, une phrase d’armes. Cette discipline compte de nombreuses expressions que l’on manie quotidiennement sans même en connaître l’origine. Nous vous convions à un assaut imaginaire réunissant quelques-unes de ces fameuses formules. Dans cette joute, qui aura le dernier mot ? 


Jeux Olympiques, Los Angeles, 1991 © Unsplash

 

Vous fourbissez votre arme, bras armé, prêt à croiser le fer dans un duel qui a tout l’air d’une affaire sérieuse. Vous relevez le gant et vous vous tenez sur vos gardes. On dit de vous que vous êtes un bretteur. Mieux, une fine lame. 

 

Le regard acéré, vous dégainez. Vous vous tenez de pied ferme. Vous comptez bien avoir le dessus des armes et ne pas passer l’arme à gauche. Votre doigté vous permet de répondre du tac au tac et de placer quelques bottes joliment menées. Tandis que votre adversaire s’enferre, s’escrimant à exécuter des actions qui ne sont que des coups d’épée dans l’eau, vous le traitez, en vous-même, de sabre de bois. Il ne risque pas de vous embrocher. Ne baissez pas pour autant votre garde ! 

 

Quand, soudain, un retour au temps précédent s'impose et vous laissez s’échapper « au temps pour moi ! » Vous vous faites blanc de votre épée. Vous enchaînez coups fourrés, coups de Jarnac et coups d’arrêt. Méfiez-vous néanmoins d’une épée à double tranchant ! Votre adversaire sent comme une épée de Damoclès. Il a l’épée sur la gorge… Ou bien est-ce vous, pressé d’en finir ? Chevaleresque, vous décidez de tirer à fleuret moucheté.

 

Pour parfaire votre culture :

 

Affaire sérieuse : Terme employé lors d’un duel et inventé par les maîtres d’armes du XVIIIe siècle pour désigner ce déplacement de l’escrime hors des salles d’armes.

À fleurets mouchetés : Ménager l’adversaire sans intention de le blesser.

Au temps pour moi : Revenir à la position précédente en vue de recommencer le mouvement.

Avoir le dessus des armes : Prendre le dessus.

Avoir l’épée sur la gorge : Être saisi et menacé d’être tué. Au figuré : être vivement pressé.

Baisser sa garde : Se rendre vulnérable.

Botte : Initiative destinée à mettre un adversaire en difficulté.

Bras armé : Homme chargé de faire respecter la loi par la force.

Bretteur : Celui qui se bat souvent, qui aime ferrailler.

Coup d’arrêt : Coup de pointe stoppant l’adversaire.

Coup fourré : Autrefois, coup technique exécuté avec l’épée.

Coup de Jarnac : Coup parfaitement régulier, mais passé dans le langage courant comme un coup fourré.

Coups d’épée dans l’eau : Action dépourvue d’effet.

Croiser le fer : Défier quelqu’un.

Dégainer : Tirer l’épée du fourreau.

De pied ferme : Allusion à un bretteur qui se tient en garde sans reculer.

Doigté : Qualité permettant de doser les contractions et les relâchements des doigts sur la poignée de
l’arme et de manier celle-ci avec plus d’agilité et de vitesse.

Duel : Combat entre deux personnes.

Embrocher : Percer le corps de son adversaire avec le fer de son arme.

Fourbir ses armes : Se préparer.

Le regard acéré : Expression vive, comme produite par une lame à la pointe acérée.

Passer l’arme à gauche : Mourir.

Relever le gant : Accepter le défi.

Répondre du tac au tac : Répondre à une attaque en parant et ripostant immédiatement.

Sabre de bois : Personne non dangereuse.

Se faire blanc de son épée : Se couvrir de son épée par des mouvements rapides. Au figuré : se
prévaloir d’un pouvoir ou d’un crédit que l’on n’a pas.

S’enferrer : S’embourber.

S’escrimer : S’évertuer à.

Se tenir sur ses gardes : Être prêt à combattre.

Un bretteur : Celui qui se bat souvent, qui aime ferrailler.

Une fine lame : Un expert.

 

 

Les trois coups (de génie) de Molière…

Amis des théâtres, le Bottin Mondain ne pouvait passer sous silence le 400e anniversaire du plus illustre des auteurs français !

©  L. de Funès dans L’Avare, 1980 

 

Le succès. Molière serait l’auteur français actuel le plus joué dans le monde, devant l’éternel rival, William Shakespeare. Bien sûr que cela reste un rien théorique, mais l’assertion ne trouve aucun démenti. Quoi qu’il en soit, le génie de Molière rencontre, quatre cents ans après sa naissance, un incroyable écho. Même aux États-Unis, des colloques, des journées d’étude, des expositions mettent à l’honneur notre n°1 des planches ! Quel autre auteur peut se targuer de posséder « sa » maison, une Comédie-Française, temple sacré dont les ors ont brillé au firmament d’un répertoire dont chaque pièce raconte ce que nous sommes. C’est cette même maison qui programme jusqu’à l’été une saison spéciale dont la représentation très attendue de la version originelle de Tartuffe, mise en scène par Ivo Van Hove, d’après un texte reconstitué par Georges Forestier, professeur émérite de littérature française à la Sorbonne.

Les interprètes. Mais la pérennité de Molière, si elle doit beaucoup à son génie, doit tout autant à ceux qui l’ont servi. À commencer par sa propre épouse, Armande Béjart, pour qui il a écrit le rôle de Célimène dans Le Misanthrope. S’ensuivra une kyrielle de comédiennes et de comédiens jusqu’à nous, comme Jean Le Poulain, irrésistible bourgeois gentilhomme des années 50-60, Gérard Philipe, Francis Huster, Michel Bouquet, qui aurait interprété plus de quatre cents fois son maître ou Guillaume Gallienne, actuellement sur les planches dans Le Malade imagine. Sans oublier évidemment celui dont l’interprétation si personnelle au cinéma a ouvert la voie d’un nouveau public à L’Avare : Louis de Funès !

Le secret. Pourtant Molière, dont plus d’une trentaine d’œuvres ont révélé le génie, tout autant que les profondeurs du genre humain, n’aura jamais écrit une ligne sur lui. Comme si seule comptait l’œuvre. Cette célébrité demeure inconnue. Une vie où se mêlent légendes, incertitudes et rares vérités. Jusqu’en 1820, on ignorait même son acte de baptême, daté du 15 janvier 1622, qui détermina donc sa date de naissance, à un ou deux jours près. On le fit longtemps mourir sur scène, alors qu’il est établi qu’il rendit son dernier souffle, le 17 février 1673, chez lui, 40 rue de Richelieu, à Paris. Une mort subite qui intervint après avoir incarné l’hypocondriaque Argan. Ironie du sort pour un malade ce soir-là si peu imaginaire.

Reste l’héritage qui de siècle en siècle s’enrichit. Il est aussi celui de la France, dans ce qu’elle a de plus sacré, son génie des lettres. L’auteur, le comédien et le spectateur, en une indissociable trinité, assurent la traversée des âges. En ces temps difficiles pour la scène française, le plus grand hommage qu’on puisse encore rendre à Molière, c’est de retourner au théâtre !

 

 

Les croix perdues de la Légion d’honneur

 

Chaque année, en janvier, est publiée la liste des citoyens nommés ou promus dans l’ordre de la Légion d’honneur. Ceux-là vont, après leur réception, en arborer les insignes, marque de leur distinction.

Plaque de la Légion d’honneur brodée, uniforme de colonel de chasseur à cheval de la Garde impériale de Napoléon © Wk.

Bonaparte s’est-il demandé, lorsqu’il a créé la Légion d’honneur, quel serait le sort des étoiles ? L’on ne disait pas encore la croix en 1804. À l’origine, les chevaliers portaient du matin au soir, sur leur habit ou leur uniforme, ces insignes appendus au ruban rouge. Puis, le temps a passé et les légionnaires ont réduit la largeur du ruban, comme la taille de l’insigne, et n’ont sorti la croix de leur écrin qu’à l’occasion de cérémonies. Le grand chic aujourd’hui est de coudre le ruban rouge le plus fin possible au bord du revers de sa veste sans, surtout, ne jamais atteindre l’extrémité de la boutonnière. Est-ce pour éviter le fixe-ruban métallique, trop long, trop large et inélégant ? Bientôt, on fichera une épingle à tête rouge dans la couture de ladite veste.

 

Lors des réceptions dans l’Ordre, on cherche en vain, à l’exception du récipiendaire et du représentant du Grand chancelier, les insignes bien visibles sur la poitrine des membres de l’Ordre présents. L’un des grands chanceliers avait envisagé une règle selon laquelle tous les membres de l’Ordre devaient arborer la croix lors des réceptions. Cela ne fut pas suivi d’effet. Dommage.

 

Quelle mouche pique ceux qui ont véritablement rendu des services éminents à la nation et se contraignent à rougir devant le ruban rouge ? Les enfants en viennent à ne plus prendre en compte cet héritage. Quel est l’étalage des brocanteurs sur les marchés aux puces qui ne propose pas en vrac des Légion d’honneur ? Ces croix devenues anonymes sont mélangées à des épinglettes et autres colifichets et vendus à l’aune de l’oubli. Nous nous souvenons du capitaine de vaisseau B. qui, choqué par l’indifférence des héritiers qui se sont débarrassés de la Légion d’honneur de leur père, grand-père, les achetaient systématiquement. Il en a sauvé des dizaines et des dizaines. Dans un grand tiroir, ces croix orphelines soigneusement rangées retrouvaient un éclat qu’elles n’auraient jamais dû perdre.

 

Et si, à votre tour, vous remettiez à l’honneur les décorations de vos aïeux ? Une belle occasion de raconter leur histoire à vos enfants et petits-enfants.

 

Château d’Urtubie, la sentinelle du Pays Basque

À la fois maison de famille, monument ouvert à la visite et hôtel de charme, il dresse sa silhouette atypique à deux pas de Saint-Jean de Luz. Le château de Laurent et Odile de Coral recèle six siècles d’Histoire et le secret d’une lutte familiale digne des Montaigu et des Capulet.

À la proue d’un domaine de six hectares, sur la côte basque, Urtubie surveille la route de l’Espagne. Construit en 1341 par Martin de Tartas, avec l’aval d’Edouard III, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, le château n’est d’abord qu’un donjon, encadré de quatre échauguettes. Après la fin de la guerre de Cent Ans, en 1463, Louis XI séjourne quelques jours sur le domaine pour rencontrer Henri IV de Castille. Il pratique le jeu de paume avec Jean de Montréal, son hôte par la grâce de son mariage avec Marie d’Urtubie, et l’invite à la cour. Jean y passera trente ans.

Déjà mère de deux enfants, lasse d’attendre en vain, Marie épouse en secondes noces un gentilhomme navarrais, Rodrigo d’Alzaté, à qui elle donne aussi descendance. La voilà bigame. Rodrigo décède à point, permettant à Jean, revenu de la cour, de réclamer sa femme et son château. Marie refuse. Quand Jean obtient gain de cause devant le parlement de Bordeaux, elle met le feu à Urtubie plutôt que de se rendre. Débute alors une nouvelle guerre de Cent Ans… entre Montréal et Alzaté, semées de coups de force, de recours et d’intervention royale. En 1574, enfin, Aimée de Montréal épouse Jean d’Alzaté, mettant un terme à la rivalité des deux familles.

En 1654, Salvat d’Urtubie fait ériger sa seigneurie en vicomté. Au château, agrandi et rénové au siècle précédent, il ajoute une chapelle bâtie sur les anciennes fortifications. Lors du mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne, à Saint-Jean-de-Luz, Salvat aurait reçu de Mazarin la collection de tapisseries de Bruxelles, qui orne toujours les murs d’Urtubie. Sept pièces du XVIe siècle représentant les épouses du roi David et David jeune avec Saül.

Au XVIIIe siècle s’éteint la lignée mâle des Alzaté d’Urtubie. Le château passe par les femmes. À l’orée du XXe siècle, il est ainsi transmis à Paul de Coral, issu d’une ancienne lignée limousine. Depuis 1996, Laurent de Coral est la quatrième génération du nom à veiller sur Urtubie. Avec son épouse, Odile, il s’attache à faire vivre le domaine qui accueille aujourd’hui un hôtel. Les siècles passent, Urtubie demeure. Avec son charme à nul autre pareil.

 © Château d'Urtubie

L’impudique fourchette anglaise

Les fourchettes sont au centre d’un conflit de savoir-vivre. En France, elles sont disposées les pointes en bas afin de laisser voir les gravures sur leur dos ; en Angleterre, au contraire, elles gisent le ventre à l’air, car outre-Manche, on grave les armes sur ce côté.

La fourchette est mécontente. Ce n’est pas d’aujourd’hui. Où est l’époque heureuse où Clémence de Hongrie l’avait inscrite dans son inventaire en 1328 ? Le temps a passé avec ses vicissitudes. On a raconté à son sujet qu’elle était arrivée dans le royaume de France, avec les bagages de Catherine de Médicis, alors que Charles V en avait déjà eu l’usage à la fin du quatorzième siècle. Il est vrai qu’à l’époque, elle était choyée comme un instrument de luxe. Se démultipliant comme dans les grandes familles, elle chercha à maintenir son rang en se vêtant uniquement d’argent massif.

Puis, elle parvint à se distinguer de la masse en faisant graver sur son manche des signes d’appartenance. Lorsque les maîtres d’hôtel dressent la table, la fourchette ainsi parée s’installe fièrement sur le côté gauche de l’assiette, laissant la cuiller et le couteau à sa droite. Sa famille s’agrandit naturellement ; elle ne compte plus ses petites cousines « spécialisées ». Si on lui en parle, elle se montre surprise par leur diversité, au moins une vingtaine, allant de la pliante à celle destinée au saucisson, en passant par d’autres réservées aux crustacés, melons, noix, etc. Jamais au grand jamais, on n’aurait imaginé que l’on utilisât une fourchette spécialisée pour le poisson. Ce sont les Anglais qui l’ont mise à la mode.

La bourgeoisie française du XIXe siècle, piquée par l’anglomanie, trouva très chic d’ajouter cet ustensile à sa ménagère. Parlons des Anglais justement. De l’autre côté de la Manche, la fourchette offrit au graveur l’intérieur de son… manche. La française haussa les épaules qu’elle n’a pas et méprisa cette manière peu orthodoxe. Qui oserait poser un si délicat instrument le ventre à l’air ? Hélas, c’était compter sans la perfidie de ces cousins qui insidieusement se faufilèrent sur les tables des restaurants, même de bonne renommée. Même sans gravure, toutes leurs fourchettes se présentent impudiques au côté des assiettes, les cuillers ayant suivi cette vilenie.

Les maîtres d’hôtel voient bien que nous retournons systématiquement les couverts dans le bon sens. Mais rien n’y fait. Et pour quelle raison ? « Parce que les pointes usent le tissu des nappes » dit un restaurateur. « Non, dit l’autre, un décret nous y oblige, pour des raisons de salubrité ; les pointes sur la nappe, ce n’est pas propre ». Ah, bas ! Nous soupçonnons la paresse de poser correctement les couverts d’y être pour quelque chose.

 

 © Christofle, Stephanie Nass

Fais pas ci, fais pas ça

« Fais pas ci, fais pas ça,

Viens ici, mets-toi là,

Attention prends pas froid,

Ou sinon gare à toi... »,

Jacques Dutronc.

Ces mots sur quelques notes de musique qui nous renvoient à ce que l’on a pu entendre étant enfant. Ce qui se fait, ce qui ne se fait pas… L’éducation à la française, c’est tout un art ! Elle nous est enviée dans le monde entier comme un parfait apprentissage du french art de vivre et du chic parisien. Notre style unique serait inné, nos bonnes manières tout à fait naturelles et l’élégance de nos gestes se transmettrait comme par magie de génération en génération… Il n’en est rien. Et c’est toute la valeur de notre éducation.

Déjà champions du monde de la politesse, les petits Français sont ceux qui disent le plus souvent « bonjour » et « merci ». Ces mots magiques leur sont appris dès les balbutiements. Une éducation logique et expliquée : le « merci » exprime la gratitude, puis très vite, cela devient « merci qui ? ». Alors que chez nos amis américains, un simple thank you suffit. Ces premières exigences sauront mettre l’enfant sur le droit chemin et l’adulte qu’il deviendra saura se montrer attentionné et se distinguer parmi d’autres, plus pragmatiques. Un premier pas dans le monde…

Si la politesse, qui va de pair avec le respect, est déjà un passeport pour se voir ouvrir les plus grandes portes, connaître les bonnes manières en est la clef. Cet apprentissage peut se faire dès le plus jeune âge, avec pédagogie, mais aussi avec humour et légèreté. Et, très bonne nouvelle, c’est beaucoup plus facile et tout aussi important qu’un diplôme de grande école !

C’est l’un des malheurs de la jeune Sophie d’hier, décrite par la comtesse de Ségur comme colérique, menteuse et méchante, qui va devenir douce, sage et raisonnable. Que s’est-il passé ? Une prise de conscience. Lorsqu’un enfant est souriant, agréable et agit avec de bonnes manières, il est aimé de tous. Il peut être beau et brillant, sportif et intelligent, s’il n’a pas les codes de bonne conduite, il lui manquera le sésame qui ouvre toutes les portes et surtout les cœurs.

Si votre enfant ne sait ni quoi dire ni quoi faire ou s’il est tout simplement timide, enseignez-lui le sourire. Comme le préconisait « Saint-Ex » – pour les intimes – « Un sourire est souvent l’essentiel. On est payé par un sourire. On est récompensé par un sourire. » Et puis, bien sûr, lui éviter les formules malheureuses comme « des fois », « miiiince », « monsieur Charles » ou encore un joyeux « bon appétit » lancé à la cantonade. Lui éviter aussi les écarts comme les coudes sur la table…

Et si vous lui faisiez adopter ces bonnes résolutions en 2022 ? Comme à la rentrée, il va adorer remplir un cahier neuf et pourra écrire sur des pages blanches des formules magiques ! Et, pour reprendre les mots de Nicole Lambert dans la préface des 10 clefs des bonnes manières : « Merci à vous parents et grands-parents, car grâce à vous le monde sera peuplé d’enfants bien élevés, qui deviendront des adultes agréables à fréquenter. »

© Illustration de by • bm 

« Le carnet doré », un conte de Noël

La bibliothèque avait été installée au-dessus de la chapelle. On y accédait par un escalier un peu raide qui butait contre une double porte. Quelques marches permettaient enfin de pénétrer dans la vaste pièce chargée de livres. Il y avait là, sur les rayonnages l’accumulation d’une dizaine de générations.

Les reliures, un peu fatiguées il est vrai, du XVIIe siècle voisinaient avec celles du XVIIIe siècle qui, elles-mêmes, frayaient avec celles du XIXe et… plus rien. Tout ce qui était sorti des presses au dernier siècle était broché, et si l’on y regardait de plus près, on s’apercevait que ces livres-là dataient tout au plus de ses premières années. À l’exception de quelques revues, la bibliothèque s’était figée et avait commencé à accumuler, non de nouveaux ouvrages, mais la poussière. Qui s’intéressait encore aux chartriers du domaine dont il ne restait plus que des lambeaux de parc ? Il y avait bien quelques curiosités comme ces anciens traités de civilité, des ouvrages consacrés à la vinification, quelques récits de voyage, de l’histoire en pagaille. Quant à la littérature. Rien, sinon l’édition des Œuvres de Chateaubriand, celle de 1831, en 31 volumes qui formaient une barre verte sur le rayon du meuble en noisetier adossé au mur sur la gauche. C’est d’ailleurs là que se trouvaient les ouvrages les plus intéressants et les mieux conservés. Le visiteur contemplait tout ceux-là avec l’œil exercé de celui qui était leur familier.

Par l’une des fenêtres, celle sur le rebord de laquelle, avait été déposée cette sculpture en bois représentant un ange, on devinait la nature saisie par le froid. Les branches du vieil arbre qui dominait la serre, plus bas, hésitaient à se balancer. La neige n’était pas venue le recouvrir cette année-là. On associe toujours Noël avec la neige. Elles sont finalement rares les Nativités enneigées. De cette partie de la maison, on était isolé, et l’on n’entendait pas les cris et les rires des enfants occupés à préparer le sapin et la crèche. À table, tout à l’heure, les uns et les autres, surtout les plus petits, supputeraient les cadeaux qu’ils allaient recevoir. Ils avaient émis des souhaits, mais savaient que leurs vœux n’étaient pas toujours exaucés. Dans ce léger vacarme, la vieille tante Jeanne ne disait rien – pour une fois. Ses doigts griffaient machinalement la nappe, jetant par ce geste des petits éclairs échappés de sa bague. Elle semblait perdue dans ses pensées. Soudain, elle se redressa et, comme parlant à elle-même, lança : « Autrefois… » Puis elle se tut. Nous savions tous que cette interjection était comme une invitation à l’écouter et à vivre, par ses mots, ces temps anciens que même les plus âgés n’avaient pas connus.

Tante Jeanne parlait d’un carnet, d’un carnet relié orné de fers dorés que son père sortait toujours d’un tiroir de son bureau au moment de Noël. Elle revoyait ce petit livre dont la plus grande partie des pages étaient couvertes par sa fine écriture. Il y notait uniquement les événements qui s’étaient déroulés durant chaque Noël. Les présents, les absents, les invités, les menus, les décorations, les cadeaux… quoique, précisa la tante, à l’époque, les enfants n’étaient pas inondés de cadeaux comme aujourd’hui. Et d’ailleurs, la tradition du sapin était récente. Nous voulions bien la croire, tante Jeanne était notre mémoire. Le père Noël n’avait jamais baigné son enfance, c’était l’Enfant Jésus qui déposait les cadeaux que l’on découvrait au petit matin, ou, pour les plus grands, après la messe de minuit, célébrée dans la chapelle à l’autre bout de la maison. Le carnet doré avait disparu, emporté peut-être par un hôte de passage, de la famille ou non. La tante l’avait vainement cherché dans toute la maison. Tellement de générations étaient passées par-là. Qu’était devenu le petit livre ?

Jean, l’aîné des petits-neveux, regarda les rayonnages de la bibliothèque, comme s’il pouvait en voir échapper un rayon doré, une lueur formée par les fers dorés d’une reliure ancienne. Il connaissait tous les livres et leur emplacement pour les avoir rangés, alignés, nettoyés et frottés. En cette après-midi du 24 décembre, veille de Noël, il aurait bien aimé faire plaisir à sa tante et retrouver le carnet doré pour le lui offrir. Il décida de descendre à la chapelle où plus personne ne pénétrait, où la dernière messe célébrée remontait au mariage de sa dernière sœur. Il se dirigea sans réfléchir vers le placard qui faisait office de sacristie. Il y avait là, dans cette armoire, une caisse qu’il savait contenir des lambeaux de crèche. Un seul personnage était intact, un des rois mages. Au lieu de la boîte de myrrhe, il serrait contre sa poitrine peinturlurée, un carnet doré. 

Photograhie : L. von Kalckreuth, Enfants près de l'arbre de Noël, début du XXe siècle, National Museum, Warsaw © cyfrowe.mnw.art.

 

L’or, l’encens et la myrrhe

Il n’est pas de fête chrétienne plus connue que Noël. Ni qui mêle autant l’ancien monde païen à l’alliance nouvelle. Déjà guidés par l’Étoile, les mages décrits dans saint Matthieu sont en marche vers Bethléem où le Christ naît le 25 décembre.

« Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem en disant : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage.” » Seul, des quatre évangélistes, Matthieu note l’existence de ces « mages venus d’Orient » et révèle leur rôle crucial. C’est d’eux que Hérode apprend la venue au monde d’un autre roi des Juifs. Hanté par la terreur du complot, il assemble grands prêtres et scribes, qui extraient du livre du prophète Michée la citation désignant Bethléem comme lieu de naissance de « celui qui doit régner sur Israël ».

Hérode y envoie les mages guidés de nouveau par l’astre dont la course va s’arrêter « au-dessus de l’endroit où était l’enfant ». Les voyageurs se prosternent aussitôt et présentent à Jésus leurs offrandes. Ces mages sont des étrangers, des païens ou Gentils selon l’expression même des juifs. Et ce sont eux qui identifient Jésus comme le messie, eux qui lui offrent l’or qui célèbre le roi, l’encens qui honore le dieu, la myrrhe qui accompagne la mort et annonce l’holocauste rédempteur. Les mages symbolisent la rupture de l’alliance ancienne et l’apparition de l’alliance nouvelle.« Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem en disant : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage.” » Seul, des quatre évangélistes, Matthieu note l’existence de ces « mages venus d’Orient » et révèle leur rôle crucial. C’est d’eux que Hérode apprend la venue au monde d’un autre roi des Juifs. Hanté par la terreur du complot, il assemble grands prêtres et scribes, qui extraient du livre du prophète Michée la citation désignant Bethléem comme lieu de naissance de « celui qui doit régner sur Israël ».

Ils sont venus d’Orient, de Chaldée, la patrie de l’astrologie, selon les historiens, ou de Perse. De cette seconde hypothèse découle une symbolique troublante. La Perse est le berceau du culte à mystères de Mithra, étendu par la suite à Athènes et Rome. Il s’agit d’une adoration trinitaire et solaire englobant Mithra-sauveur, Hélios-roi son père et le soleil sensible.

Mithra est né d’une vierge, au fond d’une grotte, un 25 décembre, jour du solstice d’hiver… comme le Christ. Et, comme le Christ, Mithra est retourné vers le père après trente-trois ans de vie. Ainsi, ce n’est pas un hasard si l’iconographie byzantine du VIe siècle de notre ère figure des mages portant le bonnet phrygien des prêtres de Mithra.

Les mages représentent non seulement le monde païen mais surtout le monde entier, l’universalité. Voilà pourquoi Matthieu spécifie qu’ils viennent d’Orient, c’est-à-dire de là où le soleil se lève, des extrémités de la terre. Ils incarnent les nations païennes converties au christianisme. Les premiers témoins de la Bonne Nouvelle.

Photographie : Benozzo Gozzoli, Procession des Rois mages, fresque du mur de la chapelle des Mages, Florence, 1459-1460 © J.-L. Mazieres, Flickr.

 

Éloge de l’hiver

L’hiver fait semblant d’être une saison. Il est beaucoup plus que ça. C’est une surprise. C’est un cadeau. On se réveille un jour et dehors tout est blanc. C’est le premier matin du monde.

Le paysage ressemble à l’enfance. On rêve de moufles et de batailles de boules de neige. La fin de Tirez sur le pianiste saute soudain à l’esprit, avec le corps de Marie Dubois dévalant une pente montagneuse.

L’espace de quelques semaines, Paris se situe dans les Alpes. La nuit, les bruits ne sont plus les mêmes. Des guirlandes brillent sur les avenues. La météo donne à la lumière d’autres couleurs. Il y a mille choses à faire : décorer le sapin de Noël, remettre une bûche dans la cheminée, servir du vin chaud. L’air est plus vif. Un vent froid souffle dans les rues. Cela a le don d’éliminer les touristes en short. On se croirait dans un vieux Simenon. Les promeneurs poussent de petits nuages devant leur bouche. Les enfants ont le nez rouge. Les femmes enfouissent leur beauté dans des écharpes. L’hiver leur va comme un gant. Les cafés sont remplis de fumée.

On a des envies de poudreuse et de pistes noires, du cliquetis des télésièges et de descentes aux flambeaux. La vulgarité, si visible en été, est inscrite aux abonnés absents. On a l’impression qu’il fait nuit tout le temps. Quelle paix ! Les dimanches s’écoulent lentement, à lire un bon gros roman anglais sous la couette en croquant dans des tartines à la confiture ou à se repasser le DVD des Bronzés font du ski. Qui va-t-on inviter pour le Nouvel An ? Ah non, pas de raclette, svp.

L’hiver n’est plus ce qu’il était, dit-on. Le réchauffement climatique lui veut du mal. Il faut arrêter ça. L’homme moderne aura toujours besoin de banquises et d’ours polaires (quand l’auteur de ces lignes ne se surveille pas, c’est Greta Thunberg qui s’empare de son stylo…). L’hiver a un seul défaut : il ne dure que trois mois.

Photographie © Flickr

Le BM fait peau neuve

‍Il y a près d’un an, nous avons pris l’engagement de construire avec vous le BM de demain. Depuis cette promesse, une équipe s’affaire en coulisse. Mais que vous concocte-t-elle ?

Réponse aujourd’hui…

Et si nous commencions par le commencement ? Depuis 1903, le BM porte des milliers de familles, des milliers d’histoires. Il se dit « mondain », car attaché aux bienfaits de ce « monde ». La Terre, les racines. Il est l’incarnation d’une certaine histoire, vecteur à la fois du passé, du présent et de l’avenir. En ce sens, il s’adapte aux modernités de notre siècle et vient embrasser les nouvelles formes de communication et d’échanges.

Lecteurs assidus de notre newsletter hebdomadaire, nous n’en doutons pas, vous avez pu noter l’évolution du format et des contenus. Chaque vendredi, un journaliste, un écrivain, un historien – et pas des moindres – prend sa plume pour partager avec vous un billet. Le ton est volontairement rieur et nous nous interdisons de céder à l’abattement général véhiculé par tant de médias. Chez nous, au contraire de certaines institutions, les mots « Madame », « Monsieur », « Marie », « Joseph » et « Noël »* ne sont pas interdits… loin de là.

Autre nouveauté que nous sommes fiers de vous annoncer cette semaine : la mise en ligne d’un site Internet aux formes graphiques repensées. Nous l’avons voulu moderne et élégant, à l’image de ses membres, et plus facile à utiliser. Vous y découvrirez les plus belles demeures et jardins, notre fameux guide du savoir-vivre – si pratique – et notre boutique aux couleurs acidulées. Dans quelques mois, vous pourrez consulter le carnet mondain en un clic, poster des petites annonces plus attractives, mettre à jour votre mention et partager avec nous des documents en ligne… Patience !

Parce que le Bottin Mondain veut parler à toutes les générations et faciliter les échanges, nous avons créé nos pages sur les réseaux sociaux. Vous pouvez dorénavant nous suivre sur Linkedin, Facebook, Instagram et être informés en temps réel de toutes nos actualités. Chaque mois, nous vous offrons la possibilité de participer à des conférences, salons, cocktails… autant d’occasions de vous rencontrer et de partager sur des sujets qui vous tiennent à cœur. Nous avons concentré nos efforts sur Paris cette année, mais nous n’oublions pas pour autant les autres régions de France, qui nous sont chères. Votre tour viendra.

De nombreuses évolutions sont encore à venir. Mais nous maintiendrons le suspense et vous les dévoilerons au fur et à mesure. En attendant, bottinez, soyez « mondains » et fiers de l’être !

* Nous faisons référence à un article paru cette semaine dans Le Figaro, mercredi 1er décembre 2021.

À décoder !

Le « code » ? Voilà un mot dont on ne peut plus se passer, car il fait désormais partie de notre quotidien. Il est devenu à la fois indispensable et magique. Pourtant, on aurait tendance à oublier que ce mot, du latin « codex », « registre écrit », désigne par extension l’ensemble des lois répertoriées dans les ouvrages juridiques. Loin de nous cependant d’imaginer que si nous oublions nos codes, nous pourrions être hors la loi. Quoique…

Il fut une époque bénie des dieux, et pas si lointaine, où les numéros de téléphone de quatre chiffres étaient précédés de résonnances aussi poétiques et bucoliques que Jasmin, Bagatelle ou Auteuil. Les enveloppes de courrier fleuraient l’exotisme, fût-il hexagonal, parce que l’on pouvait y lire des noms pittoresques comme l’Ille-et-Vilaine, le Doubs ou la Meurthe-et-Moselle…

Autres temps, autres mœurs puisque notre quotidien est de plus en plus aliéné à l’usage des codes et autres mots de passe, ce nouvel esclavagisme des temps modernes qui fait que dès potron-minet, après avoir ouvert facilement son téléphone portable grâce à un simple code, il ne nous reste qu’à déverrouiller une carte SIM qui nous fait savoir d’une façon comminatoire, alors que l’on est encore tout embué des vapeurs de la nuit, que nous n’avons plus que trois tentatives restantes (sic).

C’est peu dire que voilà une journée qui commence bien, car le pire reste à venir avec le code du parking, le re-code pour l’autoradio et le re-re-code pour ouvrir une demi-heure plus tard le parking du bureau. Journée donc sans histoires où l’on devra cependant ne pas confondre le code de sa carte bancaire personnelle avec celui de la carte de la société pour inviter quelques clients au restaurant, non sans avoir vérifié que leur QR code est bien à jour. Retour au bureau, puis réserver des billets de train pour les vacances scolaires des enfants sur le site de la SNCF après avoir introduit son mot de passe, à condition qu’il y ait au moins deux caractères, un chiffre, pas d’espace, une majuscule et aucun signe de ponctuation ou d’exclamation…

Déjà 19 heures ? Il est temps de se préparer pour aller dîner en vérifiant bien avec belle-maman que les codes pour ouvrir ses deux portes cochères n’ont pas été modifiés…

 

Eugénie en majesté

 

Avec l’inauguration prochaine d’un musée dédié à l’impératrice Eugénie au château de Compiègne, en plus du dévoilement de son buste par Albert II à Monaco, la dernière souveraine des Français n’est pas près de se faire oublier…

Vers 1910, une femme voilée appuyée sur sa canne cueille une rose dans le jardin des Tuileries. Un gardien accourt et lui fait remarquer qu’il est interdit de le faire dans un parc public. Étonnée, la vieille dame soulève son voile et d’une voix venue des profondeurs de l’histoire explique : « Je suis l’impératrice Eugénie et ces fleurs formaient une corbeille devant ma chambre, avant que ne soit détruit le palais des Tuileries » ! On imagine la stupeur du cerbère, quarante ans s’étaient écoulés depuis la fin du Second Empire…

Il y a quelque chose d’un peu shakespearien dans l’incroyable destin de l’impératrice Eugénie. À l’Empereur Napoléon III, la jeune espagnole avait expliqué en 1853, « que le chemin qui conduisait à sa chambre passait d’abord par l’autel ». Elle régna moins sur le cœur de cet époux volage que sur celui d’un régime dont elle personnifia la grâce, encouragea les arts et mit à la mode quantité de villégiatures comme Biarritz. Après le désastre franco-allemand de 1870, qui doit beaucoup à sa mauvaise influence, elle devint pour les Français « lEspagnole », comme Marie-Antoinette avait été « lAutrichienne ».

Eugénie promena son ombre un demi-siècle durant entre l’Angleterre où la reine Victoria, amie fidèle, l’avait recueillie, jusqu’à la villa Cyrnos qu’elle fit élever au Cap Martin. Jean Cocteau y vint la rencontrer et raconte dans Portraits souvenir, cette entrevue quelque peu irréelle. Sur son chemin de gloire, Eugénie connut des détours tragiques comme la mort de son fils unique, le prince impérial, tombé en Afrique du Sud, le corps transpercé des sagaies du peuple Zoulou.

Après la guerre de 1914, elle donne à Clémenceau une lettre qu’elle avait reçue jadis de Guillaume Ier et dont le contenu aida le Tigre à obtenir l’Alsace-Loraine. Pourtant, lorsque Eugénie meurt en 1920, à l’âge de 91 ans, à Madrid, la République (française), dans une mesquinerie dont elle a parfois le mauvais génie, refusera de s’associer aux funérailles d’État que le roi Alphonse XIII conduit en personne. La dernière souveraine ayant régné sur la France repose à l’abbaye de Farnborough, près de Londres, avec son mari et son fils.

Photo : F.X Winterhalter, L'Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, 1855, Château de Compiègne © Flickr, Art Gallery

 

La chevalière au doigt, j’assume !

Il est un mot qui n’appartient qu’à ceux qui peuvent le traduire : la checheu. Celui qui porte une chevalière, un bijou qui est devenu un signe de ralliement.

Est-ce vrai ? Toujours est-il que ceux qui portent une chevalière armoriée l’assument, comme le dit un groupe sur Facebook. La chevalière serait ainsi nommée parce qu’elle est imitée de celle que portaient les chevaliers romains. Quant aux armoiries gravées, elles sont issues des cachets que l’on apposait sur de la cire, à l’aide d’un manche. L’usage immodéré de la chevalière armoriée est assez récent. Un joaillier a organisé une réunion dans un appartement privé afin de présenter différents types de chevalières. En un après-midi, il enregistra une vingtaine de commandes. Il est vrai qu’il était à Versailles.

Certains se sont imposé des règles sur le port de cette bague : tournée au bout des doigts avant le mariage, et vers le dos de la main quand on est marié, ou l’inverse, selon les usages familiaux. Nul ne sera précipité au bûcher s’il ne suit pas cette charte. On porte généralement la chevalière à l’annulaire gauche, par-dessus l’alliance pour les hommes mariés ; à l’auriculaire gauche, à côté de la bague de fiançailles, pour les femmes. Les Britanniques la portent généralement à l’auriculaire de la main gauche. C’est assez mal vu chez nous. Ce qui, après tout, n’a guère d’importance. Le bijou doit être en or massif. Quoique quelques-uns préfèrent y insérer une pierre semi-précieuse, généralement du lapis-lazuli, pour y recueillir la gravure.

Quant à la forme des écus, on a le choix entre l’ancien et le moderne. Le losange des demoiselles a tendance à disparaître au profit de l’écu. Est-ce la crainte de ne pas se marier ? Les dames disposent dans deux ovales sous la couronne – s’il y en a – leurs armoiries accolées à celles de leur époux. Les Français affichent leurs armoiries complètes, timbres et tenants, voire devise. Bien que l’on préférât plus de discrétion. Justement qu’en est-il des timbres autrement dit les couronnes ? Ceci est une autre histoire.

Qu’ajouter de plus ? Il est du meilleur ton de porter la chevalière ancienne, un peu usée. Celle de grand-père, par exemple. 

 

Photo : Première cire d'une chevalière, qui permet d'apprécier la qualité de la gravure © Joaillier Rouxel Frères

 

Un repas : à la bonne heure !

S’il est toujours agréable de recevoir une invitation, on sera parfois surpris de la formule : « Venez manger ! » Voilà qui est convivial, mais puisque la langue française nous offre le luxe de désigner chaque repas par un terme différent, pourquoi s’en priver ?

Entre deux mots, faut-il choisir le moindre ou le plus approprié ? Si certains peuvent être de même nature, le sens commun a pu les faire évoluer : « il dîna d’un croissant » (Roger Martin du Gard), « déjeunant seul avec du thé » (Charles Baudelaire). Messieurs les écrivains, il n’a pas toujours été aisé de savoir quelle expression employer et bonne chance à la maîtresse de maison qui se serait mis en tête de vous inviter à sa table !

Heureusement, de nos jours, les usages sont plus clairement établis. On petit-déjeune le matin, on déjeune à midi, on prend un encas au goûter – c’est facultatif – dans l’après-midi, on dîne le soir et l’on soupe tard dans la soirée. Mais, de plus en plus rarement, même chez les nostalgiques, on ne soupe plus, on dîne. On pourrait alors penser que tout cela se différencie uniquement en fonction des heures de la journée. L’affaire n’est pas aussi simple.

Dîner et déjeuner sont ce qu’on appelle des doublets. Ils ont la même étymologie, disjunare, « rompre le jeûne ». Or, si déjeuner s’emploie encore aujourd’hui dans ce sens – quoique le jeûne ait été légèrement rompu par l’ami Ricoré au petit déjeuner –, dîner consiste à passer à table le soir, sauf à la campagne où l’on dîne plutôt à midi et où l’on soupe le soir.

On imagine aisément le casse-tête que doit être pour un étranger le choix du terme approprié : le citadin va l’emmener à un dîner en ville, le campagnard va lui proposer de rester dîner à midi ou de prolonger par un souper, la famille Manet va le convier à un déjeuner sur l’herbe… Il ne manquerait plus qu’il soit invité à un lunch de mariage en fin d’après-midi, ce qui pour un Anglo-Saxon serait le comble de la confusion, car le lunch est toujours une collation de la mi-journée.

Déjeuner, cocktail, dîner… ou brunch pour les plus « branchés », voilà un vaste choix pour lancer vos invitations !

 

Photo : J.-F. de Troy, Le déjeuner d’huîtres, 1735 © Flickr, J.-L Mazieres

 

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