« La décoration de table » par A. de Fouquières
Nous tenons du grand siècle la mode des surtouts d'argent ou de vermeil qui garnissent le milieu de la table. On en fait de plusieurs sortes. Ils sont souvent enrichis de fleurs et accompagnés d'objets nécessaires à la table, tels que poivriers, salières, saupoudriers.
On met souvent sur la table des surtouts de porcelaine ou de faïence ancienne et tout un monde d'arbustes, de petits musiciens et de bergers miniature. La caractéristique de la plupart des surtouts c'est une glace formant le fond du plateau. Certains imaginent de décorer ces glaces en les recouvrant d'une couche de sucre blanc pulvérisé, ou en figurant des dessins avec de la mie de pain fine et colorée.
À défaut de pièces d'argenterie, on peut mettre aux extrémités des corbeilles de fruits et des assiettes garnies de petits fours.
Nous sommes revenus aujourd'hui à une plus grande simplicité qu'autrefois, et c'est là toute l'élégance d'une table : des pièces d'argenterie, des corbeilles isolées dans un grand espace, de façon que l'œil ne se disperse pas.
La décoration d'une table au moyen de fleurs naturelles est très en faveur. Des fleurs telles que des roses, des œillets, des orchidées, des anémones, des jasmins d'Espagne sont placés dans des vases de cristal, d'argent, parmi des lumières qui en rendent l'éclat plus vif et la chaleur en décuple les grisants effluves.
Mais, condition essentielle, on doit choisir pour une décoration de table une même fleur et une même couleur : ensemble de roses jaunes, ensemble d'œillets roses. Avec l'aide d'un fleuriste de qualité, il y a du raffinement dans l'art d'harmoniser les fleurs avec le style de la pièce.
Le bariolage met de la confusion et nuit à l'harmonie. Souvent aussi des gazons verts parsemés de fleurs, de feuillages et le plus souvent, des pétales sont dispersés sur la nappe, autour de laquelle courent des guirlandes et des festons enrubannés.
Il importe, en général, que les fleurs et les pièces d'argenterie soient assez basses pour permettre à tous les convives de se voir et de se parler.
Des pièces trop hautes menaceraient de chasser la gaîté d'un repas en empêchant le contact entre les convives.
Parfois, on met au milieu de la table, dans l'intimité, des fruits de faïence ou de matière artistiquement peinte. Les fleurs naturelles, cependant, demeurent l'élégance d'une décoration, en raison même de leur caractère éphémère.
Ce qui relève une table, outre la vaisselle plate et de faïence dont nous parlerons ultérieurement, c'est la verrerie, quelle soit unie ou gravée ; elle met une note claire et transparente.
Nous devons son élégance dans la matière et dans la forme à de grands artistes. A côté de la coupe de champagne, ruisselante d'un liquide d'or, on dispose sur la table, en face de chaque convive, autant de verres que de crus divers dont la gamme de couleurs atteste la richesse de notre terroir.
« La décoration de table » par André de Fouquières - édition 1938 du Bottin Mondain
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